Tenir la barre pour ne pas dériver : gérer les risques qui s’accumulent pour l’économie mondiale
IMF News, October 1, 2018
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- Published: October 1, 2018
1. Un climat économique changeant
- Croissance mondiale à son niveau le plus haut depuis 2011; chômage en baisse dans la plupart des pays; proportion de la population mondiale en extrême pauvreté tombée au-dessous de la barre des 10 % (analyse de la Banque mondiale, 2015).
- Perspectives de croissance prévues en juillet : croissance mondiale de 3,9 % en 2018 et 2019 (ces perspectives se sont détériorées depuis).
- Signes d’un plateau de la croissance mondiale et d’une désynchronisation accrue entre pays; ralentissement notable dans la zone euro et, dans une certaine mesure, le Japon.
- Modération observée en Chine; différends commerciaux susceptibles d’exacerber cette modération.
- Pressions sur de nombreux pays émergents et à faible revenu (Amérique latine, Moyen-Orient, Afrique subsaharienne) liées à la vigueur du dollar américain et au durcissement des conditions des marchés financiers; certains pays subissent des sorties de capitaux.
- Avertissement : si les différends commerciaux empirent, risque d’un choc touchant un nombre plus important de pays émergents et en développement.
2. Tenir la barre pour ne pas dériver — Priorités et actions
- Message central : gérer les risques, accélérer les réformes et moderniser le système multilatéral — résumer en trois défis : commerce, complications budgétaires/financières, confiance.
a) Bâtir un meilleur système commercial mondial
- Objectif : un système commercial plus robuste, plus juste et préparé pour l’avenir.
- Risques : dislocation des chaînes de valeur mondiales avec effets potentiellement dévastateurs pour de nombreux pays; restrictions aux importations réduisent investissement, productivité, diffusion des technologies et réduction de la pauvreté.
- Mesures recommandées :
- Collaborer pour désamorcer et résoudre les différends commerciaux actuels.
- Renforcer les règles : examiner les distorsions induites par les aides publiques, éviter les abus de positions dominantes, améliorer l’application des droits de propriété intellectuelle.
- Si un accord universel est impossible, permettre des accords plus souples entre États partageant des objectifs similaires dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce.
- Préparer le système pour le commerce du futur : libérer le potentiel du commerce électronique et d’autres services négociables (génie civil, communications, transports).
- Gains potentiels selon les analyses du FMI :
- En réduisant de 15 % les coûts du commerce des services, il serait possible d’augmenter le PIB total des pays du G20 de plus de 350 milliards de dollars cette année (équivalant à ajouter au G20 l’équivalent d’une deuxième Afrique du Sud).
b) Prévenir les complications budgétaires et financières
- État des lieux :
- Dette mondiale, publique et privée, à un record historique de 182 billions de dollars, près de 60 % de plus qu’en 2007.
- Accumulation d’endettement accroît la vulnérabilité des États et des entreprises en cas de durcissement des conditions financières.
- Risques spécifiques :
- Normalisation de la politique monétaire dans le monde avancé impose des ajustements aux pays émergents et en développement; une accélération soudaine pourrait provoquer corrections de marché, fluctuations du taux de change et ralentissement des flux de capitaux.
- Estimation : les pays émergents — à l’exclusion de la Chine — pourraient subir des sorties d’investissements de portefeuille totalisant jusqu’à 100 milliards de dollars (approximativement les sorties observées lors de la crise financière mondiale).
- Recommandations pour accroître les marges de manœuvre :
- Pays émergents : réduire les risques liés à l’endettement élevé des entreprises.
- Pays à faible revenu : rendre l’emprunt public plus viable (la dette publique médiane parmi les pays à faible revenu est passée de 33 % du PIB en 2013 à 47 % selon une nouvelle estimation du FMI).
- Assouplir les régimes de change lorsque nécessaire pour absorber les pressions dues à l’inversion des flux de capitaux.
- Pays avancés : réduire les déficits publics et placer la dette publique sur une trajectoire de réduction progressive tout en préservant l’équité et en soutenant la croissance.
