Le 23 janvier 2017, le Conseil d’administration du Fonds monétaire
international (FMI) a achevé les consultations au titre de l’article IV
avec le Maroc
[1].
La situation macroéconomique du Maroc s’est améliorée depuis 2012, mais la
croissance reste timide. En 2016, celle-ci a accusé un repli en raison
d’une forte contraction de la production agricole et de l’atonie de
l’activité hors agriculture. Le taux de chômage est descendu à 9,6 % au
troisième trimestre 2016, mais il reste élevé chez les jeunes (21,8 %).
L’inflation globale (en glissement annuel) a atteint 1,6 % en raison de la
montée des prix alimentaires et énergétiques.
Les déséquilibres extérieurs se sont fortement atténués depuis 2012, encore
que le déficit courant se soit creusé à 2,9 % du PIB en 2016, contre 2,2 %
en 2015. La vigueur des exportations manufacturières et agricoles et un
rebond du tourisme et des envois de fonds ont plus que compensé l’impact de
l’augmentation des importations de biens d’équipement et de produits
alimentaires et du repli des cours des phosphates. De ce fait, et grâce à
l’essor continu de l’investissement direct étranger (IDE), les réserves
internationales se sont accrues pour se situer à environ sept mois
d’importations.
Le travail de rééquilibrage budgétaire s’est poursuivi, le déficit ayant
diminué de 4,4 % du PIB en 2015 à environ 4 % du PIB, par rapport à un
objectif de 3,5 % du PIB pour 2016. Ces résultats s’expliquent par la
résilience des recettes fiscales et une bonne maîtrise des dépenses
courantes, ce qui permet de compenser un déficit de dons d’environ 0,3 % du
PIB et de financer une augmentation des dépenses d’équipement.
Les établissements bancaires sont bien capitalisés et disposent d’un
financement stable, mais les créances improductives sont orientées à la
hausse et les risques liés à la concentration du crédit, certes en baisse,
demeurent élevés. L’expansion des banques marocaines en Afrique
subsaharienne ouvre de nouvelles voies de transmission des risques, mais la
coopération avec les instances de supervision des pays d’accueil
s’intensifient et les exigences de supervision applicables aux activités
transfrontalières sont en train d’être mises à niveau.
Les perspectives à moyen terme du Maroc sont favorables, la croissance
devant rebondir à 4,4 % en 2017 et se hisser à 4,5 % d’ici 2021. Cependant,
les risques demeurent considérables et concernent principalement la
croissance dans les pays avancés et émergents, les tensions géopolitiques
dans la région, les cours mondiaux de l’énergie et la volatilité des
marchés financiers mondiaux. Les perspectives d’une plus forte croissance à
moyen terme dependront de la mise en œuvre continue d’un vaste ensemble de
réformes concernant la participation des travailleurs au marché du travail
et l’efficience de ce dernier, l’accès au financement, une éducation de
qualité, l’efficience des dépenses publiques et une amélioration plus
poussée du climat des affaires. La poursuite de la lutte contre la pauvreté
et la réduction des disparités régionales et de genre seront également
déterminantes pour assurer une croissance plus forte, durable et plus
inclusive.
Évaluation par le Conseil d’administration
[2]
Les administrateurs félicitent les autorités de la solidité de leurs
réformes et de leurs politiques macroéconomiques, lesquelles ont contribué
à atténuer les vulnérabilités intérieures et extérieures, à renforcer les
cadres de politique budgétaire et financière et à diversifier davantage
l’économie. Les administrateurs notent que les perspectives à moyen terme
sont certes favorables mais que les risques demeurent importants. Au vu de
cela, ils saluent la forte détermination des autorités à mener des
politiques saines et ils les encouragent à poursuivre les réformes pour
réduire davantage les vulnérabilités et promouvoir la création d’emplois et
une croissance plus inclusive.
