Le boum des investissements dans les infrastructures que Djibouti a connu récemment pourrait bien faire du pays une plateforme régionale pour l’Afrique de l’Est, créer des emplois et aider à revenir à un niveau soutenable d’endettement, indique le FMI à l’issue du dernier bilan annuel de l’état de santé de Djibouti.
«Les autorités devraient rapidement mettre en œuvre les réformes
indispensables pour que les investissements se traduisent en une croissance
forte, inclusive et créatrice d’emplois» déclare Eric Mottu, Chef de
mission du FMI pour Djibouti.
Ce petit État situé dans une région aride de la Corne de l’Afrique, voisin
de l’Éthiopie, pays enclavé, est fortement tributaire de son port en eau
profonde. Djibouti développe son infrastructure de transports et de
services publics pour tirer profit de sa situation stratégique qui en fait
un centre de transbordement et un lieu d’établissement de bases militaires.
Les avantages de son emplacement stratégique n’ont toutefois pas été
pleinement exploités. Dans le passé, la croissance a été irrégulière et
insuffisante pour sortir la population de la pauvreté et créer assez
d’emplois. Le taux de pauvreté est donc de 41 % environ, le taux d’extrême
pauvreté de 23 % et le taux de chômage de 39 %.
Djibouti en quelques chiffres :
- Population : 999.300 (est. 2016)
- Capitale : Djibouti
- Monnaie : franc djiboutien
- PIB par habitant :
1.908 dollars (est. 2016)
- Taux de chômage :
39 % (2015)
Parier sur l’investissement
Pour relever ces défis, la stratégie de développement des autorités,
Vision Djibouti 2035
, vise à transformer le pays en plateforme logistique et commerciale de
l’Afrique de l’Est. Cette stratégie prévoit des investissements de grande
ampleur axés sur des projets dans le secteur public (construction d’un
chemin de fer vers l’Éthiopie et d’un aqueduc par exemple) et vise une
croissance à moyen terme de 7,5 % à 10 % par an, un triplement du revenu
par habitant et une baisse du chômage. Des investisseurs chinois financent
un grand nombre de ces projets.
Les premiers résultats de ces investissements sont encourageants. D’après
les estimations, la croissance a atteint 6,5 % en 2016, tirée par les
investissements publics. En 2017–19, elle devrait grimper à 7 %, portée par
le chemin de fer, le port polyvalent et d’autres investissements publics,
qui devraient stimuler l’activité du secteur privé et l’investissement
direct étranger.
Accumulation de la dette
Malgré la croissance accrue, le pays présente un risque élevé de
surendettement car la plupart de ces investissements dans les
infrastructures ont été financés sur ressources extérieures, ce qui a porté
la dette extérieure de 50 % à 85 % du PIB en seulement
deux ans.
Les obligations accrues au titre du service de la dette non seulement
comportent des risques budgétaires considérables — en 2016, le déficit du
budget de l’État, dépenses au titre de l’aqueduc et du chemin de fer
incluses, était de l’ordre de 16 % du PIB — mais aussi pourraient amputer
des dépenses sociales prioritaires.

Priorité aux réformes
Pour récolter les fruits de ces investissements massifs et faire en sorte
qu’ils profitent à tous, les autorités devront donc se concentrer sur
plusieurs réformes fondamentales, qui visent à transformer le boum des
investissements en une croissance forte et inclusive qui réduira la
pauvreté, créera des emplois et remettra la dette sur une trajectoire
viable.
-
Stratégie d’endettement :
Élaborer une stratégie d’endettement coordonnée destinée à assurer la
viabilité de la dette, compte tenu du risqué élevé de surendettement ;
adopter une loi sur la dette publique et instaurer un ancrage explicite
de la dette, sous forme d’un ratio dette publique/PIB par exemple.
-
Politique budgétaire :
Poursuivre la réforme du système fiscal en s’inspirant des
recommandations de la conférence nationale sur la fiscalité de 2015 ;
lancer un examen exhaustif des dépenses fiscales, des exonérations et
des régimes dérogatoires, en vue de les supprimer progressivement.
-
Réformes structurelles :
Mettre l’accent sur les réformes des entreprises publiques afin de les
rendre plus efficientes, de renforcer la gouvernance et d’améliorer
leur capacité à gérer les projets d’investissement ; engager des
réformes visant à améliorer le climat des affaires et accroître la
concurrence.
-
Secteur financier :
Axer les politiques monétaires et financières sur la stabilité du
système bancaire, l’inclusion financière et la stabilité extérieure.
-
Données :
Améliorer les statistiques, en particulier les calculs du PIB et les
états financiers du secteur public pour de meilleures prises de
décision.