1. Nous nous félicitons de la reprise de la croissance et de
l’investissement mondiaux. Les perspectives de croissance se confirment
pour les pays émergents ou en développement, mais l’amélioration sera
plus progressive dans plusieurs pays, principalement des exportateurs
de produits de base ou des pays de petite taille ou fragiles. En outre,
l’éventualité d’un net durcissement des conditions financières, la
montée persistante du protectionnisme et les tensions géopolitiques
augmentent les risques de recul. Dans ce contexte, notre principale
priorité est d’encourager une croissance inclusive et de renforcer la
résilience de l’économie. L’intensification de la coopération
internationale et l’intégration régionale sont essentielles pour
améliorer les perspectives de croissance de tous les pays.
2. Les restrictions commerciales récentes sont particulièrement
préoccupantes. Pour amplifier la contribution du commerce à l’économie
mondiale, nous appelons à œuvrer au développement d’un système
commercial ouvert, fondé sur des règles, multilatéral et équitable, qui
profite à tous.
3. La numérisation et l’évolution technologique ouvrent de nouvelles
possibilités, mais présentent également des difficultés. Nous exhortons
les institutions financières internationales à renforcer leur
coopération pour adopter des mesures qui permettront aux pays de saisir
ces opportunités et de gérer les risques y afférents. Nous encourageons
le Fonds monétaire international (FMI), les autres institutions
financières internationales et les organismes de normalisation
financière à évaluer les répercussions des avancées technologiques sur
le système financier, notamment en ce qui concerne les crypto-actifs et
la cybersécurité, et d’y apporter des réponses multilatérales.
4. Si les pays émergents ou en développement gèrent les risques liés à
la volatilité des flux de capitaux au moyen de diverses mesures, il est
encore possible d’améliorer la cohérence et l’efficacité des conseils
du FMI au regard de sa vision institutionnelle. Nous appelons à une
évaluation équilibrée des politiques macroprudentielles et des mesures
relatives aux flux de capitaux, tenant compte des contextes nationaux.
Il convient d’étudier plus en détail comment la coordination
internationale pourrait contribuer à atténuer la volatilité des flux de
capitaux.
5. Nous appelons à mettre en place un solide dispositif mondial de
sécurité financière, avec, en son centre, un FMI qui repose sur un
système de quotes-parts et dispose de ressources adéquates. Nous
engageons, au minimum, à maintenir la capacité de prêt actuelle du FMI,
et demandons le rétablissement du ratio historique ressources
propres/ressources empruntées du FMI. Nous attendons avec intérêt
l’achèvement de la quinzième révision générale des quotes-parts et
l’adoption d’une nouvelle formule de calcul d’ici aux réunions du
printemps 2019 ou, au plus tard, d’ici à l’assemblée annuelle de 2019.
Nous sommes préoccupés par la lenteur des travaux à ce jour, et
appelons le CMFI à dégager un consensus entre ses membres afin
d’achever la révision en temps voulu. Nous continuons de plaider en
faveur d’une formule révisée qui accorde plus de poids au PIB calculé
selon les parités de pouvoir d’achat dans le panachage du PIB et qui
redéploie davantage les quotes-parts des pays avancés au profit des
pays émergents ou en développement dynamiques. Le réalignement des
quotes-parts relatives ne doit pas se faire au détriment des autres
pays émergents ou en développement, et doit protéger les parts et
l’influence de tous les pays admissibles au bénéfice du fonds
fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (RPC)
et des petits pays en développement. Nous demandons l’attribution d’un
troisième siège à l’Afrique subsaharienne pour accroître la
représentation et la participation de la région, sans porter préjudice
aux sièges d’autres pays émergents ou en développement.
6. Nous attendons avec intérêt la poursuite des travaux du FMI sur
l’accroissement du rôle et de l’utilisation des droits de tirage
spéciaux (DTS) en tant qu’instrument de coopération internationale, et
plus particulièrement en vue de les utiliser plus activement comme
monnaie de réserve, notamment grâce à des allocations de DTS plus
fréquentes et d’un montant important.
