Le 26 juin 2017, le Conseil d’administration du Fonds monétaire
international (FMI) a approuvé un accord triennal au titre de la facilité
élargie de crédit (FEC) en faveur du Cameroun d’un montant de 483 millions
de DTS (environ 666,2 millions de dollars et 175 % de la quote-part du
Cameroun) pour accompagner le programme de réformes économiques et
financières du pays.
Le programme appuyé par la FEC a pour vocation d’aider le Cameroun à
rétablir la viabilité extérieure et budgétaire et à jeter les bases d’une
croissance durable tirée par le secteur privé.
Outre l’approbation de l’accord, un décaissement équivalant à 124,2
millions de DTS (environ 171,3 millions de dollars) sera immédiatement mis
à la disposition du Cameroun. Le montant restant sera étalé sur la durée du
programme et son décaissement sera subordonné à des revues semestrielles.
Suite aux délibérations du Conseil d’administration, M. Mitsuhiro Furusawa,
Directeur général adjoint et Président par intérim, a fait la déclaration
suivante :
«Le Cameroun a été durement touché par le double choc des prix du pétrole
et des menaces sécuritaires qui frappe la région de la CEMAC depuis 2014 et
a entraîné une forte diminution des réserves de change communes. Après
avoir initialement manifesté une certaine résilience grâce à la plus grande
diversification de son économie, le Cameroun se heurte actuellement au
ralentissement de sa croissance, au rétrécissement de ses marges de
manœuvre budgétaire et extérieure et à l’augmentation rapide de sa dette
publique. Le programme des autorités appuyé par le FMI vise à juste titre à
répondre aux considérables besoins de balance des paiements et à rétablir
la viabilité budgétaire et extérieure, tout en contribuant aux efforts
collectifs destinés à reconstituer les réserves régionales. L’impulsion des
autorités camerounaises a été déterminante dans la riposte régionale
concertée mise en œuvre pour préserver l’intégrité du régime monétaire de
la CEMAC.
«Pour corriger les déséquilibres budgétaire et extérieur grandissants il
faudra réaliser un travail soutenu et équilibré d’assainissement budgétaire
fondé sur une augmentation des recettes non pétrolières, une
hiérarchisation des projets d’investissement public qui se révèlent
porteurs en termes de croissance et une rationalisation des dépenses
courantes, tout en protégeant les dépenses sociales. Le programme
budgétaire des autorités s’appuie sur de vastes réformes structurelles dans
la mobilisation des recettes et la gestion des finances publiques, afin de
renforcer davantage la mobilisation de recettes non pétrolières,
d’accroître l’efficience de la dépense et de maîtriser les risques
budgétaires.
«Les autorités sont déterminées à renforcer la compétitivité du Cameroun et
son potentiel de croissance à moyen terme, dans le droit fil de leur
stratégie visant à atteindre l’émergence à l’horizon 2035. L’achèvement des
grands projets d’infrastructures d’énergie et de transport contribuera à
doper l’investissement du secteur privé, la création d’emplois et la
diversification de l’économie, et il va de pair avec des réformes
complémentaires destinées à préserver la stabilité financière, à élargir
l’accès à la finance et à améliorer le climat des affaires.
«La réussite du programme du Cameroun dépendra aussi de la mise en œuvre de
politiques et réformes d’accompagnement par les institutions régionales.
Annexe
Évolution récente de la situation économique
Première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique
centrale (CEMAC), le Cameroun a été durement touché à partir de 2014 par
les chocs issus de la chute des cours du pétrole et de l’aggravation des
menaces sécuritaires. Les recettes pétrolières ont diminué et les dépenses
sécuritaires et humanitaires se sont accrues, tandis que les programmes
d’infrastructures nécessaires ont poursuivi leur mise en œuvre, d’où un
creusement des déficits budgétaire et courant ainsi qu’une accumulation
rapide de dette extérieure.
Après avoir initialement affiché une certaine résilience face aux chocs, le
Cameroun a vu sa croissance s’affaiblir à 4,7 % en 2016, contre 5,8 % en
2015 et 5,9 % en 2014. L’inflation est descendue à 0,3 % à la fin 2016 et
elle se maintenait à un faible niveau de 0,4 % en mars 2017. Elle devrait
rester en dessous du critère de convergence de la CEMAC de 3 % à moyen
terme. Le déficit budgétaire s’est creusé à 6,5 % en 2016, contre 2 % du
PIB en 2015, principalement en raison d’une augmentation des dépenses en
capital et d’une diminution des recettes.
