Le conseil d’administration du FMI achève les cinquièmes revues au titre de la facilité élargie de crédit et du mécanisme élargi de crédit en faveur du Cameroun et conclut la consultation de 2023 au titre de l’Article IV

le 22 décembre 2023

  • Le conseil d’administration du FMI a achevé les cinquièmes revues des accords au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) et du mécanisme élargi de crédit (MEDC) et a approuvé une prolongation de 12 mois ainsi qu’une augmentation de l’accès. L’achèvement des cinquièmes revues permet un décaissement immédiat d’environ 73,8 millions de dollars. Le conseil d’administration du FMI a également achevé la consultation de 2023 au titre de l’article IV.
  • Le Cameroun a fait preuve de résilience face à des chocs successifs. La croissance du PIB réel a atteint 3,6 % en 2022 et devrait accélérer à environ 4 % en 2023. L’inflation devrait ralentir, passant de 7,3 % à la fin 2022 à 6,2 % à la fin de 2023.
  • Le programme de réforme économique du Cameroun est dans l’ensemble sur la bonne voie. La poursuite du processus de réformes d’envergure sera essentielle pour dégager une marge de manœuvre supplémentaire au budget, maintenir la viabilité de la dette, favoriser la transformation structurelle, doper la croissance et accroître la résilience. Il conviendra d’intégrer la question climatique aux cadres institutionnel et budgétaire afin d’accélérer la mise en œuvre des mesures d’adaptation aux changements climatiques et de celles visant à les atténuer.

Washington, DC: le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a achevé aujourd’hui la consultation de 2023 au titre de l’Article IV et les cinquièmes revues du programme appuyé par le FMI au Cameroun. Approuvés le 29 juillet 2021, les accords triennaux mixtes d’un montant de 689,5 millions de dollars au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et du Mécanisme élargi de crédit (MEDC) ont vocation à appuyer le programme de réformes économiques et financières du pays (voir le communiqué de presse 21/237). L’achèvement de ces revues permet le décaissement immédiat de 55,2 millions de DTS (soit environ 73,8 millions de dollars), ce qui porte le total des décaissements au titre des accords à 427,8 millions de DTS (soit environ 571,9 millions de dollars).

Les accords au titre de la FEC et du MEDC continuent d’apporter un ancrage solide au programme économique et budgétaire des autorités, dont la mise en œuvre est dans l’ensemble en voie d’aboutir. Lors de l’achèvement des revues, le conseil d’administration a approuvé la dérogation pour non-observation du critère de réalisation relatif à la non-accumulation de nouveaux arriérés de paiement extérieurs, le dépassement ayant été temporaire et modeste. La prolongation de 12 mois des accords FEC et MEDC (du 28 juillet 2024 au 28 juillet 2025) permettra de disposer de plus de temps pour mettre en œuvre les politiques et les réformes prévues dans les accords, compte tenu des différents chocs extérieurs supplémentaires survenus depuis le début du programme en 2021. Le relèvement de l’accès à hauteur de 110,4 millions de DTS (soit environ 147,6 millions de dollars) au cours de cette période permettra de répondre aux besoins supplémentaires en matière de balance des paiements engendrés par ces chocs extérieurs.

Le redressement de l’économie camerounaise s’est poursuivi en 2023, malgré des chocs extérieurs majeurs défavorables. On estime que la croissance s’est établie à 3,6 % en 2022, tirée par le dynamisme de l’agro-industrie et du secteur des services, et qu’elle devrait atteindre 4 % en 2023. L’inflation devrait ralentir, passant de 7,3 % à la fin de 2022 à environ 6,2 % à la fin de 2023. Il est prévu que le déficit budgétaire total devrait se réduire, passant de 1,1 % du PIB en 2022 à 0,7 % en 2023, à la faveur d’une hausse des recettes non pétrolières et de la reprise économique en cours. Le déficit primaire hors pétrole devrait fléchir, passant de 3,9 % du PIB en 2022 à 2,5 % en 2023, en raison d’une augmentation des recettes et d’une réduction des subventions aux carburants. Les perspectives à moyen terme restent positives, sous réserve de la poursuite des réformes et d’une amélioration du contexte extérieur.

