Quatre questions au sujet des risques pesant sur la dette et le financement du fait de la COVID 19 au Moyen Orient et en Afrique du Nord
IMF News, April 29, 2021
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- Published: April 29, 2021
Contexte et constat initial
- Réponse publique à la pandémie dans la région Moyen‑Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MOANAP) : mesures d'ampleur et d'urgence pour sauver des vies et amortir le choc économique.
- Effet secondaire : exacerbation des facteurs de vulnérabilité liés à la dette et forte hausse des besoins de financement.
Vulnérabilités liées à la dette avant la pandémie
- À la fin de 2019 :
- La moitié des pays de la région MOANAP avaient des ratios dette publique/PIB supérieurs à 70 %.
- Un pays sur quatre avait des besoins bruts de financement public supérieurs à 15 % du PIB par an.
- Exposition des banques au secteur public (prêts au secteur public en proportion des actifs totaux des banques) dans plusieurs pays émergents de la région :
- "plus de 20 % du total des actifs des banques" en Iraq, en Jordanie et au Qatar.
- "plus de 45 %" en Algérie, en Égypte et au Pakistan.
- "jusqu’à 60 %" au Liban.
- Comparaison : exposition des banques de pays émergents au secteur public de 12 % dans les autres régions.
- Conséquences structurelles :
- Surliquidité bancaire dans certains pays et faible nombre d’investisseurs institutionnels dans d’autres.
- Tendance des banques à conserver les obligations publiques jusqu’à échéance, limitant la liquidité et le développement du marché de la dette intérieure.
Effets de la pandémie sur déficits, dette et financement
- Effondrement de l’activité économique → pertes de recettes budgétaires et hausse des dépenses publiques pour atténuer la pandémie → dégradation des soldes budgétaires dans presque tous les pays.
- Par rapport aux prévisions antérieures à la pandémie :
- Les déficits primaires des pays de la région MOANAP ont augmenté en moyenne de 7,5 % du PIB en 2020.
- Ce creusement des déficits, conjugué au ralentissement économique, a entraîné une hausse moyenne de 7 points de pourcentage des ratios dette/PIB.
- Rôle du financement national pendant la première phase de la crise :
- Un tiers des pays de la région MOANAP ont eu recours aux marchés financiers internationaux, représentant ensemble 25,5% des titres émis par des pays émergents dans le monde.
- L’Égypte, la Jordanie, le Pakistan et la Tunisie ont couvert plus de 50 % de leurs besoins bruts de financement public grâce à des financements octroyés par le secteur bancaire national en 2020.
Besoins de financement futurs et défis pour les pays émergents
- Besoins bruts de financement public estimés :
- "1 044 milliards de dollars au total en 2021–22" contre "780 milliards de dollars en 2018–19".
- Structure et pression financière :
- Les besoins de financement en 2021–22 devraient rester supérieurs à 15 % du PIB en moyenne dans la plupart des pays émergents de la région MOANAP.
- Les besoins liés au remboursement de la dette extérieure sont limités : "environ 4 % du PIB".
- Accès limité aux marchés internationaux → probable accélération de l’exposition des banques au secteur public, avec risque d’éviction du crédit au secteur privé alors que le financement privé est nécessaire pour la reprise.
- Scénario de choc potentiel (hypothèse) :
- Besoins budgétaires pourraient augmenter encore de 3 % du PIB dans un scénario supposant un resserrement rapide des conditions financières mondiales et un retard dans le rééquilibrage des finances publiques.
- Impact sur l’absorption par les banques : si les banques locales financent ces besoins inopinés, en plus des ressources nécessaires en 2021–22, l’Égypte, Oman, le Pakistan et la Tunisie absorberaient de 10 à 23 % supplémentaires des actifs des banques sous forme de dette publique d’ici à la fin de 2022.
- Conséquence possible : les banques égyptiennes et pakistanaises pourraient atteindre des niveaux d’exposition au secteur public similaires à ceux actuellement observés au Liban.
Recommandations de politiques publiques
- Adopter des stratégies de gestion de la dette et des finances publiques à moyen terme crédibles et clairement communiquées.
- Coordination nécessaire entre :
- autorités monétaires,
- autorités budgétaires,
- autorités de régulation du secteur financier,
pour déterminer la capacité d’absorption globale des marchés financiers nationaux.
- Pays à espace budgétaire limité ou inexistant :
- Mettre en place des plans d’assainissement des finances publiques favorables à la croissance lorsque la crise s’estompera.
- Pays ayant accès aux marchés :
- S’efforcer d’atténuer en amont les risques de reconduction et de refinancement.
- Recourir à des opérations de gestion du passif, telles que la prorogation des échéances, pour améliorer les conditions de la dette existante et le profil de la dette à moyen terme.
- Pays à accès limité aux marchés :
- Envisager de restructurer leur dette bancaire et bilatérale.
- Développement des marchés domestiques et diversification des investisseurs :
- Développer les marchés de capitaux nationaux et élargir progressivement la base d’investisseurs.
- Améliorer l’accès aux services financiers pour permettre aux banques de diversifier davantage leurs actifs et réduire le risque de surexposition au secteur public.
- À moyen terme, modifier la réglementation bancaire pour que les portefeuilles d’actifs des banques ne privilégient pas autant les obligations d’État.
Jeta Menkulasi, Cesar Serra et Suchanan Tambunlertchai, Département Moyen‑Orient et Asie centrale du FMI, le 29 avril 2021.