Les administrateurs félicitent les autorités des progrès qu’elles
continuent d’enregistrer en matière de rééquilibrage budgétaire, et
notamment de la récente maîtrise des dépenses courantes, de la réforme des
subventions énergétiques et de la réforme du système public de retraites.
Ils encouragent les autorités à réduire progressivement le niveau de la
dette publique à moyen terme tout en préservant les dépenses sociales et
celles en faveur de la croissance. Les administrateurs s’accordent à penser
que les efforts doivent se centrer sur l’accélération des réformes fiscales
afin d’élargir l’assiette de l’impôt et sur une mise en œuvre prudente et
bien programmée de la décentralisation budgétaire afin d’atténuer tout
risque y afférent. Les administrateurs encouragent en outre les autorités à
réformer la fonction publique pour contribuer à en maîtriser la masse
salariale.
Les administrateurs s’associent à la politique monétaire accommodante
actuellement menée dans un contexte d’inflation modérée et de reprise
naissante du crédit. Ils appuient l’intention des autorités d’évoluer
progressivement vers un régime de change plus flexible et un nouveau cadre
de politique monétaire, lesquels contribueront à préserver la compétitivité
et à mieux protéger l’économie contre les chocs. À cet égard, les
administrateurs conviennent que les conditions sont réunies pour mener à
bien une transition en 2017. Les administrateurs encouragent en outre les
autorités à déposer au Parlement le projet de loi de banque centrale,
lequel renforcera l’indépendance de Bank Al‑Maghrib (BAM) et élargira son
rôle dans la promotion de la stabilité et de l’inclusion financières.
Les administrateurs se réjouissent de constater que le secteur bancaire
demeure solide et bien capitalisé et ils soulignent que l’augmentation des
créances improductives, les risques liés à la concentration du crédit et
l’expansion des banques en Afrique subsaharienne exigent un suivi continu.
Ils saluent en outre les efforts que continue de déployer la BAM pour
renforcer le cadre de réglementation et de supervision conformément aux
recommandations du programme d’évaluation du secteur financier de 2015, y
compris les progrès dans la supervision bancaire transfrontalière, une
supervision plus prospective et davantage axée sur les risques, un
renforcement du cadre de politiques macro-prudentielles et les efforts
visant à renforcer les ressources de supervision compte tenu de
l’élargissement des responsabilités.
Les administrateurs soulignent qu’il est important d’assurer une mise en
œuvre soutenue des réformes structurelles afin de promouvoir une croissance
plus forte et plus inclusive. Ils recommandent de poursuivre les efforts
visant amélioration du climat des affaires, en particulier pour les petites
et moyennes entreprises, notamment en facilitant leur accès au financement.
Les administrateurs appellent également de leurs vœux une amélioration de
la réglementation du marché du travail et une plus grande efficience des
dépenses publiques en éducation et en formation professionnelle pour être
mieux à même d’offrir les aptitudes que recherche le marché, ce qui sera
d’une importance cruciale pour doper la croissance, réduire le chômage —
surtout chez les jeunes —, diminuer les écarts de genre et renforcer la
compétitivité. Les administrateurs saluent les efforts consentis pour
renforcer la gouvernance et la supervision des entreprises publiques et ils
attendent avec intérêt de plus amples progrès dans la mise en œuvre de la
stratégie nationale de lutte contre la corruption.
|
Maroc : Principaux indicateurs économiques , 2012–17
|
|
|
|
|
|
|
Projection
|
|
|
|
|
|
|
LPL 1/
|
Rév.
