Washington, le 14 avril 2023.
Dans un contexte de ralentissement économique mondial,la croissance en Afrique subsaharienne (AfSS) devrait descendre à 3,6 % avant de rebondir à 4,2 % en
2024, parallèlement au redressement de l’activité au niveau mondial, à la
baisse de l’inflation et à l’assouplissement progressif de la politique
monétaire, selon les dernières Perspectives économiques régionales du FMI
pour l’Afrique subsaharienne, publiées aujourd’hui. Pour la deuxième année
consécutive, l’Afrique subsaharienne enregistre un taux de croissance
inférieur à celui de l’année précédente.
« La croissance dans la région varie d’un pays à l’autre. Certains pays, en
particulier ceux de la Communauté d’Afrique de l’Est et les pays riches en
ressources non pétrolières, devraient mieux s’en sortir que d’autres, mais
certains des pays les plus importants d’AfSS sur le plan économique tirent
le taux de croissance moyen de la région vers le bas : c’est le cas de
l’Afrique du Sud, où la croissance devrait fortement ralentir pour
s’établir à seulement 0,1 % en 2023 », a déclaré Abebe Aemro Selassie,
directeur du département Afrique du FMI.
La dette publique et l’inflation sont à des niveaux
jamais vus depuis des décennies ; la moitié des pays de la région sont en
proie à une inflation supérieure à 10 %, qui réduit le pouvoir d’achat des
ménages et frappe de plein fouet les couches les plus fragiles de la
population.
Le resserrement rapide de la politique monétaire au niveau mondial
a fait augmenter les coûts d’emprunt des pays d’AfSS sur les marchés
intérieurs comme sur les marchés internationaux
. L’ensemble des pays préémergents d’Afrique subsaharienne sont privés
d’accès aux marchés financiers depuis le printemps 2022. L’année dernière,
le taux de change effectif du dollar a affiché un niveau jamais atteint en
20 ans, ce qui a eu pour effet de renchérir le remboursement des dettes
libellées dans cette monnaie. Au cours de la décennie écoulée, le ratio des
paiements d’intérêts sur les recettes publiques a doublé dans le pays moyen
d’AfSS.
Cette évolution, conjuguée à la réduction des budgets d’aide au
développement et des entrées de capitaux en provenance des partenaires de
la région, entraîne une grande pénurie de financement dans la région.
« Les habitants d’Afrique subsaharienne ressentent les effets de la crise
de financement. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le coût de la
vie a augmenté, l’emprunt est devenu plus onéreux et l’accès à des
financements à des conditions abordables s’est restreint », a déclaré M.
Selassie.
« Conjugués à la baisse de longue date de l’aide au développement et à la
récente diminution des investissements effectués par les partenaires de la
région, ces facteurs entraînent la diminution des moyens consacrés aux
services de base comme la santé, l’éducation et les infrastructures. Faute
de mesures appropriées, cette pénurie de financement entravera les
initiatives déployées par les dirigeants de la région pour favoriser
l’émergence d’une population instruite et qualifiée et devenir la force
motrice de l’économie mondiale dans les années à venir », a-t-il ajouté.
Le FMI joue son rôle et se tient aux côtés de ses pays membres. Entre 2020
et 2022, nous avons mis à la disposition de la région plus de 50 milliards de dollars, sous forme de
programmes, de financement d’urgence et d’allocation de droits de tirage
spéciaux. En deux ans à peine, le FMI a octroyé plus du double du montant
décaissé sur une période de 10 ans depuis les années 90. Le nombre de pays
avec lesquels nous avons conclu des accords de prêt était de 21 le mois
dernier, et d’autres demandes sont à l’étude.
L’Afrique subsaharienne est loin d’être sans recours. M. Selassie a indiqué
quatre pistes prioritaires pour remédier aux déséquilibres macroéconomiques
dont souffre la région :
« Premièrement, il importe de renforcer la gestion des finances publiques
et de rééquilibrer les budgets, sur fond de durcissement des conditions
financières. Pour ce faire, les autorités devront poursuivre l’augmentation
des recettes publiques, améliorer la gestion des risques budgétaires et
faire preuve de plus de volontarisme dans la gestion de l’endettement.
Certains pays nécessitent une restructuration ou un rééchelonnement de leur
dette ; à cet égard, il est indispensable de pouvoir disposer d’un cadre
efficace de traitement de la dette, afin que ces pays puissent se ménager
l’espace budgétaire qui leur fait défaut.
« Deuxièmement, il est nécessaire de juguler l’inflation. Les autorités
monétaires devront s’armer de prudence tant que l’inflation n’aura pas
emprunté une trajectoire clairement descendante et qu’elle ne se sera pas
rapprochée de la fourchette visée par les banques centrales.
« Troisièmement, il convient de laisser les taux de change s’ajuster, tout
en atténuant les effets économiques néfastes des dépréciations, comme
l’accélération de l’inflation et la hausse de l’endettement.
« Enfin, quatrièmement, il faut veiller à ce que les nécessaires mesures de
financement de l’action climatique ne soient pas prises au détriment des
besoins élémentaires comme la santé et l’éducation. Le financement de
l’action climatique par la communauté internationale doit venir s’ajouter
aux montants d’aide actuels. »
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L’entretien avec le directeur du département Afrique du FMI, Abebe Aemro
Selassie, peut être visionné ou écouté à l’adresse
suivante
.
Pour plus de détails, veuillez consulter les
Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne — La Grande
pénurie de financement
(LINK), et les notes d’analyse qui les accompagnent.
-
La première note, intitulée Fragmentation géo-économique :
l’Afrique subsaharienne prise entre les failles
montre que la région est celle qui a le plus à perdre dans un monde
fortement fragmenté, et souligne la nécessité pour les pays de
renforcer leurs capacités d’adaptation.
-
La deuxième note, intitulée Gérer les pressions sur les taux de
change en Afrique subsaharienne : s’adapter aux nouvelles réalités
décrit les causes et les conséquences des pressions qui s’exercent
depuis peu sur les taux de change de la région, et propose des mesures
de nature à atténuer leurs effets sur la situation économique des
différents pays.
-
Enfin, la troisième note, intitulée Combler une brèche : les
financements concessionnels de l’action climatique et l’Afrique
subsaharienne
montre qu’il est nécessaire pour la région de disposer de financements
concessionnels pour lutter contre le changement climatique, et présente
plusieurs pistes pour débloquer des financements supplémentaires.