Asseoir la stabilité pour entretenir une croissance plus forte et meilleure
IMF News, May 7, 2012
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- Published: May 7, 2012
Contexte et enjeux globaux
- L’économie mondiale devrait se situer aux alentours de 3½ % cette année, avec dans les économies avancées une croissance tout juste de 1½ %, et «notamment une légère récession dans la zone euro».
- L’écart de production moyen dans les pays avancés reste proche de 4% cette année.
- Les marchés émergents et les pays en développement devraient connaître une croissance d’environ 5¾ %.
- Les marchés financiers de la zone euro ont connu un certain répit, mais la conjoncture demeure volatile.
- Situation de l’emploi : 200 millions de personnes sans travail dans le monde, dont 75 millions de jeunes. En Europe méridionale, une personne sur cinq et un jeune sur deux sont au chômage.
- Message central : la croissance et la stabilité ne s’excluent pas mutuellement ; il faut concevoir une stratégie qui soit bonne aujourd’hui et demain.
Croissance à court terme — diagnostics et «freins»
- La demande est primordiale à court terme; la politique monétaire accommodante fonctionne «presque à plein régime».
- Trois freins principaux limitent l’efficacité de la politique monétaire :
- l’ajustement budgétaire,
- la faiblesse des banques,
- la langueur des marchés immobiliers.
- Frein budgétaire :
- Dans les économies avancées le ratio dette/PIB devrait atteindre 109 % l’an prochain, le niveau le plus élevé depuis la Seconde guerre mondiale.
- L’ajustement est essentiel mais doit être crédible à moyen terme et bien calibré pour minimiser son incidence sur la croissance.
- D’après le FMI, la plupart des pays suivent un rythme prudent cette année, «aux alentours de 1 % du PIB en moyenne».
- Recommendation opérationnelle : appliquer l’ajustement dans le cadre d’un plan à moyen terme, privilégier des ajustements graduels et constants, bien doser réduction des dépenses et mobilisation des recettes, et tenir les mesures annoncées si la croissance déçoit.
- Frein bancaire :
- Les banques doivent réduire leur levier excessif et accroître leurs fonds propres plutôt que réduire massivement le crédit.
- D’après les calculs du FMI, les grandes banques de l’Union européenne devraient délester jusqu'à 2.600 milliards de dollars d’ici la fin de l’année prochaine, soit 7 % de la totalité de leurs actifs.
- Un quart seulement de ce montant devrait provenir d’une compression des crédits.
- L’effet sur l’offre de crédit dans la zone euro devrait être gérable — 1,7 % de l’encours de crédit sur deux ans.
- Effet attendu : à mesure que les banques recouvreront leur santé, les coûts d’emprunt devraient baisser et la politique monétaire redevenir plus efficace.
- Frein immobilier :
- Surabondance de logements et surendettement des ménages freinent la reprise, impactant surtout les États-Unis, l’Espagne et l’Irlande.
- Le stock excédentaire de logements est en train d’être résorbé, mais des programmes plus dynamiques sont nécessaires pour réduire l’endettement, les défauts et les saisies.
- Exemples de réponses : interventions nationales différenciées (Islande vs. États-Unis mentionnés).
Croissance à moyen terme — réformes de l’offre et marché du travail
- Objectif : transformer l’impulsion de la demande en croissance soutenable via des réformes de l’offre (marchés des produits et du travail).
- Réformes des marchés des produits :
- Libéraliser les secteurs protégés (ex. distribution, bâtiment, professions réglementées) pour améliorer productivité et compétitivité.
- Exemple pratique : en Grèce, le transport routier était tellement protégé qu’il était moins coûteux d’importer des tomates des Pays-Bas que d’acheter localement; la libéralisation du secteur des transports est en cours.
- Marché du travail et jeunesse :
- Le chômage des jeunes est une priorité : politiques d’emploi ciblées (aide à la recherche d’un emploi, subventions salariales, apprentissage, formation sur le tas).
- Problème du marché du travail dual : protection forte des titulaires au détriment des nouveaux entrants, favorisant précarité et chômage des jeunes; situation particulièrement grave en Europe méridionale.
- Ajustements difficiles mais nécessaires pour améliorer fonctionnement du marché du travail tout en protégeant droits et répartitions via dialogue social.
- Ajustements salariaux et compétitivité :
- Dans l’absence de leviers de change (pays de la zone euro), options : relever la productivité ou réduire les salaires.