Les échanges au titre de l’Article IV ont porté sur les politiques destinées à renforcer le potentiel de croissance, à réaliser la transformation structurelle de l’économie et à diversifier les exportations, ainsi que sur des mesures visant à répondre aux défis d’importance macroéconomique liés aux changements climatiques. Il conviendra de mettre l’accent sur l’investissement dans le capital humain et les infrastructures, le renforcement des institutions, en particulier la gouvernance, et l’amélioration des marchés de produits et du travail en abrogeant les réglementations qui freinent la concurrence en vue de rendre les marchés plus flexibles et d’encourager les entreprises existantes à opérer de plus en plus dans le secteur formel. Pour parvenir à une croissance plus inclusive et accroître la résilience, il sera nécessaire d’intégrer les considérations climatiques aux cadres institutionnel, réglementaire et budgétaire du pays et d’accélérer la mise en œuvre des mesures d’atténuation et d’adaptation face aux changements climatiques, conformément aux engagements du Cameroun au titre de l’accord de Paris.

À l’issue de la réunion du conseil d’administration, M. Kenji Okamura, le directeur général adjoint et président par intérim, a fait la déclaration suivante :

« Le Cameroun a fait preuve de résilience face à la multiplication des défis intérieurs et extérieurs. Les accords FEC et MEDC ont appuyé l’action des autorités en vue d’assurer la stabilité macroéconomique, de favoriser la croissance et d’accélérer des réformes envisagées de longue date. Bien que les perspectives à moyen terme restent positives, la prolongation de 12 mois des accords laissera plus de temps pour mettre en œuvre les politiques et réformes prévues dans le cadre du programme, compte tenu des différents chocs extérieurs additionnels depuis son début.

« S’agissant du programme, les résultats du Cameroun sont contrastés, le critère quantitatif de performance (CQP) portant sur la non-accumulation des arriérés de paiement extérieurs ayant été dépassé en raison de retards modestes et temporaires sur deux versements au titre du service de la dette. Toutefois, les autorités ont accompli des progrès louables dans certains domaines essentiels, notamment la gouvernance, la gestion des finances publiques et l’administration des recettes. Il convient de poursuivre la mise en œuvre des mesures correctives pour atteindre les objectifs non réalisés et accélérer les réformes.

« Les autorités sont déterminées à maintenir une trajectoire de redressement budgétaire conforme aux objectifs du programme. La hausse des recettes non pétrolières, l’efficience accrue de l’investissement, l’amélioration de la gestion des finances publiques et l’élimination progressive des subventions aux carburants tout en atténuant les effets sur les groupes de population vulnérables peuvent concourir à dégager une marge de manœuvre supplémentaire destinée au financement des investissements productifs et des dépenses sociales. Il sera également crucial d’améliorer la gestion de trésorerie et de limiter les dépenses effectuées par le biais de procédures exceptionnelles.

« La fragilité du système bancaire s’est accrue en raison de la plus grande exposition des banques à l’État camerounais. Il faudrait que les autorités travaillent avec la COBAC pour veiller à ce que les banques réduisent le risque souverain et en tiennent compte de manière appropriée.

« Afin de libérer le potentiel de croissance considérable du Cameroun, il faut accélérer les réformes structurelles. D’autres mesures sont nécessaires pour améliorer le climat des affaires, en particulier en renforçant la stabilité et l’inclusion du secteur financier.

« Il conviendrait que ces efforts aillent de pair avec des mesures ambitieuses destinées à renforcer la gouvernance, la transparence et le dispositif de lutte contre la corruption, notamment le cadre LBC/FT. La publication du rapport de diagnostic sur la gouvernance constitue un pas important dans cette direction ».

Évaluation du Conseil d’Administration [1]

Les administrateurs souscrivent à l’orientation générale de l’évaluation effectuée par les services du FMI. Ils félicitent les autorités d’avoir préservé la stabilité en dépit des chocs externes défavorables et des fragilités internes. Ils soulignent toutefois que les résultats du programme ont été mitigés et, tout en saluant la détermination des autorités à atteindre les objectifs ainsi que les mesures correctives qu’elles ont prises, ils les appellent à renforcer la mise en œuvre du programme.