Synthèse du programme
La stratégie de réformes du Cameroun s’inscrit dans la démarche régionale
concertée tracée lors du Sommet des Chefs d’État de Yaoundé de décembre
2016, durant lequel les autorités camerounaises ont impulsé une riposte
coordonnée pour préserver la stabilité extérieure régionale et l’intégrité
du régime monétaire. Dans ce contexte, le programme du Cameroun appuyé par
la FEC vise à rétablir la viabilité budgétaire et extérieure du pays et à
promouvoir une croissance génératrice d’emplois tirée par le secteur privé.
Le programme s’appuie sur trois piliers principaux : i) un assainissement
budgétaire concentré sur le court terme pour accroître les marges de
manœuvre budgétaire et extérieure, tout en protégeant les dépenses sociales
et les dispositifs de protection sociale; ii) des réformes structurelles
sur le plan budgétaire pour accroître les recettes non pétrolières,
améliorer l’efficience des investissements publics et la qualité du système
budgétaire et atténuer les risques issus des passifs conditionnels; iii)
des réformes pour accélérer une diversification économique impulsée par le
secteur privé et accroître la résilience du secteur financier.
La réalisation des objectifs budgétaires du programme passera par une
meilleure hiérarchisation des investissements publics, centrée sur les
projets d’infrastructure essentiels à une plus grande diversification
économique, et par la rationalisation des dépenses publiques en biens et
services, tout en favorisant une augmentation des dépenses sociales
fondamentales et des dispositifs de protection sociale. En outre, compte
tenu du tassement des recettes pétrolières dans la durée, il sera
primordial de développer davantage les recettes non pétrolières et
d’accroître l’efficience de la dépense de manière à pouvoir maintenir la
marge de manœuvre budgétaire nécessaire à l’investissement dans les
infrastructures et dans d’autres domaines prioritaires.
Pour corriger les faiblesses qui subsistent dans la gestion des finances
publiques, les autorités entendent renforcer la crédibilité et la
transparence du budget, y compris grâce à la publication de rapports
réguliers sur l’exécution du budget, améliorer la gestion de trésorerie,
limiter strictement et éliminer à terme le recours aux procédures
exceptionnelles et accroître l’efficience de la planification, de
l’exécution et du suivi des projets d’investissement.
La gestion de la dette publique se centrera sur la diminution du taux
d’accumulation de la dette conformément aux objectifs de déficit budgétaire
du programme, en veillant à ce que les nouveaux emprunts fassent davantage
appel à des concours plus concessionnels, et en suivant de près les passifs
conditionnels.
Les réformes destinées à préserver la stabilité financière et à promouvoir
l’inclusion financière ainsi qu’à lever les obstacles structurels à la
compétitivité seront vitales pour accélérer une diversification fondée sur
le secteur privé.
Rappel
Le Cameroun, qui a adhéré au FMI le 10 juillet 1963, disposent d’une
quote-part de 276 millions de DTS.
Pour plus informations sur le FMI et le Cameroun :
http://www.imf.org/external/country/CMR/index.htm
Cameroun : principaux indicateurs économiques, 2015-20
|
|
2015
|
2016
|
2017
|
2018
|
2019
|
2020
|
|
|
Est.
|
Est.
|
Proj.
|
Proj.
|
Proj.
|
Proj.
