Le 22 juillet 2016, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a achevé les consultations de 2016 au titre de l’article IV avec le
Tchad 1.
Les résultats macroéconomiques continuent à se situer en deçà du potentiel, du fait de l’impact majeur de deux chocs exogènes, à savoir la baisse des cours
du pétrole et la montée de l’insécurité à l'échelle régionale. Les recettes pétrolières se sont effondrées et ne représentent plus qu’une fraction de leur
niveau précédent, et on ne peut espérer qu’un redressement partiel et graduel. La sécurité reste très gravement menacée dans la région, ce qui déstabilise
la vie économique, oblige à réaffecter les dépenses à la défense et à accueillir les réfugiés et les personnes déplacées, et exacerbe les difficultés
économiques.
L’activité économique s’est considérablement ralentie en 2015, le taux de progression estimé du PIB ayant chuté à 1,8 %, contre 6,9 % en 2014. La
perturbation des flux commerciaux transfrontaliers avec le Cameroun et le Nigéria a augmenté la volatilité des prix intérieurs, l’inflation étant passée à
3,7 % en moyenne en 2015, soit un peu au-dessus de l’objectif de la CEMAC (3 %). En dépit d’un gros ajustement budgétaire, le déficit global est resté
élevé (6,6 % du PIB non pétrolier) en 2015 et les arriérés intérieurs se sont accumulés, atteignant 3,9 % du PIB non pétrolier (200 milliards de FCFA) à la
fin de l’année. La masse monétaire s’est contractée et le crédit au secteur privé s’est considérablement ralenti en 2015. Le déficit courant s’est creusé,
passant de 9 % du PIB en 2014 à une estimation de 12,4 % du PIB en 2015 en raison d’une nouvelle baisse des cours pétroliers et du recul correspondant des
exportations.
Les perspectives à court et moyen terme demeurent délicates. Compte tenu d’une contraction de 1,1 % en 2016, les projections donnent un taux de progression
du PIB d’environ 2 % en moyenne sur la période 2016-18, contre près de 5 % en 2013-15. Un rétablissement progressif de la croissance du PIB non pétrolier
est attendu au cours de la période 2016-2018, et elle atteindrait 4 % par an à moyen terme. Cette évolution serait impulsée en grande partie par
l’agriculture, le commerce, et les transports, et à la faveur du relâchement des contraintes budgétaires que permettrait le rebond des recettes
pétrolières. D’après les projections, la situation des comptes extérieurs restera faible, le solde commercial ne commençant à s’améliorer graduellement
qu’à partir de 2017. Les investissements étrangers directs dans le secteur pétrolier continueront à être une source primordiale de financement extérieur.
Évaluation par le Conseil d’administration 2
Les administrateurs saluent les efforts déployés par les autorités tchadiennes, qui ont réalisé un ajustement budgétaire substantiel et avancé sur le front
structurel, malgré une conjoncture extérieure défavorable. Cependant, la situation macroéconomique et les perspectives à court terme sont gravement
affectées par l’effondrement des recettes pétrolières et l’accroissement de l’insécurité au niveau régional, qui ont causé un fléchissement de l’activité
économique et une dégradation de la situation des finances publiques. Au vu de cela, les administrateurs soulignent qu’un surcroît d’efforts budgétaires et
des réformes structurelles plus énergiques sont nécessaires pour préserver la stabilité budgétaire et financière et les avancées récentes sur le plan du
développement humain, ainsi que pour doper l’économie non pétrolière. La poursuite d’une collaboration étroite avec le FMI et la communauté internationale
est cruciale pour accompagner les efforts des autorités.
Les administrateurs saluent les mesures d’ajustement budgétaire adoptées, notamment dans le cadre du budget rectificatif de 2016. Prenant note de la
précarité de la situation de liquidité et de l’incertitude relative aux recettes exceptionnelles liées à la cession d’un actif du secteur pétrolier, ils
engagent vivement les autorités à établir un plan d’urgence pour encadrer les dépenses au cas où le risque d’un important déficit de recettes budgétaires
se matérialiserait. Les administrateurs recommandent en outre que les engagements de dépenses soient strictement limités aux ressources disponibles pour
éviter une rupture de la chaîne de la dépense et l’accumulation d’arriérés supplémentaires. Ils soulignent qu’il est impératif de mettre en place une
stratégie globale d’apurement des arriérés, sur la base du processus de validation d’un audit indépendant.
