Profiter de l’accalmie pour réparer la toiture: trois priorités pour l’économie mondiale
IMF News, April 11, 2018
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- Published: April 11, 2018
L’état de l’économie mondiale
- Contexte général : l’économie mondiale connaît un essor porté par la vigueur des investissements, le rebond du commerce international et les bonnes conditions financières.
- Prévisions du FMI (janvier) : croissance mondiale de 3,9 % pour 2018 et 2019.
- Dynamique régionale :
- Les pays avancés devraient connaître, cette année et l’an prochain, une croissance supérieure à leur potentiel à moyen terme.
- Les États‑Unis : situation de plein emploi; croissance susceptible d’accélérer en raison d’une politique budgétaire expansionniste.
- L’Asie : assure près des deux tiers de la croissance mondiale; perspectives excellentes; économie japonaise en forte croissance; Chine et Inde bénéficient d’une hausse des exportations et de la consommation intérieure.
- Difficultés persistantes dans certains pays émergents ou en développement, notamment en Afrique subsaharienne; reprise modeste chez les pays exportateurs de produits de base.
- Risques et facteurs de ralentissement :
- Essoufflement de l’élan attendu en 2018 et 2019 dû au tassement de la relance budgétaire (y compris aux États‑Unis et en Chine), à la hausse des taux d’intérêt et au resserrement des conditions financières avec la normalisation monétaire.
- Problèmes structurels : vieillissement de la population, faible niveau de productivité — perspectives à moyen terme délicates, en particulier dans les pays avancés.
- Urgence politique : les incertitudes se sont considérablement renforcées (tensions commerciales, hausse des risques financiers et budgétaires, instabilité géopolitique croissante).
Priorité 1 — Éviter le protectionnisme
- Principes et effets :
- Les restrictions aux importations nuisent à tout le monde, surtout aux consommateurs défavorisés : hausse des prix et limitation des choix.
- Elles entravent le rôle du commerce dans l’augmentation de la productivité et la diffusion des nouvelles technologies.
- Les secteurs protégés deviennent moins dynamiques que leurs concurrents étrangers.
- Origine des déséquilibres commerciaux :
- Les déséquilibres reflètent souvent la répartition de la main‑d’œuvre et les chaînes de valeur mondiales plutôt que seulement des pratiques commerciales déloyales.
- Exemple donné : spécialisation dans l’assemblage de smartphones mène à déficits bilatéraux avec pays fournisseurs de composants.
- Les pratiques commerciales déloyales ont un effet limité sur le déficit global; un déficit s’explique souvent par des dépenses supérieures aux revenus.
- Solutions macroéconomiques recommandées :
- Réduire les déséquilibres par des mesures d’ensemble : instruments de politique budgétaire et réformes structurelles.
- Exemples : les États‑Unis pourraient modérer la dynamique des dépenses publiques et augmenter leurs recettes; l’Allemagne pourrait utiliser son épargne excédentaire pour investir dans les infrastructures physiques et numériques.
- Mesures pour contrer les pratiques déloyales :
- Améliorer la protection de la propriété intellectuelle, réduire les distorsions liées aux mesures favorisant les entreprises d’État, respecter les règles de l’OMC.
- Encourager les initiatives commerciales multilatérales : accords régionaux et multinationaux (exemples cités).
- Atténuer les effets sur les travailleurs : investissement dans la formation et protection sociale pour aider les personnes affectées par le commerce ou les progrès technologiques.
- Rôle du FMI : fournir analyses, recommandations et instance de dialogue et de coopération.
Priorité 2 — Prévenir les risques budgétaires et financiers
- Situation de la dette mondiale :
- Dette mondiale, publique et privée : 164 billions de dollars (record absolu); hausse de 40 % par rapport à 2007.
- Contribution de la Chine : responsable d’un peu plus de 40 % de cette hausse.
- Composition : le secteur privé représente deux tiers de la dette totale.
- Dette publique des pays avancés : atteint des niveaux inédits depuis la Deuxième Guerre mondiale.
- Risque dans les pays à faible revenu : tendance à un endettement intenable, mettant en danger les objectifs de développement.
- Conséquences d’un niveau élevé d’endettement :
- Exposition accrue de États, entreprises et ménages à un durcissement soudain des conditions financières, avec risque de correction des marchés, remise en question de la viabilité de la dette et fuite des capitaux dans les pays émergents.
- Objectif : constituer des marges de manœuvre
- Définition et instruments :
- Réduire les déficits publics, renforcer les cadres budgétaires, placer la dette publique sur une trajectoire baissière progressive.
- Favoriser une fiscalité progressive et accroître l’efficience des dépenses.
- Assouplir les régimes de change pour pallier la volatilité des flux de capitaux, surtout dans les pays émergents et en développement.
- Avantage : atténuer la gravité et la durée des récessions.