|
|
|
(variation annuelle en pourcentage, sauf indication
contraire)
|
|
Comptes nationaux et prix
|
|
|
|
|
|
|
|
PIB à prix constants
|
5,8
|
4,7
|
4,0
|
4,6
|
5,0
|
5,1
|
|
PIB pétrolier à prix constants
|
28,1
|
-4,5
|
-2,4
|
-0,1
|
-3,4
|
-3,8
|
|
PIB non pétrolier à prix constants
|
4,9
|
5,1
|
4,3
|
4,8
|
5,3
|
5,5
|
|
Déflateur du PIB
|
0,3
|
-1,2
|
0,9
|
1,0
|
1,3
|
1,7
|
|
Prix à la consommation (moyenne)
|
2,7
|
0,9
|
0,7
|
1,1
|
1,4
|
2,0
|
|
Commerce extérieur
|
|
|
|
|
|
|
|
Exportations en volume
|
17,8
|
1,0
|
2,0
|
5,2
|
6,7
|
8,5
|
|
Secteur pétrolier1,4
|
27,9
|
-3,1
|
-2,4
|
-0,1
|
-3,4
|
-3,8
|
|
Secteur non pétrolier
|
15,2
|
2,2
|
3,2
|
6,5
|
9,0
|
11,0
|
|
Importations en volume
|
-5,0
|
-19,0
|
4,0
|
5,3
|
4,9
|
4,7
|
|
Termes de l’échange
|
-13,8
|
-20,4
|
3,4
|
-1,0
|
-3,5
|
-2,9
|
|
Monnaie et crédit
|
|
|
|
|
|
|
|
Monnaie au sens large (M2)
|
9,1
|
5,6
|
3,3
|
5,7
|
6,4
|
7,5
|
|
Crédit intérieur au secteur privé
|
12,8
|
6,4
|
5,8
|
9,3
|
10,8
|
11,2
|
|
|
(pourcentage du PIB sauf indication contraire)
|
|
Opérations de l’administration centrale
|
|
|
|
|
|
Total recettes et dons
|
17,9
|
16,3
|
16,7
|
17,3
|
17,6
|
17,7
|
|
dont
: Recettes pétrolières
|
3,3
|
2,4
|
2,4
|
2,4
|
2,3
|
2,2
|
|
Total dépenses
|
19,9
|
22,8
|
20,1
|
19,8
|
19,6
|
19,3
|
|
Solde budgétaire global (base ordonnancements)
|
-2,0
|
-6,5
|
-3,4
|
-2,5
|
-1,9
|
-1,6
|
|
Épargne nationale brute
|
17,2
|
16,5
|
16,9
|
17,8
|
18,9
|
20,1
|
|
Investissement intérieur brut
|
21,3
|
20,1
|
20,0
|
20,8
|
21,6
|
22,4
|
|
Investissement public
|
6,7
|
8,3
|
7,3
|
6,9
|
6,7
|
6,5
|
|
Investissement privé
|
14,6
|
11,9
|
12,7
|
13,9
|
14,9
|
15,8
|
|
Secteur extérieur
|
|
|
|
|
|
|
|
Solde des transactions courantes, dons compris
|
-4,1
|
-3,6
|
-3,1
|
-3,0
|
-2,7
|
-2,2
|
|
Solde global, dons compris
|
2,9
|
-4,7
|
-2,0
|
-1,2
|
-1,3
|
0,4
|
|
Dette publique
|
|
|
|
|
|
|
|
Stock de la dette publique2,3
|
33,0
|
34,1
|
36,1
|
36,1
|
36,1
|
35,1
|
|
Dont :
dette extérieure
|
21,3
|
22,7
|
26,6
|
29,2
|
31,1
|
31,2
|
|
Pour mémoire
|
|
|
|
|
|
|
|
PIB nominal (milliards FCFA)
|
16.807
|
17.386
|
18.242
|
19.273
|
20.498
|
21.925
|
|
Pétrole
|
876
|
700
|
917
|
913
|
867
|
831
|
|
Hors pétrole
|
15.931
|
16.686
|
17.325
|
18.360
|
19.630
|
21.094
|
|
Sources : autorités camerounaises; estimations et
projections des service du FMI.
|
|
1 Le prix d'exportation du pétrole correspond aux prix
effectifs de ces dernières années; pour l'année en cours et
les années à venir, les projections reflètent les
fluctuations du prix moyen au comptant du pétrole brut
(APSP), pour trois types de brut (Brent daté, West Texas
Intermediate et Dubai Fateh), sans décote.
|
|
2 Comprend l’écart de financement cumulé.
|
|
3 Les projections sont tirées d’une mise à jour de
l'analyse de viabilité de la dette de 2015, qui exclut
l'encours de la dette pour laquelle la France a accordé un
allégement au titre du contrat de désendettement et de
développement (C2D).
|
|
4 Les volumes de brut sont augmentés à compter de 2018
d’exportations de gaz naturel d’un volume de 60 millions de
pieds cubes standard par an.
|