Les administrateurs insistent sur la nécessité de planifier une stratégie budgétaire à moyen terme comportant un volet d’ajustement permanent non
négligeable, tout en protégeant les couches les plus vulnérables de la population. Saluant l’intention des autorités de mobiliser davantage de recettes non
pétrolières, les administrateurs notent qu’il est important de d’élargir les revenus non pétroliers, de réduire les exonérations fiscales et de renforcer
les administrations des impôts et des douanes.
Les administrateurs encouragent les autorités à poursuivre leurs efforts en vue d’améliorer la gestion des finances publiques, en mettant l’accent sur la
maîtrise plus stricte des dépenses et l’amélioration de leur efficacité. Ils soulignent qu’une plus grande transparence des recettes pétrolières est
cruciale pour améliorer la préparation et l’exécution des budgets ainsi qu’au regard des obligations de rendre compte.
Les administrateurs notent qu’en dépit d’un niveau de liquidités élevé, le secteur bancaire est vulnérable à la dégradation des finances publiques et doit
faire l’objet d’un suivi rapproché en coordination avec les organismes régionaux compétents. Ils encouragent les autorités à être soucieuses des éventuels
effets d’éviction du crédit au secteur privé qui peuvent résulter des placements de titres d’État auprès des banques commerciales.
Les administrateurs soulignent que les défis que pose la conjoncture économique difficile représentent une occasion de faire progresser les réformes
structurelles visant à diversifier l’économie, améliorer le climat des affaires, favoriser l’inclusion financière et promouvoir une croissance plus
inclusive. Ils attendent avec intérêt la présentation détaillée du prochain plan de développement national couvrant la période 2016-2020, en particulier
dans les domaines de l’agriculture, du capital humain, de la gouvernance, des réformes judiciaires et de la protection sociale.
Tchad : principaux indicateurs économiques et financiers, 2011–2016
|
|
2011
|
2012
|
2013
|
2014
|
2015
Prél.
|
2016
Proj.
|
|
(variation annuelle en pourcentage sauf indication contraire)
|
|
Économie réelle
|
|
|
|
|
|
|
|
PIB à prix constants
|
0,1
|
8,9
|
5,7
|
6,9
|
1,8
|
-1,1
|
|
PIB pétrolier
|
-0,3
|
-4,1
|
-7,2
|
5,7
|
32,2
|
-4,8
|
|
PIB non pétrolier
|
0,2
|
11,6
|
8,0
|
7,1
|
-2,9
|
-0,3
|
|
Prix du pétrole
|
|
|
|
|
|
|
|
PEM ($/baril)1
|
104,0
|
105,0
|
104,1
|
96,2
|
50,8
|
42,9
|
|
Prix du brut tchadien ($/baril)2
|
97,7
|
102,0
|
103,9
|
98,0
|
43,4
|
33,8
|
|
Production de pétrole (millions de barils)
|
43,6
|
41,2
|
36,3
|
38,5
|
52,5
|
49,7
|
|
Taux de change FCFA/$ (moyenne période)
|
471,4
|
510,2
|
493,9
|
493,6
|
591,2
|
…
|
|
Monnaie et crédit3
|
|
|
|
|
|
|
|
Avoirs extérieurs nets
|
25,3
|
14,8
|
-2,6
|
-1,8
|
-40,3
|
-10,2
|
|
Avoirs intérieurs nets
|
-11,0
|
-1,3
|
11,2
|
28,2
|
35,6
|
11,2
|
|
Dont
: créances nettes sur l’État
|
-18,8
|
-13,1
|
10,0
|
18,0
|
31,6
|
1,7
|
|
Dont :
crédit au secteur privé
|
9,0
|
12,9
|
2,8
|
17,3
|
0,3
|
-2,7
|
|
Vitesse circ, revenu (PIB non pétrolier/monnaie sens large)
