Le 23 mars 2018, le conseil d’administration du Fonds monétaire
international (FMI) a achevé les consultations au titre de l’article IV avec la Tunisie
[1].
La croissance économique a pratiquement doublé en 2017, pour atteindre 1,9
%, la confiance s’étant renforcée en raison des améliorations sécuritaires
et des premières avancées engrangées par le gouvernement d’union dans la
mise en oeuvre des politiques et des réformes. Les investissements et les
exportations sont toutefois restés médiocres. La croissance devrait
atteindre 2,4 % en 2018 grâce aux bonnes récoltes et à l’embellie du
secteur manufacturier et du tourisme. Le taux de chômage reste élevé, à 15
%, et touche en particulier les jeunes, les femmes et la population des
régions intérieures.
L’inflation a accéléré, s’établissant à un taux annualisé de 7,1 % en
février 2018, en raison de la dépréciation du dinar (dépréciation réelle de
10 % en 2017), des augmentations de salaire dans les secteurs public et
privé, et de la hausse des prix réglementés. Les autorités ont réagi en
élargissant la bande de fluctuation des taux d’intérêt à 200 points de
base, ainsi qu’en relevant le taux directeur de 75 points de base en mars,
le fixant ainsi à 5,75 %.
Le déficit des transactions courantes a atteint un niveau record de 10,1 %
du PIB fin 2017. Les exportations sont restées décevantes, alors que les
importations ont augmenté en raison des grands besoins énergétiques du
pays, de la forte demande de biens de consommation alimentée par la
croissance rapide du crédit, et des effets de la dépréciation du dinar sur
les prix des importations. Les chiffres du commerce extérieur pour les
premiers mois de 2018 font apparaître une hausse des exportations, tandis
que la croissance des importations ralentit. Cette tendance positive
devrait se poursuivre pendant le reste de l’année, grâce à un taux de
change réel plus favorable. Les réserves internationales sont tombées à 2,5
mois d’importations en mars 2018, notamment en raison du niveau plus élevé
que prévu des ventes de devises auxquelles a procédé la banque centrale et
du retard accusé par les financements extérieurs.
La dette publique et la dette extérieure ont encore augmenté, atteignant
respectivement 71 % et 80 % du PIB fin 2017. Ces tendances s’expliquent par
l’effet combiné du niveau élevé du déficit budgétaire et du déficit des
transactions courantes, de la dépréciation du dinar, et de la croissance
inférieure aux prévisions. La tendance haussière de la dette publique et de
la dette extérieure devrait s’inverser à partir de 2020, grâce à une
réduction du déficit budgétaire de l’ordre de 3 % du PIB entre 2018 et 2020
et à la reprise durable de la croissance. Ces perspectives s’appuient sur
l’hypothèse d’une mise en œuvre rigoureuse des plans budgétaires visant à
répartir la charge de l’ajustement de manière équitable dans la société.
Ces plans comprennent de nouvelles mesures fiscales dégageant 2,2 % du PIB
en 2018, un ajustement trimestriel des prix pétroliers afin de contrôler la
croissance des subventions à l’énergie, une réforme de la fonction publique
prévoyant des départs volontaires et une stricte limitation de l’embauche,
ainsi qu’une réforme des pensions. En parallèle, les autorités développent
un dispositif de protection sociale mieux ciblé pour protéger les personnes
vulnérables des conséquences de l’assainissement budgétaire.
Le secteur bancaire reste stable, mais il pâtit du niveau structurellement
bas des liquidités, car l’épargne demeure peu élevée. Les inspections
menées récemment dans les sept plus grandes banques privées n’ont révélé
aucune vulnérabilité significative. Le risque de change reste faible dans
le secteur bancaire, le risque de crédit est atténué par la reprise de la
croissance et les marges d’intérêt restent confortables.