Les administrateurs soulignent l’importance de maintenir le cap du rééquilibrage budgétaire conformément aux objectifs du programme, ce qui passera par de nouvelles réformes profondes dans le domaine des finances publiques. À cet égard, ils insistent sur la nécessité de continuer à supprimer progressivement les subventions aux carburants tout en accompagnant par des mesures d’atténuation en faveur des populations les plus vulnérables. Ils exhortent les autorités à accroître les recettes intérieures non pétrolières ainsi qu’à améliorer l’efficience et la priorisation des dépenses publiques. Ils préconisent également de limiter strictement le recours aux interventions directes et aux procédures exceptionnelles sur les dépenses, d’améliorer la gestion de la trésorerie, de renforcer la transparence des finances publiques et la crédibilité du budget, et de restreindre les emprunts non concessionnels. Prenant note du risque élevé de surendettement et de la persistance des vulnérabilités liées à la dette, ils rappellent que la restructuration de l’entreprise nationale de raffinage de pétrole (SONARA), qui a pris du retard, doit être réalisée dans les meilleurs délais.

Les administrateurs expriment des préoccupations quant à l’accentuation des fragilités dans le système bancaire liée à une exposition accrue des banques à l’État camerounais. Ils exhortent les autorités à travailler avec la commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) afin de veiller à ce que les banques réduisent le risque souverain et en tiennent correctement compte.

Les administrateurs notent avec satisfaction que les autorités envisagent d’agir en faveur de la transformation structurelle et de la diversification des exportations. Ils insistent sur le rôle indispensable des politiques horizontales dans la réussite des politiques industrielles, notamment des efforts pour augmenter l’investissement dans le capital humain et les infrastructures, renforcer les institutions, et à améliorer les marchés des produits et du travail.

Les administrateurs prennent note de la vulnérabilité croissante du Cameroun aux effets des changements climatiques et ils saluent à ce titre les efforts déployés par les autorités pour intégrer des considérations climatiques dans les cadres institutionnel, réglementaire et budgétaire, ce qui contribuera à l’atteinte des objectifs du pays en matière d’adaptation et d’atténuation.

Les administrateurs félicitent les autorités pour leurs efforts pour la promotion de la bonne gouvernance et la réduction de la corruption. Ils saluent la publication du diagnostic de la gouvernance, qu’ils considèrent comme une avancée importante, ainsi que la détermination des autorités à améliorer l’efficacité de leur régime de LBC/FT, à la suite de l’inscription du pays à la liste grise du GAFI.

Les administrateurs notent que le programme du Cameroun est appuyé par la mise en œuvre, par les institutions régionales de la CEMAC, des mesures et des réformes qui sont essentielles à la réussite du programme. La réussite de la sixième revue dépendra de la mise en œuvre d’assurances indispensables à l’échelle de l’Union, comme le prévoit le document de référence de décembre 2023 pour l’ensemble de l’Union.

Il est prévu que la prochaine consultation avec le Cameroun au titre de l’article IV se déroulera conformément à la décision du conseil d’administration sur le cycle des consultations pour les pays membres ayant conclu un accord avec le FMI.


Tableau 1. Cameroun : principaux indicateurs économiques et financiers, 2022–28

(En milliards de FCFA, sauf indication contraire)

2022

2023

2024

2025

2026

2027

2028

Est.

4 e rev.

Proj.

4 e rev.

Proj.

Proj.

Proj.

Proj.

Proj.

(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)

Comptes nationaux et prix

PIB à prix constants

3,6

4,0

4,0

4,2

4,3

4,5

4,5

4,5

4,6

PIB pétrolier à prix constants

2,1

-1,8

0,5

-1,3

2,7

1,3

0,2

0,2

0,2

PIB non pétrolier à prix constants

3,6

4,1

4,1

4,3

4,3

4,5

4,6

4,6

4,7

Déflateur du PIB

6,3

2,7

3,1

2,7

3,5

4,0

3,1

2,6

1,7

PIB nominal (aux prix du marché, en milliards de CFAF)

27 702

29 457

29 704

31 521

32 063

34 822

37 515

40 216

42 770

Pétrolier

1 155

872

957

797

976

939

900

866

837

Non pétrolier

26 548

28 585

28 747

30 724

31 088

33 884

36 615

39 349

41 933

Prix à la consommation (moyenne)

6,3

6,2

7,2

4,8

5,9

5,5

4,9

3,4

2,5

Prix à la consommation (fin de période)

7,3

5,9

6,2

3,7

5,5

5,2

3,6

2,0

2,0

Masse monétaire et crédit

Monnaie au sens large (M2)

