France : Déclaration des services du FMI à l’issue de leur mission de 2021 au titre de l’article IV
IMF News, November 9, 2021
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- Published: November 9, 2021
Contexte et observations générales
- La France a été l’un des pays européens les plus touchés par la crise de la COVID, mais la reprise économique est forte grâce aux importantes mesures de soutien des autorités et aux taux élevés de vaccination.
- Les autorités ont consenti à la publication de la présente déclaration; les avis exprimés sont ceux des services du FMI et ne représentent pas nécessairement ceux du conseil d’administration.
- La relation entre les restrictions sanitaires et l’activité économique s’atténue; la mobilité a été relativement peu affectée durant les troisième et quatrième vagues.
- Les contraintes d’offre—perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et difficultés de recrutement—commencent à peser sur la production, en particulier dans le secteur manufacturier.
- L’inflation est en accélération principalement sous l'effet de facteurs ponctuels, notamment une hausse des prix de l'énergie; les tensions sur les salaires restent modérées et les anticipations d’inflation à long terme demeurent bien ancrées.
- Le secteur financier a bien résisté durant la crise mais la vigilance reste de mise.
Perspectives économiques
- Progression de la vaccination et chiffres clés :
- 88 % des adultes vaccinés (France parmi les pays de l’UE aux taux de vaccination les plus élevés).
- Impact macroéconomique récent :
- Contraction de l’activité de 8,0 % en 2020.
- Activité pratiquement retrouvée au niveau d’avant-crise au troisième trimestre 2021.
- L’investissement se redresse plus vite que la consommation et dépasse déjà son niveau d’avant crise.
- Emploi robuste et taux de chômage resté relativement stable.
- Prévisions des services du FMI :
- Révision à la hausse de la prévision de croissance du PIB à environ 6¾ % pour 2021.
- Croissance prévue à 3,7 % en 2022.
- Inflation globale attendue à environ 2 % en 2021, puis à 1,7 % en 2022.
- Taux de chômage prévu à 7,8 % en 2021.
- Balance courante : déficit des transactions courantes appelé à se résorber et à revenir progressivement à la normale à moyen terme.
- Principaux aléas à court terme :
- Risques baissiers : nouvelles souches virales, perte d’efficacité des vaccins, persistance des goulets d’étranglement, transformations désordonnées.
- Risques haussiers : utilisation plus rapide de l’épargne accumulée, reprise plus forte de la demande dans les secteurs durement touchés.
Politique budgétaire pour la reprise
- Mesures de soutien déployées :
- Enveloppe totale des mesures d’urgence et de relance pour 2020–22 d’environ 28 % du PIB de 2020.
- Recommandations pour 2022 :
- Une orientation budgétaire modérément expansionniste justifiée; tout nouveau soutien devrait être ciblé sur l’offre pour stimuler la croissance potentielle.
- Appui aux mesures en faveur de l’investissement contenues dans le plan France Relance et dans les programmes NextGen EU.
- Le plan France 2030 pourrait encourager l’innovation; sa gouvernance devrait inclure une forte composante secteur privé indépendante.
- Maintenir la politique budgétaire souple tout au long de 2022 et apporter un soutien ciblé si les risques baissiers se concrétisent.
- Réponse à la flambée des prix de l’énergie :
- Effet considéré essentiellement transitoire; hausses de prix attendues s’atténuer au cours de l’année 2022.
- Favorable à indemniser les ménages vulnérables au moyen de transferts ciblés et temporaires, tels que la revalorisation du chèque énergie récemment annoncée.
- Éviter les transferts de nature générale et les mesures de contrôle des prix de longue durée; mieux cibler l’indemnité inflation.
- Un nouvel élargissement du dispositif du chèque énergie serait approprié en cas de nouvelles hausses des prix de l’énergie.
- Trajectoire de rééquilibrage budgétaire recommandée à partir de 2023 :
- Objectif à moyen terme d’avant-crise : déficit structurel de 0,4 % du PIB.
- Effort budgétaire cumulé nécessaire d’environ 4 ¾ points de pourcentage du PIB sur sept ans (en l'absence de nouveaux chocs majeurs).
- Option de calendrier : réduction moyenne du déficit structurel primaire d’environ 0,6 % du PIB par an sur la période 2023–26, puis d’environ 0,8 % du PIB par an à moyen terme jusqu’à atteinte de l’objectif.
- Cette trajectoire laisserait un espace suffisant pour les investissements nécessaires aux transitions écologique et numérique et au renforcement des compétences.