|
LPL 1/
|
Rév
|
|
|
2012
|
2013
|
2014
|
2015
|
2016
|
2017
|
|
|
(Variation annuelle en pourcentage)
|
|
Production et prix
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
PIB réel
|
3,0
|
4,5
|
2,6
|
4,5
|
1,8
|
1,5
|
4,8
|
4,4
|
|
PIB réel agricole
|
-9,1
|
17,2
|
-2,2
|
12,8
|
-10,5
|
-9,8
|
13,7
|
10,8
|
|
PIB réel hors agriculture
|
4,7
|
2,9
|
3,2
|
3,5
|
3,5
|
3,0
|
3,6
|
3,5
|
|
Prix à la consommation (fin de période)
|
2,6
|
0,4
|
1,6
|
0,6
|
1,2
|
1,5
|
1,3
|
1,2
|
|
Prix à la consommation (moyenne de la période)
|
1,3
|
1,9
|
0,4
|
1,5
|
1,3
|
1,6
|
1,3
|
1,2
|
|
|
(En pourcentage du PIB)
|
|
Investissement et épargne
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Formation brute de capital
|
35,0
|
34,8
|
32,2
|
30,2
|
30,2
|
31,2
|
30,7
|
32,1
|
|
Dont
:
non publique
|
29,6
|
29,8
|
26,8
|
24,7
|
25,2
|
26,0
|
25,7
|
27,4
|
|
Épargne nationale brute
|
25,7
|
27,2
|
26,6
|
28,1
|
29,0
|
28,3
|
29,3
|
29,8
|
|
Dont
:
non publique
|
26,1
|
25,8
|
24,5
|
25,2
|
25,8
|
25,0
|
25,0
|
26,7
|
|
|
(En pourcentage du PIB)
|
|
Finances publiques
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Recettes
|
28,0
|
27,8
|
28,1
|
26,5
|
26,9
|
26,7
|
27,5
|
26,0
|
|
Dépenses
|
35,3
|
33,0
|
33,0
|
30,9
|
30,4
|
30,2
|
30,5
|
29,1
|
|
Solde budgétaire 2/
|
-7,3
|
-5,2
|
-4,9
|
-4,4
|
-3,5
|
-3,5
|
-3,0
|
-3,0
|
|
Solde primaire (hors dons)
|
-4,9
|
-3,3
|
-3,7
|
-2,1
|
-1,9
|
-1,8
|
-1,3
|
-1,4
|
|
Solde primaire corrigé des variations cycliques (hors dons)
|
-5,0
|
-3,0
|
-3,1
|
-1,8
|
-1,8
|
-1,6
|
-1,3
|
-1,3
|
|
Dette publique totale
|
58,3
|
61,7
|
63,5
|
64,1
|
64,4
|
64,3
|
63,8
|
63,8
|
|
|
(Variation annuelle en pourcentage; sauf indication
contraire)
|
|
Secteur monétaire
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Crédit au secteur privé 3/
|
4,8
|
3,8
|
2,5
|
1,9
|
4,5
|
4,8
|
...
|
5,1
|
|
Monnaie centrale
|
-0,5
|
9,0
|
6,2
|
5,7
|
5,5
|
6,0
|
...
|
6,0
|
|
Monnaie au sens large
|
4,5
|
3,1
|
6,2
|
5,7
|
5,5
|
6,0
|
...
|
6,0
|
|
Vitesse de circulation de la monnaie au sens large
|
0,9
|
0,9
|
0,9
|
0,9
|
0,8
|
0,8
|
...
|
0,8
|
|
Taux des bons du trésor à trois mois (moyenne période, %)
|
3,4
|
3,4
|
2,5
|
...
|
...
|
...
|
...
|
...