- Preuve empirique : étude citée montrant qu’après une crise financière, la baisse de la production ne dépasse pas 1 % dans les pays disposant de marges de manœuvre budgétaires et monétaires adéquates, mais atteint près de 10 % dans les pays sans marges.
- Renforcement de la stabilité financière :
- Augmenter les marges de manœuvre dans le secteur des entreprises et des banques, en particulier dans les grands marchés émergents tels que la Chine et l’Inde.
- Réduire la dette des entreprises; renforcer les fonds propres et les liquidités des banques si nécessaire.
- Remédier à l’emballement de l’immobilier résidentiel, y compris à Hong Kong.
- Préserver et ne pas démanteler le cadre réglementaire post‑crise visant à renforcer les volants de fonds propres et de liquidités.
- Adapter le cadre réglementaire international au paysage des fintech.
- Besoin d’un dispositif mondial de sécurité financière solide :
- Rôle central du FMI : aider les pays à faire face à la volatilité des flux de capitaux lorsqu’ils sont en difficulté.
Priorité 3 — Promouvoir une croissance à long terme qui profite au plus grand nombre
- Enjeu : stimuler la productivité et la croissance potentielle tout en rendant la croissance plus inclusive.
- Risques si la croissance potentielle reste faible : aggravation des inégalités économiques, problèmes d’endettement et clivages politiques.
- Tendance préoccupante : plus de 40 pays émergents ou en développement devraient connaître une croissance par habitant plus faible que celle des pays avancés, accentuant l’écart de revenu.
- Deux leviers susceptibles de changer la donne :
i) Libérer le potentiel du secteur des services, surtout dans les pays en développement
- Observations :
- Beaucoup de pays passent d’une économie fondée sur l’agriculture à une économie fondée sur les services, sautant la phase d’industrialisation classique.
- Risque de rester bloqué à de faibles niveaux de productivité.
- Opportunités :
- Certains secteurs de services (transports, communications, services aux entreprises) peuvent atteindre les niveaux de productivité du secteur manufacturier.
- Importance pour pays tels que les Philippines, la Colombie ou le Ghana.
- Impact positif potentiel pour des millions de femmes, souvent majoritaires dans le secteur des services.
- Mesures recommandées :
- Investissements publics dans l’éducation, la formation et l’aide à la recherche d’emploi.
- Ouverture accrue des secteurs des services à la concurrence.
- Développement des échanges internationaux dans les services, y compris le commerce électronique, en abaissant les barrières élevées dans ce domaine.
ii) Transformation numérique de l’administration
- Exemples concrets en Asie :
- Inde : subventions et prestations sociales versées directement sur comptes bancaires associés à des données d’identification biométriques uniques.
- Australie : administration fiscale collecte des informations sur les salaires en temps réel.
- Hong Kong : nouveau système de paiement rapide permettant l’utilisation des numéros de portable et adresses électroniques pour virements et achats (financé par l’État).
- Gains potentiels :
- Selon une étude citée, près de 20 % des recettes publiques, soit environ 5.000 milliards de dollars, disparaissent chaque année en raison de l’incivisme fiscal et de paiements de l’État mal acheminés; l’administration numérique et les mégadonnées peuvent réduire ces pertes.
- Fonds récupérés pourraient être affectés aux dépenses prioritaires.
- L’administration numérique peut accroître l’efficacité et l’efficience des services publics et améliorer le quotidien de la population.
- Potentiel numérique vs besoins de développement :
- Dans les pays en développement, plus de ménages disposent d’internet et de smartphones que d’accès à l’eau potable et à l’enseignement secondaire — opportunité numérique considérable à exploiter pour le développement.
- Conclusion politique : accélérer les réformes économiques et intensifier l’action pour stimuler la productivité et l’inclusion.
Conclusion et appel à l’action
- Choix stratégique pour les dirigeants :
- Reproduire les politiques du passé avec résultats mitigés, laissant trop de laissés‑pour‑compte.
- Ou dessiner un nouveau paysage économique : libre‑échange plus équitable et collaboratif; systèmes financiers plus sûrs et porteurs de croissance; révolution numérique profitable à tous.
- Exigence : davantage de courage politique et créatif — dans l’administration, les entreprises et la société.
- Citation finale : « la créativité demande du courage » (Henri Matisse).
Source : Discours de Christine Lagarde, directrice générale du FMI, Université de Hong Kong, le 11 avril 2018.
References
- Christine Lagarde
- Actualités
- République populaire de Chine - Région administrative spéciale de Hong Kong et le FMI
- http://edms.imf.org/cyberdocs/Libraries/Default_Library/Common/viewdocdsp.asp?amp%3Blib=PHOENIX_DMS&%3Bmimetype=application%2Fmsword&%3Brendition=+&%3Bversion=1191195&doc=840076
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