7. S’agissant de la revue des mécanismes du FMI en faveur des pays à
faible revenu, nous sommes favorables à une relation plus poussée avec
ces pays, avec une augmentation considérable des ressources du fonds
fiduciaire RPC, un élargissement de l’accès en fonction des besoins des
pays, et l’établissement d’un instrument de précaution. Nous saluons
les efforts déployés par le FMI et le groupe de la Banque mondiale pour
préparer les pays à l’application de la version révisée du cadre de
viabilité de la dette pour les pays à faible revenu. Nous prenons bonne
note de la récente analyse effectuée par le bureau indépendant
d’évaluation du FMI, qui s’est penché sur le travail de l’organisation
en ce qui concerne les pays fragiles, nous soutenons pleinement sa
recommandation d’approfondir la relation avec les pays fragiles, et
nous attendons avec intérêt le plan de suivi du FMI.
8. Nous engageons les institutions financières internationales et la
communauté internationale à continuer d’apporter leur soutien aux pays
en développement qui sont touchés de manière disproportionnée par les
crises des réfugiés et nous préconisons de continuer d’appliquer des
stratégies soucieuses du développement face à ce grave problème.
9. Nous attendons avec intérêt les résultats du pacte mondial pour les
migrations, initiative des Nations unies. Nous demandons le
renforcement du travail d’analyse des effets potentiels, du point de
vue macroéconomique et sur le développement, dans les pays concernés
par le durcissement des lois en matière d’immigration.
10. Nous demandons également des solutions concrètes pour enrayer la
diminution des relations de correspondants bancaires dans certains
pays. À cet égard, nous nous inquiétons de la hausse du coût des envois
de fonds et nous appelons les organisations internationales à envisager
les moyens de réduire ce coût à 3 % des montants envoyés, conformément
aux objectifs de développement durable (ODD), ainsi qu’à déterminer ce
qui empêche de le faire.
11. Les risques pesant sur la viabilité de la dette se sont aggravés
dans de nombreux pays, en particulier des pays à faible revenu. Le
recours avisé à la dette pour financer des investissements porteurs de
croissance, le renforcement de la viabilité des finances publiques par
la mobilisation des ressources intérieures et la conception de
mécanismes de financement qui consolident la structure de la dette
réduiront les vulnérabilités liées à la dette et dégageront de l’espace
budgétaire pour financer les dépenses prioritaires dans les
infrastructures et en matière sociale. Nous appelons le FMI et le
groupe de la Banque mondiale à renforcer sans délai leur assistance en
matière de gestion du passif, ainsi qu’à mettre en place un système
complet et transparent de communication des données sur la dette. Nous
mettons l’accent sur la responsabilité conjointe des débiteurs et des
créanciers, évoquée dans les directives opérationnelles du G-20 sur le
financement durable et établie dans les principes de la CNUCED pour
l’octroi de prêts et la souscription d’emprunts responsables. Nous
appelons également à l’élaboration d’un meilleur cadre de résolution de
la dette et exhortons le FMI à faciliter la coordination entre les
créanciers, avec le concours d’autres organismes concernés.
