Bonjour !
Nous vous remercions tous de nous rejoindre à l’occasion de la sortie de
l’édition d’avril 2021 des
Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne.
Avant de passer à notre évaluation des perspectives économiques, des enjeux
et des priorités d’action, je tiens à prendre le temps de…
… faire quelques observations sur la pandémie et l’évolution sanitaire
dans la région.
Depuis notre édition d’octobre 2020 des Perspectives économiques
régionales, l’Afrique subsaharienne a fait face à une deuxième vague de la
pandémie. Cette deuxième vague a été de plus grande ampleur et plus rapide
que la première.
Dans le même temps, à l’échelle mondiale, le développement d’un
vaccin efficace a fait l’objet d'un effort véritablement exceptionnel.
Cependant, le processus de fabrication, d’acquisition et de déploiement des vaccins a débuté lentement et de manière très
inégale.
Certains pays avancés ont acquis suffisamment de vaccins pour vacciner
leur propre population plusieurs fois. Par contre, de nombreux pays
d’Afrique subsaharienne ont du mal à simplement vacciner leurs travailleurs
essentiels de première ligne, Peu d’entre eux auront accès à des vaccins à
grande échelle avant 2023.
Étant donné cette difficulté d’accès aux vaccins, bon nombre de pays de
la région risquent de faire face à de nouvelles vagues d’infections.
Ce n’est pas seulement un problème local. Assurer une couverture
vaccinale pour l’Afrique subsaharienne constitue un bien public mondial.
La communauté internationale doit se rassembler pour éviter de limiter la
diffusion de vaccins ou de matériel médical, assurer le financement
intégral de mécanismes multilatéraux tels que le COVAX et redistribuer
rapidement les doses de vaccins excédentaires des pays riches.
Les coûts économiques et humains pour la région sont véritablement
sans précédent.
Nous estimons que l’économie régionale s’est contractée de 1,9 % en 2020.
Cette contraction est un peu moins grave que celle prévue en octobre
dernier, mais elle reste le pire résultat jamais enregistré dans la région.
Heureusement, la région se redressera cette année et une croissance de 3,4
% est attendue. Néanmoins, la production par habitant ne devrait retrouver
son niveau de 2019 qu’après 2022.
Les difficultés économiques ont causé des bouleversements sociaux
considérables. Dans de nombreux pays, le revenu par habitant ne retrouvera
son niveau d'avant la pandémie qu’en 2025. Le nombre de personnes vivant
dans l’extrême pauvreté en Afrique subsaharienne a augmenté de plus de 32
millions, selon nos projections. Par ailleurs, la perte d’apprentissage
pour les jeunes est énorme. Les jeunes de la région ont manqué 67 jours
d’instruction, c’est-à-dire plus de quatre fois plus que les jeunes des
pays avancés.
Des années de progrès risquent d’être annulées, et la région risque
de se laisser distancer par le reste du monde.
Les perspectives de l’Afrique subsaharienne devraient diverger de celles
du reste du monde : le manque de marge de manœuvre et les difficultés de
déploiement des vaccins entravent la reprise à court terme. Si les pays
avancés ont mis en œuvre des mesures de soutien extraordinaires qui tirent
aujourd’hui leur reprise, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne n’ont
pas les moyens d'en faire de même.
Comme nous l’avons noté depuis le début de la pandémie, les perspectives
sont sujettes à une incertitude extraordinaire. Le principal risque est que
la région affronte de nouveaux épisodes de COVID-19 avant de disposer de
vaccins à grande échelle. Mais toute une série d’autres facteurs, par
exemple un accès limité à des financements extérieurs, l’instabilité
politique, la sécurité intérieure ou des phénomènes climatiques, pourrait
mettre en péril la reprise. Sur une note plus positive, un
approvisionnement ou une distribution plus rapide que prévu des vaccins
pourrait rehausser les perspectives à court terme de la région.
J’en viens ainsi aux politiques et aux priorités d’action pour
entretenir la reprise.
La priorité immédiate est de sauver les vies.
Il s’agit de dépenser davantage pour renforcer les systèmes de santé
locaux et les mesures d’endiguement, ainsi que pour acquérir et
distribuer des vaccins. Pour la plupart des pays, le coût de la
vaccination de 60 % de la population exigera d’augmenter les dépenses
de santé de pas moins de 50 %.
La seconde priorité consiste à renforcer la reprise et à débloquer le
potentiel de croissance de l’Afrique subsaharienne. Des réformes
audacieuses et porteuses de transformations sont donc plus urgentes que
jamais. Il faut notamment opérer des réformes pour renforcer les systèmes
de protection sociale, promouvoir le passage au numérique, améliorer la
transparence et la gouvernance, ainsi qu’atténuer le changement climatique.
Pour exécuter ces réformes, tout en surmontant les séquelles de la crise,
des choix difficiles devront être faits. Les pays devront resserrer leur
politique budgétaire pour faire face à leur vulnérabilité sur le plan de
l’endettement et assainir les bilans publics ; c’est particulièrement le
cas des 17 pays de la région qui sont en situation de surendettement ou
risquent fort de l’être.
En accroissant les recettes intérieures, en donnant la priorité aux
dépenses essentielles et en gérant plus efficacement la dette publique, les
dirigeants peuvent créer l’espace budgétaire dont ils ont besoin pour
investir dans la reprise.
Mais la région ne peut pas y arriver toute seule, ce qui m’amène à
mon dernier point, à savoir le rôle de la communauté internationale
et le besoin crucial d’une aide supplémentaire.
Avec la communauté internationale, le FMI a agi rapidement pour
satisfaire en partie les besoins de financement d’urgence de la région.
Nous avons apporté de l’aide au moyen de nos mécanismes de financement
d’urgence, accru l’accès à nos ressources dans le cadre d’accords existants
et allégé la dette des pays les plus vulnérables au titre du fonds
fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes.
L’initiative de suspension du service de la dette du G20 a aussi accordé
un répit précieux à de nombreux pays de la région, en allégeant le service
de la dette de plus de 6,5 milliards de dollars à compter de la mi-2020
jusqu’à la mi-2021. Pour les pays où un allégement de plus grande ampleur
pourrait être nécessaire, le cadre commun du G20 pour le traitement de la
dette pourrait offrir des solutions adaptées aux circonstances de chaque
pays.
Cependant, il en faut beaucoup plus pour accroître les dépenses
consacrées à la lutte contre la pandémie, maintenir des réserves
suffisantes et accélérer la reprise de manière à ce que l’écart de revenu
avec le reste du monde se comble plutôt que de se creuser. À cet effet, les
pays d’Afrique subsaharienne auront besoin d’un financement extérieur
supplémentaire d’environ 425 milliards de dollars sur les cinq prochaines
années.
Une allocation de DTS par le FMI constituerait un pas important, car elle
fournirait des liquidités à la plupart des pays vulnérables d’Afrique
subsaharienne.
Cependant, pour que l’ensemble de ses besoins soit satisfait, la région
doit compter sur des contributions de taille de toutes les sources
possibles : apports de capitaux privés, institutions financières
internationales, aide sans effet sur l’endettement sous la forme d’aide
publique au développement, allégement de la dette et développement des
capacités de manière à ce que les pays puissent effectivement accroître
leurs dépenses de développement. Nous examinerons ces questions lors du
sommet international de haut niveau sur le financement pour l’Afrique qui
se déroulera en mai prochain.
Je vous remercie de votre attention et je vous cède la parole si vous avez
des questions.