- Priorités de l’effort de consolidation :
- Concentrer le rééquilibrage sur la maîtrise des dépenses publiques courantes tout en protégeant les investissements indispensables (plan France Relance, NextGen EU).
- Poursuivre les réformes des retraites, de l’assurance-chômage et de la fonction publique.
- Réduire les dépenses fiscales contre-productives pour les objectifs climatiques; réduire les chevauchements entre niveaux de gouvernement; simplifier et unifier les régimes d’aide sociale.
- Tarification du carbone plus élevée pour financer les investissements environnementaux et indemniser les plus vulnérables.
- Gouvernance budgétaire :
- Règle stricte en matière de dépenses budgétaires et élargissement des responsabilités du Haut Conseil des finances publiques (HCFP).
- Selon les services du FMI, un plafonnement de la croissance des dépenses à 1,7 % par an (contre 2,4 % dans le scénario de référence) permettrait d’atteindre la trajectoire recommandée.
- La règle devrait reposer sur un engagement pluriannuel de dépenses au niveau des administrations publiques et comporter un mécanisme de surveillance des écarts des années précédentes.
- Renforcement des compétences et des capacités du HCFP recommandé.
- La France ne devrait pas attendre une action européenne pour aller de l’avant avec sa propre règle budgétaire.
Protection de la stabilité financière
- Résilience du secteur bancaire :
- Bonnes positions en fonds propres et liquidités avant la crise; banques ont assuré une fourniture abondante de crédits.
- Faillites généralisées d’entreprises ne se sont pas matérialisées, mais risques de solvabilité à retardement possibles dans certains secteurs à mesure que les soutiens s’éteignent.
- Recommandations microprudentielles et de surveillance :
- Surveiller la qualité des actifs bancaires; constituer provisions et coussins de fonds propres en cas de pertes potentielles.
- Encourager les banques à dialoguer avec les entreprises viables mais en difficulté pour élaborer des solutions (y compris le prêt participatif).
- Surveiller les transactions intragroupes des conglomérats et établir des seuils de concentration pour limiter les risques liés aux entreprises très endettées.
- Adapter les mesures d’incitation à mesure que la reprise se confirme pour réduire les passifs conditionnels extraordinaires de l’État.
- Macroprudentiel :
- Orientation macroprudentielle globalement satisfaisante; resserrement possible si les risques liés aux valorisations des actifs financés par la dette s’accentuent.
- Favorable à la réactivation en temps utile du coussin de fonds propres contracyclique—éventuellement en 2023—si la reprise évolue au moins aussi rapidement que projeté.
- Risques immobiliers : accélération des prix de l’immobilier en 2020; endettement des ménages reste élevé par rapport au revenu. Ajustement ou renforcement des mesures portant sur les emprunteurs pourrait être approprié.
Réformes structurelles pour une reprise équitable et résiliente
- Marché du travail et jeunes :
- Dispositif d’activité partielle a préservé les emplois et les relations de travail.
- Emploi a rapidement rebondi; augmentation du nombre de postes vacants et chômage de longue durée encore élevé.
- Recommandations : remédier aux pénuries de compétences en associant aide à la recherche d’emploi et programmes de formation; mesures ciblées pour les jeunes (contrat d’engagement pour les jeunes; mesures pour le développement des compétences et l’insertion dans l’emploi prévues dans le projet de loi de finances 2022).
- Corriger les disparités éducatives et renforcer la transition école–travail pour une répartition équitable et durable des fruits de la croissance.
- Compétitivité et innovation :
- France a stabilisé ses performances à l’exportation mais des améliorations sont souhaitables.
- Réformes recommandées des marchés des produits pour assouplir la réglementation et les barrières à l’entrée dans les services non échangeables.
- Investir dans le capital humain et financer la recherche fondamentale, notamment dans les secteurs à la frontière technologique.
- Le programme France 2030, s’il est bien conçu et géré, pourrait contribuer à ces objectifs.
- Transition écologique :
- Accélération de l’offensive pour atteindre la neutralité carbone et réduire l’écart en matière d’émissions.
- Application des mesures de “l’ajustement à l’objectif 55” (“Fit for 55”) de l’UE et mise en œuvre de politiques vertes supplémentaires.
- Tarification adéquate du carbone recommandée, assortie de mesures d’atténuation pour les ménages à faibles revenus.
- Tirer parti de la présence française dans l’automobile, la production d’électricité et l’aéronautique pour renforcer la production d’énergie verte et le transport à zéro émission.
- Importance des mesures de formation pour garantir l’adéquation des compétences et faciliter la transition sans perte d’emploi.
Département de la communication du FMI, Paris, France - 9 novembre 2021.