12. Nous demandons au FMI et au groupe de la Banque mondiale de
continuer à renforcer leur assistance en vue d’améliorer la
mobilisation des ressources intérieures. Nous soulignons l’importance
de la coopération internationale en matière fiscale afin d’établir des
règles justes, d’éviter les pratiques et la concurrence fiscales
dommageables, et de renforcer la transparence fiscale. Nous saluons les
progrès accomplis jusqu’ici dans le cadre de l’initiative relative à
l’échange automatique d’informations, et nous encourageons les pays
émergents ou en développement à adopter les normes internationales en
matière de transparence fiscale. Nous soutenons le cadre inclusif sur
l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS),
et souhaitons que des mesures soient prises pour que les pays émergents
ou en développement puissent y participer pleinement, dans le respect
des spécificités de chaque pays. Nous prenons bonne note du rapport
intermédiaire du BEPS sur les questions fiscales découlant de la
numérisation. Nous avons créé le groupe de travail du Groupe des
Vingt‑Quatre sur les politiques fiscales et la coopération
internationale en matière fiscale, et nous attendons avec intérêt le
rapport intermédiaire qui sera présenté lors de notre prochaine
réunion, en octobre. Nous réitérons notre appel en faveur d’une
véritable coopération internationale pour lutter contre les flux
financiers illicites.
13. Nous saluons l’adoption récente par le FMI d’un cadre renforcé de
soutien aux pays désireux de s’attaquer à des défauts de gouvernance,
dont la corruption, lorsque ceux-ci sont déterminants sur le plan
macroéconomique, et nous nous réjouissons de la promotion d’une
relation transparente, franche et impartiale entre le FMI et les pays.
Nous soutenons l’examen du rôle du secteur privé, notamment dans la
mesure où il facilite la dissimulation du produit de la corruption.
Nous encourageons le recours judicieux à des compétences et des
informations extérieures, y compris l’utilisation prudente
d’indicateurs fournis par des tierces parties.
14. Nous appelons tous les pays à mettre en œuvre les contributions
déterminées au niveau national dans le cadre de l’accord de Paris sur
le climat, en conformité avec le principe des responsabilités communes
mais différenciées. Nous invitons le groupe de la Banque mondiale et
les pays développés à appuyer l’action des pays émergents ou en
développement face au changement climatique et leurs efforts pour
développer leur résistance aux catastrophes liées au climat. Nous
saluons l’intégration par la Banque mondiale de la gestion des risques
de catastrophe dans ses stratégies d’aide-pays, ainsi que ses
investissements dans des systèmes d’alerte précoce. Nous préconisons le
soutien aux investissements dans les nouvelles technologies permettant
d’améliorer la capacité de résistance aux catastrophes.
15. Les banques multilatérales de développement jouent un rôle majeur
pour aider les pays à réaliser les ODD. Nous les encourageons à
collaborer de manière systématique dans des domaines clés, en fonction
de leurs capacités respectives, afin d’optimiser les effets de leur
action pour le développement. Ces banques devraient mobiliser davantage
les financements privés, notamment en s’attachant à ce que les
infrastructures soient considérées comme une catégorie d’actifs. Elles
doivent disposer de moyens adéquats et d’une gouvernance efficace pour
accomplir leurs objectifs.
16. Nous espérons la bonne exécution, dans les meilleurs délais, de
l’augmentation du capital du groupe de la Banque mondiale. Nous
appelons à la conclusion des revues de l’actionnariat de la BIRD et de
la SFI, qui doivent réaffirmer les principes d’Istanbul visant à une
répartition équitable des voix entre pays développés et pays en
développement et en transition, protéger le droit de vote des plus
petits pays pauvres, et produire un résultat qui bénéficie d’un large
soutien des pays membres. Nous souhaitons une Banque mondiale plus
solide, qui, en tant que coopérative, travaille de manière efficace et
efficiente avec tous les pays qu’elle sert. Nous attendons avec intérêt
la mise en œuvre de l’IDA18, qui devrait accroître considérablement
l’aide en faveur des pays à faible revenu et donner des résultats dans
les cinq domaines couverts, dont l’emploi et la transformation
économique.
17. Nous attendons avec intérêt l’application de la stratégie du groupe
de la Banque mondiale en faveur de l’égalité des sexes, qui doit
s’appuyer sur les mesures prises par les pays dans ce domaine et
intégrer largement les questions d’égalité des sexes aux programmes de
développement des pays. Le groupe de la Banque mondiale doit en outre
promouvoir l’apprentissage entre pairs pour soutenir la mise en œuvre
de cette stratégie.