|
5,9
|
5,6
|
5,5
|
4,8
|
5,0
|
5,0
|
|
Secteur extérieur (en FCFA)
|
|
|
|
|
|
|
|
Exportations biens et services, f,à,b,
|
22,3
|
-4,1
|
-8,6
|
1,4
|
-34,1
|
-17,4
|
|
Importations biens et services, f,à,b,
|
11,3
|
3,8
|
-7,7
|
9,9
|
-23,7
|
-12,3
|
|
Exportations en volume
|
-2,8
|
-2,9
|
-13,7
|
5,6
|
27,6
|
-7,9
|
|
Importations en volume
|
4,6
|
2,9
|
-5,4
|
9,8
|
-21,2
|
-9,9
|
|
Termes de l’échange
|
18,3
|
-2,1
|
8,5
|
-4,1
|
-46,6
|
-7,9
|
|
Solde des transactions courantes, transferts officiels compris (% PIB)
|
-5,6
|
-8,7
|
-9,2
|
-9,0
|
-12,4
|
-8,7
|
|
Dette extérieure (% PIB)
|
21,8
|
20,1
|
21,2
|
29,2
|
25,1
|
23,9
|
|
(en pourcentage du PIB non pétrolier sauf indication contraire)
|
|
Finances publiques
|
|
|
|
|
|
|
|
Recettes et dons
|
34,6
|
35,0
|
27,8
|
23,3
|
14,8
|
15,5
|
|
Dont
: hors pétrole
|
7,6
|
8,1
|
9,3
|
9,5
|
8,3
|
8,5
|
|
Dépenses
|
31,3
|
34,4
|
31,4
|
29,6
|
21,4
|
20,1
|
|
Courantes
|
17,9
|
16,5
|
17,7
|
16,7
|
14,1
|
14,3
|
|
Capital
|
13,3
|
17,9
|
13,7
|
12,9
|
7,3
|
5,8
|
|
Solde primaire hors pétrole (base engagements, hors dons)4
|
-19,6
|
-20,1
|
-18,2
|
-16,3
|
-9,8
|
-7,0
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Solde budgétaire global (dons compris, base engagements)
|
3,3
|
0,7
|
-3,6
|
-6,3
|
-6,6
|
-4,6
|
|
Solde budgétaire global (dons compris, base caisse)
|
0,6
|
2,1
|
-6,6
|
-4,5
|
-5,2
|
-5,8
|
|
Dette totale (% PIB)5
|
30,5
|
28,8
|
30,3
|
39,2
|
42,6
|
45,0
|
|
Dont :
dette intérieure
|
8,7
|
8,7
|
9,1
|
10,0
|
17,5
|
21,1
|
|
Pour mémoire :
|
|
|
|
|
|
|
|
PIB nominal (milliards FCFA)
|
5.736
|
6.314
|
6.397
|
6.885
|
6.444
|
6.159
|
|
Dont
: PIB non pétrolier
|
4.108
|
4.400
|
4.661
|
5.152
|
5.153
|
5.144
|
|
PIB nominal
(milliards dollars)
|
12,2
|
12,4
|
13,0
|
13,9
|
10,9
|
10,4
|
|
Dont
: PIB non pétrolier
|
8,7
|
8,6
|
9,4
|
10,4
|
8,9
|
8,7
|
|
Sources : autorités tchadiennes; services du FMI
1
PEM, derniers prix de référence du brut.
2
Le prix du pétrole tchadien est le prix du Brent moins une décote pour la qualité.
3
Variation en pourcentage du stock de la monnaie au sens large en début de période.
4
À savoir, total recettes, dons et recettes pétrolières exclus, moins total dépenses à l'exclusion des paiements nets d'intérêt et
investissements financés sur ressources extérieures.
5
Administration centrale, y compris dette garantie par l'État.
|
1 Conformément à l’article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une
mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s’entretient avec les responsables nationaux
de l’évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de cadre aux
délibérations du Conseil d’administration.
2 À l’issue des délibérations, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d’administration, résume les opinions des administrateurs, et
le résumé est communiqué aux autorités du pays. On trouvera une explication des termes convenus utilisés communément dans le résumé des
délibérations du Conseil d’administration à l’adresse: http://www.imf.org/external/french/np/sec/misc/qualifiersf.htm.