Les perspectives à moyen terme pour l’économie tunisienne restent
favorables, avec une croissance qui devrait atteindre 4 % d’ici 2022. Ces
perspectives s’appuient sur l’hypothèse de l’application soutenue de
réformes visant à améliorer la gouvernance et le climat des affaires, à
élargir l’accès au financement, ainsi qu’à moderniser les institutions
budgétaires pour en améliorer le fonctionnement et l’efficience. Les
progrès enregistrés récemment, dont l’établissement de l’instance nationale
de lutte contre la corruption, la création du guichet unique des
investisseurs, les contrats de performance conclus avec les banques et les
entreprises publiques, ainsi que les lois facilitant la réduction des prêts
improductifs octroyés par les banques, vont dans ce sens.
Évaluation par le conseil d’administration
[2]
Les membres du conseil d’administration reconnaissent que la Tunisie est
confrontée à des difficultés économiques et sociopolitiques. Les chocs
négatifs, les dérapages de la politique économique et les retards pris dans
les réformes structurelles ont entravé la reprise économique et aggravé la
vulnérabilité macroéconomique. Compte tenu de la mise en œuvre insuffisante
du programme et des risques élevés qui pèsent sur celui-ci, les
administrateurs exhortent les autorités à renforcer leur engagement à
appliquer le programme et à prendre des mesures décisives et urgentes pour
placer les finances publiques sur une trajectoire plus tenable, corriger la
hausse de l’inflation et la baisse des réserves, et assurer la stabilité
macroéconomique. Ils s’accordent de manière générale sur le fait que le
recours à des revues trimestrielles faciliterait la mise en œuvre du
programme appuyé par le FMI.
Les administrateurs recommandent aux autorités de procéder avec
détermination à l’assainissement budgétaire. Pour augmenter les dépenses
d’investissement et les dépenses sociales, les mesures d’assainissement
doivent donner la priorité au relèvement des recettes fiscales et à la
limitation des dépenses courantes. Les administrateurs appellent les
autorités à renforcer le recouvrement de l’impôt, à appuyer les départs
volontaires pour les fonctionnaires, à éviter les nouvelles augmentations
salariales si la croissance ne dépasse pas les prévisions et à appliquer
une hausse trimestrielle du prix des produits pétroliers. Ils applaudissent
les mesures prises par les autorités pour préserver une protection sociale
adéquate, notamment par des réformes équitables et durables du régime des
retraites. Ils soulignent également l’importance de programmes ciblés pour
les catégories de population les plus vulnérables.
Les administrateurs se félicitent également du récent relèvement du taux
directeur. Ils indiquent qu’un nouveau durcissement de la politique
monétaire sera nécessaire pour atténuer l’inflation. La réduction des
interventions sur le marché de change et l’assouplissement du taux de
change contribueraient à améliorer le solde des transactions courantes et à
reconstituer les réserves internationales.
Les administrateurs estiment que des réformes supplémentaires s’imposent
dans le secteur financier. Ils encouragent les autorités à s’appuyer sur
leurs réalisations récentes, dont l’établissement de l’instance nationale
de lutte contre la corruption, et à accélérer les initiatives telles que le
guichet unique des investisseurs et l’adoption de lois facilitant la
réduction des portefeuilles de prêts improductifs des banques. Les
administrateurs relèvent que les améliorations apportées au régime de lutte
contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme aideront
la Tunisie à pallier les insuffisances dans ce domaine.
Les administrateurs prennent bonne note des progrès enregistrés dans
l’application des réformes structurelles. Ils invitent les autorités à
redoubler d’efforts pour achever la réforme de la fonction publique,
optimiser la sélection et l’efficience des projets publics
d’investissement, ainsi qu’améliorer la gestion des entreprises publiques.
Ils rappellent également que l’accent doit être mis sur la réforme du
secteur de l’énergie, pour régler notamment la question des subventions.