11,4

9,0

9,0

8,0

8,4

7,6

7,4

7,2

7,1

Avoirs extérieurs nets 1/

7,7

2,9

1,6

0,7

3,2

2,7

2,2

2,5

3,2

Avoirs intérieurs nets 1/

3,6

6,1

7,4

7,3

5,3

5,0

5,2

4,7

3,8

Crédit intérieur au secteur privé

13,6

10,4

11,2

9,2

9,5

7,7

7,4

7,2

7,2

(% du PIB, sauf indication contraire)

Épargne et investissement

Épargne nationale brute

15,3

15,6

15,6

16,1

16,2

17,0

17,3

18,3

19,1

Investissement intérieur brut

18,7

18,5

18,6

19,2

19,0

19,4

20,1

20,9

21,8

Investissement public

4,6

5,0

4,6

5,4

5,3

5,9

6,6

7,2

7,5

Investissement privé

14,1

13,5

13,9

13,7

13,7

13,6

13,5

13,8

14,4

Opérations de l’administration centrale

Total des recettes (dons compris)

15,9

15,9

16,0

15,5

15,9

15,5

15,6

15,7

15,8

Recettes pétrolières

3,5

2,9

2,9

2,1

2,5

2,0

1,9

1,8

1,7

Recettes non pétrolières

12,1

12,7

12,7

13,1

13,1

13,3

13,6

13,8

14,0

Recettes non pétrolières (en % du PIB non pétrolier)

12,6

13,1

13,1

13,4

13,5

13,7

13,9

14,1

14,3

Total des dépenses

17,1

16,7

16,6

16,1

16,3

15,9

16,4

16,6

16,7

Solde budgétaire global (base ordonnancements)

Dons non compris

-1,5

-1,1

-1,0

-1,0

-0,7

-0,6

-0,9

-1,0

-0,9

Dons compris

-1,1

-0,8

-0,7

-0,6

-0,4

-0,4

-0,8

-0,9

-0,9

Solde budgétaire global (en base caisse)

Dons non compris

-1,6

-2,4

-2,3

-1,8

-1,4

-1,1

-1,3

-1,0

-0,9

Dons compris

-1,2

-2,0

-1,9

-1,5

-1,1

-0,9

-1,2

-0,9

-0,9

Solde primaire hors pétrole (base ordonnancements)

-3,9

-2,5

-2,5

-1,7

-1,9

-1,3

-1,6

-1,6

-1,6

Solde primaire hors pétrole (base ordonnancements, en % du PIB non pétrolier)

-4,0

-2,6

-2,6

-1,7

-2,0

-1,4

-1,7

-1,7

-1,6

Secteur extérieur

Balance commerciale

-0,7

-1,4

-1,7

-1,6

-1,5

-1,3

-1,6

-1,7

-1,7

Exportations de pétrole

7,8

5,2

5,5

4,5

5,1

4,9

4,2

3,5

3,0

Exportations hors pétrole

7,8

8,2

8,4

8,0

8,5

8,3

8,2

8,2

8,3

Importations

16,3

14,8

15,6

14,1

15,1

14,6

14,0

13,4

13,0

Solde des transactions courantes

Dons officiels non compris

-3,7

-3,3

-3,3

-3,1

-2,9

-2,7

-2,8

-2,7

-2,8

Dons officiels compris

-3,4

-2,9

-3,0

-3,0

-2,8

-2,5

-2,8

-2,7

-2,7

Termes de l’échange

-10,6

-7,6

-2,2

-1,6

1,6

0,5

-4,4

-5,5

-4,5

Dette publique

Encours de la dette publique

45,3

43,2

41,8

41,1

39,0

36,1

34,1

32,6

31,4

Dont : dette extérieure

30,8

30,7

29,2

29,7

28,5

27,0

26,0

25,5

25,4

Sources : autorités nationales ; estimations et projections des services du FMI.

1/ En pourcentage de la masse monétaire au sens large en début de période.




[1] 5 À l’issue des délibérations, la directrice générale, en qualité de présidente du conseil d’administration, résume les vues des administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays. On trouvera une explication des termes convenus utilisés communément dans les résumés des délibérations du conseil d’administration à l’adresse : https://www.imf.org/external/french/np/sec/misc/qualifiersf.htm.

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