18. Nous engageons en outre le FMI et le groupe de la Banque mondiale à
redoubler d’efforts pour mettre fin à la sous-représentation criante de
certains pays et régions dans les recrutements et les progressions de
carrière, y compris aux postes d’encadrement. Nous réaffirmons
l’importance de la diversité et de l’équilibre entre femmes et hommes
au sein du personnel à tous les niveaux, y compris la diversité des
établissements d’enseignement et des formations.
LISTE DES PARTICIPANTS
[1]
Les ministres du Groupe intergouvernemental des Vingt-Quatre pour les
questions monétaires internationales et le développement ont tenu leur
quatre-vingt-dix-neuvième réunion à Washington le 19 avril 2018, sous la
présidence de M. Eran Wickramaratne, ministre des finances et des médias du
Sri Lanka, assisté de M. Julio Velarde, gouverneur de la Banque centrale du
Pérou, premier vice-président, et de M. Kenneth Ofori‑Atta, ministre des
finances du Ghana, second vice-président.
La réunion des ministres a été précédée le 18 avril 2018 de la cent onzième
réunion des suppléants du Groupe des Vingt-Quatre, sous la présidence de M.
P. Nandalal Weerasinghe, gouverneur adjoint de la Banque centrale du Sri
Lanka.
Groupe africain
: Abderrahmane Raouya, Algérie ; Mutombo M. Nyembo Deogratias, République
démocratique du Congo ; Adama Koné, Côte d’Ivoire ; Sahar Nasr, Égypte ;
Getachew Gizaw, Éthiopie ; Régis Immongault, Gabon ; Ernest Addison, Ghana
; Henry Rotich, Kenya ; Mohamed Taamouti, Maroc ; Kemi Adeosun, Nigéria ;
Nhlanhla Nene, Afrique du Sud.
Groupe asiatique
: Aparna Subramani, Inde ; Peyman Ghorbani, République islamique d’Iran ;
Alain Bifani, Liban ; Miftah Ismail, Pakistan ; Gil Beltran, Philippines ;
Indrajit Coomaraswamy, Sri Lanka ; Maya Choueiri, République arabe
syrienne.
Groupe latino-américain
: Nicolás Dujovne, Argentine ; Erivaldo Gomes, Brésil ; Andres Velasco,
Colombie ; Maria Elsa Viteri, Équateur ; Oscar Monterroso, Guatemala ;
Ronald Gabriel, Haïti ; Alfonso Guerra, Mexique ; Renzo Rossini, Pérou ;
Alvin Hilaire, Trinité‑et‑Tobago ; Jose Rojas, Venezuela.
Observateurs
: Abdulrahman Al Hamidy, Fonds monétaire arabe ; Domingo González-Hidalgo,
Conseil monétaire centraméricain ; Ping Sun, Chine ; Inés Bustillo, CEPAL
ONU ; Mohamed Edrees, G-77 ; Deborah Greenfield, OIT ; Nella Hendriyetty,
Indonésie ; Mohamed Jouini, Banque islamique de développement ; Tareq
Alnassar, OFID ; Joerg Spitzy, OPEP ; Ibrahim Alturki, Arabie saoudite ;
Manuel F. Montes, Centre Sud ; Mubarak Al Mansoori, Émirats arabes unis;
Richard Kozul Wright, CNUCED ; Elliot Harris, DAES ONU.
Invités
: Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international
Kristalina Georgieva, directrice générale de la Banque mondiale
Secrétariat du G-24
: Marilou Uy, Aldo Caliari, Shichao Zhou, Alida Uwera, Lana Bleik.
Secrétariat du FMI pour le G-24
: Marushia Gislén, Rasheeda Smith Yee, Danny Xufeng Jiang, Olga Bespalova,
Aric Maiden.
[1]
Personnes assises à la table de discussion.