De nouveaux horizons pour le Cambodge - Allocution prononcée à l’École royale d’administration Par Christine Lagarde, Directrice générale, Fonds monétaire international
IMF News, December 3, 2013
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- Published: December 3, 2013
Un nouvel environnement économique
- Croissance de l’Asie et interconnexions mondiales
- Il y a 50 ans, les pays émergents et les pays en développement représentaient environ un quart du PIB mondial; aujourd’hui, c’est la moitié et leur part augmente rapidement — elle atteindra très probablement deux tiers du PIB mondial d’ici 10 ans.
- Selon certaines estimations, les pays d’Asie en développement à eux seuls représenteront la moitié du PIB mondial d’ici 2050.
- Expansion de la classe moyenne mondiale
- D’ici 2030, selon certaines études, plus de 5 milliards de personnes feront partie de la classe moyenne mondiale, contre 2 milliards aujourd’hui.
- D’ici 10 ans, pour la première fois de l’histoire, il pourrait y avoir plus de personnes dans la classe moyenne que de pauvres.
- L’Asie représente 85 % de cette augmentation.
- Intensification des échanges et des flux financiers
- Au cours des 30 dernières années, le volume du commerce mondial a été multiplié par cinq.
- Sur les 10 dernières années seulement, le commerce à l’intérieur de l’Asie a triplé.
- Depuis la création du FMI en 1944, l’intégration financière a au moins décuplé.
- Au moment de la crise en 2008, les flux de capitaux mondiaux étaient plus de trois fois supérieurs à ce qu’ils étaient en 1995.
- Révolution des communications et connectivité
- 3 milliards de personnes sont maintenant connectées les uns aux autres sur Internet.
- 3 millions de courriels sont envoyés à chaque seconde.
- Il y a presque autant d’appareils mobiles que d’êtres humains sur la planète.
- Risques associés à l’intégration
- Intégration financière plus poussée peut rendre les crises plus probables et plus nocives (exemple crise financière mondiale).
- Augmentation des inégalités : au cours des 25 dernières années, les inégalités ont augmenté plus vite en Asie que dans n’importe quelle autre région.
- Nécessité d’être « bien préparé et bien protégé » face aux chocs amplifiés par l’interconnexion.
Comment le Cambodge peut continuer à prospérer dans ce nouvel environnement
- Performance macroéconomique et ouverture
- Croissance moyenne voisine de 8 % pour les 10 dernières années; une croissance voisine de 7 % est attendue cette année et l’année prochaine.
- Le revenu par habitant a été doublé au cours de la dernière décennie.
- Les exportations ont pratiquement quadruplé au cours des 10 dernières années; les vêtements restent le principal produit d’exportation.
- L’investissement direct étranger (IDE) ne concerne plus seulement les vêtements; l’IDE du Japon a plus que décuplé depuis 2010.
- Le Cambodge reste relativement bien isolé des turbulences financières mondiales du fait de liens directs limités avec les marchés de capitaux internationaux et d’un flux élevé d’IDE.
- Priorités publiques (trois ordres)
- Établir les fondements du succès futur
- Éducation : la population est jeune — un tiers de la population a moins de 14 ans.
- Les dépenses d’éducation ne représentent encore que 2½ % du PIB.
- Le chômage des jeunes reste élevé; 250 000 personnes arrivent sur le marché du travail chaque année.
- Besoin d’investissements dans les infrastructures (électricité, routes, ponts), d’une économie plus diversifiée (zones rurales), d’institutions et d’une gouvernance plus solides, et d’un meilleur climat des affaires impartial et prévisible.
- Veiller à ce que l’ensemble de la population profite de la prospérité
- Incidence de la pauvreté : chute de plus de 50 % en 2004 à 20 % en 2011.
- Trop de Cambodgiens vivent encore dans la misère, gagnant moins de 1,25 dollars par jour.
- Recommandations : dépenser davantage dans le secteur social (santé, éducation); augmenter la part du travail dans le revenu; développer les programmes d’emploi rural; réduire le secteur informel; assurer des salaires suffisants; améliorer l’accès aux services financiers.
- Intégration des femmes : 80 % des femmes cambodgiennes participent à la vie active, contre une moyenne mondiale de 50 % seulement.
- Pourtant, le salaire d’une femme n’atteint que les trois quarts de celui d’un homme pour un travail similaire.
- Trois quarts des femmes doivent se contenter d’un emploi informel faiblement rémunéré.
- Impact potentiel de l’égalité hommes-femmes : selon une étude récente du FMI, faire participer les femmes à la vie active au même niveau que les hommes peut relever considérablement le revenu par habitant — de 23 % en Asie du Sud et de 15 % en Asie de l’Est et dans le Pacifique.
- Veiller à ce que le Cambodge profite de la prospérité de la région
- Nécessité d’une ouverture durable et d’une coopération économique (valeurs clés de l’Asie).
- La Communauté économique de l’ASEAN, qui devrait entrer en vigueur en 2015, offre des marchés plus grands et des IDE plus élevés, et donc potentiellement plus d’emplois.
- L’intégration peut stimuler la demande intérieure, faciliter l’accès au crédit pour les petites entreprises et réduire les inégalités en élargissant l’accès aux services financiers.
- Risques d’entrées de capitaux massives : nécessité de gérer l’expansion rapide du crédit par la politique monétaire et financière.
- Le rôle du FMI : forum de coopération économique mondial; le FMI restera partenaire du Cambodge.
Recommandations politiques synthétiques
- Renforcer l’éducation et la formation pour préparer un tiers de la population (moins de 14 ans) à la transition agricole → industrie et urbanisation.
- Augmenter les dépenses publiques dans l’éducation (au-delà de 2½ % du PIB) et la santé.
- Investir dans les infrastructures clés : électricité, routes, ponts.
- Poursuivre la diversification économique et encourager des IDE au-delà du secteur des vêtements.
- Gérer prudemment l’expansion du crédit et renforcer la surveillance macrofinancière pour atténuer les risques d’entrées de capitaux.
- Favoriser l’inclusion sociale et l’emploi décent : réduire le secteur informel, augmenter la part du travail dans le revenu, développer l’emploi rural.
- Promouvoir l’égalité femmes-hommes sur le marché du travail pour bénéficier d’un supplément de revenu par habitant (chiffres FMI cités : 23 % en Asie du Sud; 15 % en Asie de l’Est et dans le Pacifique).
- S’engager activement dans l’intégration régionale (ASEAN) pour tirer parti des marchés élargis et des flux d’IDE tout en restant protégé et préparé face aux risques.
Texte préparé pour l’intervention prononcée à l’École royale d’administration, Phnom Penh, 3 décembre 2013 — Christine Lagarde, Directrice générale, Fonds monétaire international.