Ils encouragent les autorités à progresser encore dans l’amélioration du
climat des affaires, notamment en poursuivant la rationalisation du cadre
réglementaire, ainsi qu’à promouvoir la bonne gestion publique et la
transparence.
|
Tunisie : principaux indicateurs économiques, 2013-2019
|
|
Population (2017) : 11,5 millions
d’habitants
|
PIB par habitant :
4.232 dollars (2012)
|
|
PIB par habitant : 3.496 dollars (2017)
|
|
Quote-part : 545,20 millions de DTS
|
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|
Taux d’alphabétisation (2014) : 79 %
|
|
Principales exportations : textiles, biens
électroniques et mécaniques, énergie,
tourisme
|
Taux de pauvreté (2015, seuil national de
pauvreté) : 15 %
|
|
Principaux marchés d’exportation : France,
Italie
|
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|
2013
|
2014
|
2015
|
2016
|
2017
|
2018
|
2019
|
|
|
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|
Prél.
|
Proj.
|
|
Production
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Croissance du PIB réel (en %)
|
2,4
|
2,3
|
1,1
|
1,0
|
1,9
|
2,4
|
2,9
|
|
Emploi
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Chômage (fin de période, en %)
|
15,3
|
15,3
|
15,4
|
15,5
|
15,3
|
15,0
|
14,8
|
|
Prix
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Inflation (fin de période, en %)
|
5,7
|
4,8
|
4,1
|
4,2
|
6,4
|
6,5
|
5,9
|
|
Finances de l’administration centrale
(en % du PIB)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Recettes totales (hors dons, en % du PIB)
|
25,0
|
25,4
|
23,2
|
22,7
|
24,0
|
24,6
|
25,7
|
|
Total des dépenses et prêts nets
(en % du PIB)
|
32,4
|
29,8
|
28,8
|
28,7
|
30,2
|
30,1
|
29,3
|
|
Solde global (dons compris, en % du PIB)
|
-7,3
|
-3,7
|
-5,3
|
-5,9
|
-6,0
|
-5,2
|
-3,4
|
|
Solde structurel corrigé des variations
conjoncturelles (en % du PIB)
|
-6,4
|
-4,5
|
-4,7
|
-5,7
|
-6,7
|
-4,3
|
-3,1
|
|
Dette publique brute (en % du PIB)
|
46,8
|
51,6
|
54,8
|
61,2
|
71,3
|
73,1
|
73,3
|
|
Monnaie et crédit
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Monnaie au sens large (variation en %)
|
6,6
|
7,8
|
5,3
|
8,1
|
9,8
|
7,4
|
9,1
|
|
Crédit au secteur privé (variation en %)
|
6,8
|
9,4
|
6,2
|
9,7
|
13,2
|
9,0
|
8,7
|
|
Balance des paiements
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Solde des transactions courantes (% du PIB)
|
-8,4
|
-9,1
|
-8,9
|
-8,8
|
-10,1
|
-9,2
|
-7,8
|
|
Investissements directs étrangers (% du
PIB)
|
2,3
|
2,2
|
2,2
|
1,7
|
1,8
|
2,0
|
2,5
|
|
Couverture des réserves (mois
d’importations de B&S NF pour l’année
suivante)
|
3,4
|
4,1
|
4,1
|
3,2
|
3,1
|
3,4
|
3,7
|
|
Dette extérieure (en % du PIB)
|
57,0
|
61,4
|
64,9
|
72,2
|
80,1
|
83,7
|
85,5
|
|
Taux de change
|
|
|
|
|
|
|
|
|
TCER (en % de variation ; – = dépréciation)
|
-1,9
|
-0,2
|
5,1
|
-4,7
|
-10,7
|
…
|
…
|
|
Sources : autorités tunisiennes ;
estimations et projections des services du
FMI.
|
|
[1]
Conformément aux dispositions de l’article IV de ses statuts, le
FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations
bilatérales avec ses pays membres. Une mission des services du FMI
se rend dans le pays, recueille des données économiques et
financières, et s’entretient avec les responsables nationaux de
l’évolution et des politiques économiques du pays. De retour au
siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de
cadre aux délibérations du Conseil d’administration.
[2]
À l’issue des délibérations, la directrice générale, en qualité de
présidente du Conseil d’administration, résume les opinions des
administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays.
On trouvera une explication des termes convenus utilisés
communément dans les résumés des délibérations du Conseil
d’administration à l’adresse :
http://www.imf.org/external/np/sec/misc/qualifiers.htm
.