Cette expansion est manifeste dans toute la région. Des banques africaines
originaires des quatre coins du continent ont chacune créé des activités
commerciales dans dix pays au moins. Ecobank, dont le siège est au Togo,
est implantée dans plus de 30 pays africains.
Les banques ont favorisé de nombreuses évolutions positives : elles offrent
à leur clientèle des produits et services nouveaux et de meilleure qualité,
elles exploitent des systèmes d’information et de gestion plus modernes, et
elles appliquent des normes réglementaires et comptables plus strictes.
Mais ces groupes sont aussi source de nouvelles difficultés pour les
autorités africaines de réglementation et de contrôle, ce qui risque
d’influer sur la stabilité économique et financière. Bon nombre de ces
difficultés ont été ressenties à l’échelle mondiale, notamment en Europe,
et ont amené les autorités à renforcer la réglementation bancaire et à
durcir le contrôle.
Il appartient aux autorités africaines de réglementation et de contrôle du
système financier de s’attaquer rapidement à ces nouveaux problèmes. Elles
ont entrepris d’améliorer les procédures et pratiques de contrôle et établi
à cette fin une coopération sans précédent avec leurs homologues dans
l’ensemble du continent, ainsi qu’avec les autorités de contrôle
internationales, confrontées aux mêmes difficultés.
C’est sur cet ensemble complexe d’enjeux qu’a porté la
conférence
sur les conséquences pour l’Afrique des activités bancaires
transfrontalières et des réformes réglementaires, qui s’est tenue à Maurice
les 1er et 2 février derniers. La conférence a réuni plus de 80
responsables africains et européens (dont 12 gouverneurs de banques
centrales africaines) et des directeurs de banque, ainsi que l’équipe du
FMI avec à sa tête sa Directrice générale, Mme Christine Lagarde.
Dans son
discours
liminaire
, Mme Lagarde a évoqué la nécessité capitale de veiller à ce que le
contrôle des sociétés faîtières s’effectue sur une base consolidée, ce qui
impose une lourde charge aux superviseurs. Il est également essentiel que
les autorités de contrôle des pays qui accueillent des filiales bancaires
d’importance systémique soient impliquées dans le processus, et participent
dans ce but aux réunions des collèges de surveillance et échangent des
informations.
«Il faut être équilibriste, car il s’agit de renforcer la réglementation et
la supervision selon les normes internationales tout en tenant compte de la
réalité locale, a déclaré Mme Lagarde, heureusement, vous n’êtes pas seuls.
Le FMI, ainsi que d’autres organes sont conscients des défis auxquels vous
êtes confrontés et sont déterminés à mettre leur expérience mondiale à
votre service.»
La conférence, qui s’est tenue à huis clos, a examiné en détail les
difficultés liées à la supervision des activités bancaires panafricaines,
en particulier la coordination entre des pays dont les secteurs financiers
sont à des stades de développement très différents, et où le rôle des
filiales bancaires est plus grand, voire de haute importance systémique, —
dans les économies locales où elles opèrent.
À l’évidence, ces problèmes ne sont pas propres à l’Afrique. En fait, bon
nombre d’entre eux, qu’il s’agisse d’échanges de données ou de résolutions
des banques transfrontalières en faillite, sont communs aux pays avancés et
aux pays émergents.
Un élément central de la conférence a donc été la participation des
autorités de contrôle européennes, aux prises avec les mêmes défis. Leur
groupe était dirigé par Stefan Ingves, gouverneur de la Banque centrale
suédoise et Président du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire. Dans son
discours
sur la résolution des banques transfrontalières, M. Ingves a évoqué les
problèmes auxquels les superviseurs des pays nordiques et baltes ont été
confrontés, en particulier pendant et après la crise financière mondiale.
Le FMI a joué un rôle de premier plan en fournissant ses
compétences techniques
pour accompagner la mise en place d’une réglementation et d’un contrôle
transfrontaliers efficaces, y compris au moyen de ses travaux de
renforcement des capacités. La conférence a eu lieu à l’Institut de
formation pour l’Afrique qui, tout comme le centre régional d’assistance
technique AFRITAC Sud, basé à Maurice, et d’autres centres régionaux, est
profondément impliqué dans ce projet.
Dans son allocution, M. Ingves a mentionné un autre rôle pour le FMI dans
le cadre des travaux sur les activités bancaires transfrontalières : «Outre
le savoir faire qu’il est en mesure d’apporter, pour ne rien dire de ses
moyens financiers, souvent, le FMI joue aussi un rôle central en tant que
tiers neutre», a-t-il déclaré.
Dans son discours, Mme Lagarde a évoqué la finalité plus large d’un secteur
financier solide en Afrique : «À terme, la solidité du cadre de
réglementation et de supervision peut contribuer à garantir que les banques
saines soient en mesure de fournir les ressources essentielles qui sont
nécessaires à la relance économique de l’Afrique. Il s’agit là d’un effort
de longue haleine et nous serons à vos côtés tout au long du chemin»,
a-t-elle conclu.