- Exemple de comparaisons salariales : en Grèce, le salaire minimum est supérieur de 50 % à celui du Portugal et de 17 % à celui de l’Espagne, et il est de 5 à 7 fois supérieur à ce qu’il est en Roumanie et en Bulgarie.
- Gains potentiels : d’après analyses préliminaires du FMI sur les pays de la zone euro, sur une période de cinq ans, des réformes de grande ampleur des marchés des produits et de l’emploi et des régimes de retraite pourraient faire gagner 4½ % de PIB, en partie grâce à des gains synergiques d’une action synchronisée.
Importance de la coopération internationale
- Croissance forte et soutenue dans chaque pays profite à tous ; nécessité d’efforts coordonnés.
- Trois domaines-clés de coopération :
- Rééquilibrage de l’économie mondiale :
- Les économies émergentes disposant d’excédents extérieurs (ex. Chine) doivent poursuivre leur transition vers une demande intérieure plus forte.
- Réduction des déficits mondiaux implique aussi réduction des excédents mondiaux ; économies avancées doivent exporter davantage et d’autres pays doivent générer une demande suffisante.
- Attention particulière aux pays à faible revenu, vulnérables et à court d’options face à de nouvelles perturbations.
- Réforme du secteur financier :
- Nécessité d’un secteur financier servant l’intérêt général plutôt que ses profits.
- Progrès dans le cadre de Bâle III et sur le «shadow banking» (banques parallèles) sont positifs ; exécution des engagements restants est requise.
- Importance d’une application cohérente des nouvelles régulations et d’une fiscalité équitable à l’échelle internationale pour éviter l’arbitrage.
- Exemple : la Suisse impose aux établissements bancaires de grande taille des exigences de fonds propres nettement supérieures aux normes de Bâle III.
- Dispositif mondial de protection financière :
- Renforcer pare-feu contre contractions économiques brutales et risques de contagion.
- Mention d’un accroissement des ressources du FMI : «les pays membres du FMI [ont décidé] d’accroître les ressources de l’institution de plus de 430 milliards de dollars».
- Importance de la solidarité mondiale et du rôle déterminant de pays contributeurs (mention de la Suisse).
- Solidarité interne et dialogue social :
- Les décisions délicates doivent être prises dans un climat de partenariat social, protégeant les pauvres et vulnérables, avec l’État comme médiateur impartial, pour assurer une répartition équitable des gains de la croissance et du fardeau de l’ajustement.
Principales recommandations politiques
- Concilier stabilité et croissance via un calibrage adéquat des politiques macroéconomiques.
- À court terme :
- Maintenir une politique monétaire accommodante tant que nécessaire.
- Appliquer l’ajustement budgétaire dans le cadre d’un plan crédible à moyen terme et à un rythme adapté aux circonstances nationales (environ 1 % du PIB en moyenne cette année).
- Soutenir la restructuration bancaire en favorisant l’augmentation des fonds propres plutôt que des compressions excessives du crédit.
- Intensifier les programmes d’assainissement du marché immobilier pour réduire endettement et défauts.
- À moyen terme :
- Mettre en œuvre des réformes structurelles ambitieuses des marchés des produits et du travail pour relever la productivité.
- Adopter des politiques d’emploi ciblées pour réduire le chômage des jeunes.
- Ajuster les salaires lorsque nécessaire pour restaurer la compétitivité, en combinant réformes et protection sociale.
- Coopération internationale :
- Promouvoir le rééquilibrage mondial en encourageant la demande intérieure dans les économies excédentaires et l’exportation dans les économies déficitaires.
- Finaliser et appliquer de manière cohérente les réformes financières internationales (Bâle III, réglementation des banques parallèles).
- Renforcer le dispositif mondial de protection financière, incluant un FMI doté de ressources accrues (plus de 430 milliards de dollars).
- Favoriser le dialogue social et la solidarité, tant entre pays qu’au sein des pays.
Conclusion synthétique
- Il est possible d’atteindre «une croissance solide, plus durable, équilibrée et solidaire» si les gouvernements choisissent le bon dosage de politiques et coopèrent résolument.
- Le FMI se tient aux côtés de ses 188 pays membres pour soutenir cet effort collectif.
- Idée centrale à retenir : «la croissance et la stabilité ne s’excluent pas mutuellement» — il convient de tracer un chemin conciliant les deux.
Discours préparé par Christine Lagarde, Directrice générale, Fonds monétaire international, Zurich, 7 mai 2012.