- Mieux gérer le patrimoine public : nouvelle analyse du FMI sur 31 pays révèle que leur patrimoine public représente au total plus de 100 billions de dollars, soit largement plus du double de leur PIB; une meilleure gestion pourrait produire un supplément de recettes d’environ 3 % du PIB annuel.
- Politique multilatérale :
- Réduire les déséquilibres des transactions courantes via investissements publics accrus dans les pays en bonne santé budgétaire et réduction des déficits dans les autres.
- Maintenir un dispositif mondial de sécurité financière solide, centré sur un FMI bien équipé et doté de ressources suffisantes; adapter la gouvernance du FMI à l’évolution des pays membres.
- Résilience macroéconomique :
- Travaux du FMI montrent que les pays ayant une plus grande flexibilité du taux de change ont enregistré de moindres baisses de production après la crise financière mondiale.
- Les pays sont plus résilients lorsque leur politique monétaire inspire une plus grande confiance et que leur banque centrale indépendante communique clairement.
c) Rétablir la confiance dans les institutions et dans les politiques
- Problèmes à l’origine de l’érosion de la confiance :
- Trop de laissés-pour-compte; croissance qui n’a pas élargi les perspectives pour de larges pans de la population.
- Depuis 1980, les 1 % les plus riches ont tiré deux fois plus de gains de la croissance que l’ensemble des 50 % les plus pauvres.
- Hausse des inégalités de revenus et faible croissance des salaires dans de nombreux pays avancés, en partie du fait des progrès technologiques, de l’intégration mondiale et de politiques favorisant le capital.
- Mémoire de la crise financière mondiale : perception que ceux qui ont causé la crise n’en ont pas subi les conséquences alors que les populations ordinaires ont payé le prix.
- Corruption comme entrave au bon fonctionnement économique et social.
- Impacts technologiques et de genre :
- Estimation récente du FMI : 26 millions d’emplois féminins sont menacés dans les pays membres de l’OCDE en raison de l’automatisation (les femmes occupant souvent des tâches plus routinières).
- Politiques pour rétablir la confiance :
- Investir dans le capital humain : santé, éducation, systèmes de protection sociale.
- Besoin accru de dépenses dans les pays à faible revenu : estimation de dépenses supplémentaires d’environ 520 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour atteindre les objectifs de développement durable (étude du FMI portant sur 49 pays en développement à faible revenu).
- Mettre en place un système d’éducation du XXIe siècle, augmenter l’investissement dans la formation et les dispositifs de protection sociale pour faciliter la reconversion et l’accès à des emplois de meilleure qualité.
- Dans les pays où cela est possible : fiscalité plus progressive et hausse des salaires minimums.
- Imposition plus intelligente des entreprises multinationales pour s’assurer que chacune paye sa part (estimation récente : près de 40 % des bénéfices des multinationales sont transférés chaque année vers des pays où l'impôt est peu élevé).
- Politiques favorisant l’équilibre travail-famille : congés parentaux bien conçus, services de garde d’enfants de qualité à des prix abordables, systèmes fiscaux ne pénalisant pas les deuxièmes apporteurs de revenu.
- Action climatique et fintech :
- Tous les pays doivent collaborer pour contrer la menace du changement climatique; établir le prix des émissions de carbone en tenant compte de leurs coûts sociaux.
- Le FMI fournit conseils et renforcement des capacités aux pays membres; promotion d’un « nouveau multilatéralisme » plus inclusif.
- Programme d’action de Bali sur les fintech (élaboré avec la Banque mondiale et d’autres partenaires) : plan pour gérer les nouveaux risques tout en exploitant le potentiel des fintech de façon inclusive.
Conclusion et appel à l’action
- Appel au multilatéralisme et à la coopération internationale : « gotong royong » et la devise indonésienne « Bhinneka Tunggal Ika » (« l’unité dans la diversité »).
- Priorités immédiates : saisir la fenêtre de croissance relativement forte pour réparer la toiture — gérer les risques, accélérer les réformes, moderniser le système multilatéral pour éviter de dériver.
- Le FMI continuera d’apporter analyses, conseils et assistance financière, et de travailler à adapter sa gouvernance pour mieux servir les pays membres.
Discours — Christine Lagarde, directrice générale du FMI, Discours au siège du FMI, le 1 octobre 2018.