|
|
|
(En pourcentage du PIB; sauf indication contraire)
|
|
Secteur extérieur
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Exportations de biens et services (dollars, variation en %)
|
-0,1
|
4,5
|
7,4
|
-7,0
|
4,4
|
3,0
|
6,7
|
5,4
|
|
Importations de biens et services (dollars, variation en %)
|
2,2
|
4,3
|
1,0
|
-16,5
|
4,5
|
6,1
|
6,5
|
3,9
|
|
Balance commerciale des marchandises
|
22,3
|
-20,5
|
-18,8
|
-14,6
|
-14,3
|
-15,9
|
-14,4
|
-15,8
|
|
Solde des transactions courant, hors transferts officiels
|
-9,6
|
-8,3
|
-7,4
|
-2,6
|
-2,3
|
-3,8
|
-2,3
|
-3,3
|
|
Solde des transactions courantes, transferts officiels
inclus
|
-9,3
|
-7,6
|
-5,7
|
-2,2
|
-1,2
|
-2,9
|
-1,4
|
-2,3
|
|
Investissement direct étranger
|
2,4
|
2,8
|
2,8
|
2,6
|
2,5
|
2,0
|
2,4
|
2,1
|
|
Dette extérieure totale
|
28,5
|
29,3
|
33,2
|
33,4
|
32,6
|
32,8
|
32,1
|
31,9
|
|
Réserves brutes (en milliards de dollars)
|
17,4
|
19,0
|
20,5
|
23,0
|
26,7
|
25,7
|
30,2
|
27,6
|
|
En mois d’importations de biens et services de l’année
suivante
|
4,3
|
4,6
|
6,0
|
6,3
|
7,1
|
6,8
|
7,6
|
6,9
|
|
En pourcentage des paramètres de réserves du FMI 4/
|
75,6
|
74,3
|
80,0
|
94,6
|
102,8
|
99,5
|
109,6
|
101,7
|
|
En pourcentage du déficit courant et de la dette CT sur
base échéance résiduelle
|
156
|
189
|
257
|
527
|
698
|
463
|
847
|
606
|
|
Pour mémoire :
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
PIB nominal (en milliards de dollars)
|
98,3
|
106,8
|
109,9
|
100,6
|
104,9
|
103,6
|
111,1
|
106,6
|
|
Écart de production (points de PIB)
|
0,9
|
-0,8
|
-0,3
|
1,0
|
…
|
-2,0
|
…
|
0,8
|
|
Taux de chômage (en pourcentage)
|
9,0
|
9,2
|
9,9
|
9,7
|
…
|
…
|
…
|
…
|
|
Population (millions)
|
32,5
|
32,9
|
33,2
|
33,5
|
33,8
|
33,8
|
34,2
|
34,2
|
|
Croissance démographique (en pourcentage)
|
1,04
|
1,02
|
0,99
|
0,98
|
0,97
|
0,97
|
0,95
|
0,95
|
|
Importations nettes de produits énergétiques (milliards
dollars)
|
12,4
|
-12,2
|
-11,0
|
-6,8
|
-5,7
|
-5,7
|
-6,4
|
-6,4
|
|
Monnaie nationale pour un dollar (moyenne pour la période)
|
8,6
|
8,4
|
8,4
|
9,8
|
...
|
...
|
...
|
...
|
|
Taux de change effectif réel (moyenne annuelle, pourcentage
de variation)
|
-2.0
|
1.8
|
0.0
|
0.3
|
|
|
|
|
|
Sources : autorités marocaines ; estimations des services
du FMI.
|
|
1/ Correspond au cadre macroéconomique du troisième accord
au titre de la LPL dans CR/16/265.
2/ Le déficit budgétaire à fin 2016 ne tient pas compte des
dernières estimations.
|
|
3/ Comprend le crédit aux entreprises publiques.
|
|
4/ À partir des pondérations révisées de l’ARA.
|
[1]
Conformément à l’Article IV de ses statuts, le FMI procède,
habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec
ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays,
recueille des données économiques et financières, et s’entretient
avec les responsables nationaux de l’évolution et des politiques
économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission
rédigent un rapport qui sert de cadre aux délibérations du Conseil
d’administration.
[2]
À l’issue des délibérations, le Directeur général, en qualité de
Président du Conseil d’administration, résume les opinions des
administrateurs, et le résumé est communiqué aux autorités du pays.
On trouvera une explication des termes convenus utilisés
communément dans le résumé des délibérations du Conseil
d’administration à l’adresse :
http://www.imf.org/external/french/np/sec/misc/qualifiersf.htm
.