Washington, DC:
Ce jour, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI)
a achevé la cinquième revue du programme appuyé par l’instrument de
coordination de la politique économique (ICPE), et la deuxième revue de
l’accord de confirmation et de l’accord (AC) au titre de la facilité de
crédit de confirmation (FCC). L’achèvement des revues permet le
décaissement immédiat d’environ 215,78 millions de dollars (161,82 millions
de DTS) en faveur du Sénégal. Le Conseil d’administration a également
approuvé une augmentation de l’accès et une dérogation pour le non-respect
d’un critère de performance, ainsi que la modification d’un critère de
performance et d’objectifs quantitatifs. Par conséquent, le financement
combiné approuvé en juin 2021 pour une durée de 18 mois au titre de l’AC et
de la FCC (voir le
communiqué de presse N° 21/159
) a été augmenté d’environ 172,6 millions de dollars (129,44 millions de
DTS), passant de 650 millions de dollars (453 millions de DTS) au moment de
l’approbation à environ 776,67 millions de dollars (582,44 millions de
DTS).
La rapide hausse des prix du pétrole brut et des denrées alimentaires,
la guerre en Ukraine et, dans une moindre mesure, le gel des échanges
commerciaux avec le Mali lié aux sanctions adoptées à son encontre par
la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO),
perturbent la reprise économique après la pandémie et compliquent les
arbitrages de politique économique.
Ainsi, les prévisions de croissance pour cette année ont été revues à la
baisse à environ 5 %, tandis que l’inflation, alimentée par la hausse des
prix des denrées alimentaires et de l’énergie, devrait atteindre 5,5 %.
Les autorités ont adopté en mai 2022 une loi de finances rectificative
afin de financer des mesures temporaires et ciblées destinées à
soutenir les personnes les plus vulnérables et à stabiliser les prix
des denrées alimentaires consommées par les ménages à faible revenu et
à revenu intermédiaire, tout en préservant la viabilité de la dette.
Les nouvelles projections de dépenses prévues par cette loi de finances
rectificative porteront le déficit budgétaire à 6,2 % du PIB, contre 4,8 %
du PIB dans le budget initial. La dette publique devrait atteindre 75 % du
PIB en 2022.
Malgré ces difficultés, les perspectives laissent entrevoir une activité
économique vigoureuse à moyen terme, à condition que des politiques
appropriées soient mises en œuvre. Cependant, ces perspectives demeurent
incertaines et les risques sont orientés à la baisse. Les risques
concernent la poursuite de la guerre en Ukraine, le gel prolongé des
échanges commerciaux avec le Mali, la résurgence de la pandémie de
COVID‑19, la hausse de l’insécurité dans la région du Sahel, l’accentuation
des revendications sociales, le resserrement drastique des conditions
financières extérieures et les possibles effets de conditions climatiques
défavorables.
A l’issue des délibérations du Conseil d’administration, M. Kenji Okamura,
directeur général adjoint et président par intérim, a fait la déclaration
ci-après :
« Les résultats enregistrés dans le cadre du programme ont été globalement
satisfaisants, malgré un environnement difficile. A l’entame de l’année
2022, l’économie sénégalaise a poursuivi sa vigoureuse reprise économique
engagée en 2021, mais les répercussions négatives de la guerre en Ukraine
sont venues entraver cette reprise.
« La reprise après la pandémie se heurte désormais à des vents contraires
en raison de la flambée des prix mondiaux des produits pétroliers et des
denrées alimentaires et d’un environnement international de plus en plus
difficile. Les perspectives de croissance à court terme se sont dégradées,
des pressions inflationnistes sont apparues et les besoins de financement
budgétaire et extérieur ont augmenté.
« Pour surmonter ces difficultés, les autorités ont mis en place une
politique budgétaire adaptée visant à soutenir les ménages vulnérables, en
adoptant des mesures temporaires et ciblées et en accroissant le déficit
budgétaire. Pour réduire les facteurs de vulnérabilité liés à
l’endettement, qui n’ont cessé d’augmenter au cours de la dernière
décennie, les autorités devront mettre en œuvre avec détermination une
stratégie d’assainissement des finances publiques à moyen terme, ancrée sur
un objectif de déficit budgétaire de 3 % du PIB d’ici 2024.
« L’augmentation des subventions à l’énergie, induite par la hausse des
prix mondiaux du pétrole, constitue un risque important pour les finances
publiques. La récente augmentation de certains prix dans le secteur de
l’énergie, soigneusement ciblée pour protéger les plus vulnérables, est un
pas dans la bonne direction pour atténuer ce risque. La suppression
progressive des subventions à l’énergie est une priorité à moyen terme. En
parallèle, les autorités devraient prendre des mesures visant à renforcer
les dispositifs de protection sociale existants.
« La résilience budgétaire et extérieure devra encore être renforcée en
accélérant la mise en œuvre de la stratégie de mobilisation des recettes
intérieures, en assurant une gestion prudente de la dette et en améliorant
l’efficacité des dépenses, notamment par un recours plus limité aux
passations de marchés publics sans appel d’offres. La finalisation du cadre
budgétaire de gestion des recettes pétrolières et gazières et
l’amélioration du climat des affaires pour attirer les investissements
privés et créer des emplois demeurent des objectifs prioritaires.
« Bien que le système financier soit globalement solide, il convient de
surveiller les facteurs de vulnérabilité et de remédier plus rapidement aux
insuffisances du cadre de lutte contre le blanchiment des capitaux et le
financement du terrorisme, afin d’éviter d’éventuelles répercussions
négatives sur la situation macroéconomique et sur la réputation du
Sénégal.»