L’ère de l’ingéniosité : repenser la coopération internationale au XXIe siècle
IMF News, December 4, 2018
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- Published: December 4, 2018
Introduction
- Discours prononcé par Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, à la Huitième conférence Henry A. Kissinger — Bibliothèque du Congrès, Washington, le 4 décembre 2018.
- Thème central : la créativité et la vision à long terme comme moteurs de la coopération économique internationale.
- Constat initial : l’ingéniosité s’appuie sur des fondations historiques solides pour bâtir l’avenir.
I. 75 années de créativité et de vision en matière de coopération économique internationale
- Contexte historique :
- Point de départ : les réactions après les pertes immenses des deux guerres mondiales et la recherche d’une nouvelle voie en 1944.
- Création du système de Bretton Woods et des institutions : Fonds monétaire international et Banque mondiale.
- Rôle et adaptations du FMI :
- Missions confiées au FMI : promouvoir la coopération monétaire internationale, appuyer l’expansion du commerce et de la croissance économique, décourager les politiques nuisibles à la prospérité.
- Interventions et instruments déployés :
- Appui à la reconstruction européenne en complément du plan Marshall.
- Réponse aux chocs : adaptation après la suspension de la convertibilité dollar-or au début des années 70 et transition vers un taux de change flottant.
- Nouveaux outils après la crise pétrolière de 1973.
- Interventions lors de la crise de la dette en Amérique latine dans les années 80.
- Aide à la transition des anciens pays du bloc soviétique vers le marché.
- Soutien lors de la crise du peso mexicain et de la crise financière asiatique dans les années 90.
- Réaction à la crise financière mondiale de 2008 : engagement de plus de 500 milliards de dollars pour défendre l’économie mondiale.
- Au cours des dix dernières années précédant le discours, appui de programmes économiques dans plus de 90 pays et adaptation d’instruments de prêt, notamment prêts sans intérêt pour aider les pays à faible revenu.
- Collaboration avec les États-Unis : rôle central des États-Unis dans le soutien et l’évolution de l’ordre économique international.
- Résultats économiques historiques (chiffres cités) :
- Depuis Bretton Woods il y a près de 75 ans, le PIB réel des États-Unis a été multiplié par huit.
- Le revenu réel de l’Américain moyen a été multiplié par quatre.
II. Nouveaux défis structurels et interdépendance accrue
- Facteurs de changement contemporains :
- Rééquilibrage de la puissance économique de l’Ouest vers l’Est.
- Montée d’acteurs non étatiques, dont les sociétés multinationales.
- Accélération technologique et flux d’information : « 90 % des données du monde entier ont été créées au cours des deux dernières années ».
- Conséquences :
- Augmentation des risques transfrontaliers : armes de destruction massive, cybersécurité, interconnexion du système financier.
- Nécessité renouvelée d’adaptation et de réformes dans la coopération internationale.
III. Le prochain chapitre : comment réinventer la coopération internationale ?
- Vision prospective :
- Année 2019 envisagée comme un moment possible d’« explosion de créativité ».
- Scénario pour 2040 (contraste entre dystopie et ère de l’ingéniosité) :
- Risques en cas d’inaction : inégalités record d’ici 2040, pouvoir des monopoles technologiques, États affaiblis, inefficacité des politiques nationales, progrès de la santé réservés aux plus riches (possibilité de vivre plus de 120 ans pour les mieux lotis), millions en extrême pauvreté, montée de la colère et de la défiance, affaiblissement de la coopération internationale.
- Vision alternative (ère de l’ingéniosité) : pays prospères à l’énergie renouvelable, femme occupant pleinement sa place sur le marché du travail, nouveaux systèmes de retraite et transférabilité des soins de santé adaptés à l’économie numérique, entreprises intégrant la responsabilité sociale, technologie créatrice d’emplois et de vies sauvées, fin des migrations de masse, commerce international étendu et coexistence pacifique.
- Choix fondamental proposé : ne rien faire ou réinventer la coopération pour bâtir prospérité et paix.
IV. Les clés de l’ère de l’ingéniosité (quatre domaines prioritaires)
- 1) Le commerce
- Actions proposées :
- « Réparer le système » commercial et désamorcer les tensions commerciales.
- Supprimer les subventions génératrices de distorsions.
- Protéger les droits de propriété intellectuelle sans étouffer l’innovation.
- Éliminer les rentes.
- Négocier de nouveaux accords favorisant le commerce électronique et le commerce des services.
- Rôle des politiques macroéconomiques : réduire les déséquilibres extérieurs (excédents et déficits commerciaux) pour atténuer les tensions.
- Argument : le commerce international augmente la productivité et accélère l’innovation.
- 2) La fiscalité internationale
- Problème : optimisation fiscale et créativité qui privent les États d’une part importante des recettes.
- Solutions :
- Coopération internationale pour recouvrer les recettes et éviter la concurrence fiscale dévastatrice.
- Combler les vides juridiques facilitant l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices.
- Échanges de bonnes pratiques et réglementation adaptée à l’économie numérique où de nombreuses entreprises n’ont pas de siège unique.
- Finalité : mobiliser recettes publiques pour investir (infrastructures, éducation) et préparer l’adaptation technologique.
- 3) Le climat
- Observations : ouragans dans les Caraïbes, feux de forêt en Californie, impact économique du changement climatique potentiellement significatif pour le PIB des États-Unis.
- Outil principal : l’accord de coopération conclu à Paris en 2015 présenté comme « notre meilleure boîte à outils » pour progresser vers une économie sans carbone.
- Impératif moral et pratique : survie des générations futures, nécessité d’engagement mondial pour le bien commun.
- 4) La bonne gouvernance et la lutte contre la corruption
- Raisons de l’importance :
- La corruption sape la confiance dans les institutions et détourne des ressources vitales (éducation, santé).
- Coût annuel de la corruption : dépasse 1.500 milliards de dollars, soit environ 2 % du PIB mondial.
- Perception des jeunes : enquête WEF Global Shapers Annual Survey 2017 indique que la génération du millénaire désigne la corruption comme la préoccupation la plus urgente dans leur pays, plus que l’emploi ou le manque d’instruction.
- Actions du FMI et initiatives :
- Travail avec plus de 110 pays pour améliorer la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
- Nécessité d’investir dans les institutions et de vérifier régulièrement leur fonctionnement.
- Coopération internationale indispensable : fintech, cryptomonnaie et cybercriminalité dépassent les capacités d’un seul pays.
- Usage créatif des innovations pour lutter contre la criminalité : biométrie, chaînes de blocs, cybersécurité, collaboration entre gouvernements et ingénieurs.
- Effet multiplicateur : vaincre la corruption renforce la confiance et rend possible la coopération dans les autres domaines prioritaires.
Conclusion
- Référence historique et appel à l’humilité : le 4 décembre 1918, Woodrow Wilson embarquait pour la France pour négocier une paix durable — anniversaire centenaire évoqué pour rappeler les origines de la créativité et de la vision en politique étrangère américaine.
- Message final : construire sur des fondations solides, changer ce qui ne fonctionne pas, évoluer, s’améliorer et imaginer un avenir meilleur pour toutes et tous ; entrer dans l’ère de l’ingéniosité exige créativité, coopération et réforme.
Discours de Christine Lagarde, Huitième conférence Henry A. Kissinger — Bibliothèque du Congrès, Washington, le 4 décembre 2018.