Durement touché par la chute récente du prix du pétrole, le Gabon doit
poursuivre l’effort de diversification de son économie afin de la
rendre plus résiliente aux chocs exogènes et de doper la croissance.
Dans son évaluation annuelle de l’économie gabonaise, le FMI a salué le
plan du gouvernement destiné à relever le niveau et la qualité de ses
infrastructures et à améliorer la qualité de son capital humain, pour ainsi
s’attaquer aux trois principales contraintes qui pèsent sur la croissance.
Le Bulletin du FMI
a rencontré Montfort Mlachila, Chef de mission du FMI pour le Gabon, afin
de passer en revue les défis auxquels se heurte l’économie.
Bulletin du FMI :
Le FMI vient de terminer son évaluation annuelle de l’économie
gabonaise. Comment se porte le Gabon?
M. Mlachila :
L’effondrement récent des cours du pétrole, après les baisses sensibles
enregistrées à partir du milieu de 2014, met à rude épreuve l’économie
gabonaise et sa résilience. Comme vous le savez, les prix du pétrole ont
perdu environ 75 % en 18 mois. Ils sont passés d’un peu plus de 100 dollars
à environ 30 dollars le baril. C’est un choc brutal pour l’économie. Cela
signifie aussi que les recettes de l’État ont fortement baissé, de même que
les exportations. Concrètement, il y a moins d’argent qui circule dans
l’économie et cela pénalise le taux de croissance qui, en 2015, a été
ramené à environ 4 %. Cette année il devrait poursuivre son repli et
descendre à 3,2 %. Globalement, l’impact est donc considérable si l’on
compare ces taux à ceux affichés avant 2014. Entre 2010 et 2014, la
croissance du Gabon s’établissait autour de 6 %. L’économie est donc
durement frappée.
Bulletin du FMI :
Dans ces circonstances, que doit faire le Gabon pour s’adapter à ce
nouvel environnement?
M. Mlachila :
Les recettes de l’État ont bien sûr été les plus touchées, et les autorités
ont pleinement conscience des difficultés. Il y a plusieurs actions que le
gouvernement peut entreprendre pour s’adapter. L’objectif stratégique
principal à long terme est de diversifier l’économie pour réduire sa
dépendance au pétrole et ainsi renforcer sa résilience. À court terme,
l’État doit se garder de vivre au-dessus de ses moyens. Pour cela, il faut
agir sur deux fronts.
D’abord il faut dégager de nouvelles recettes hors du secteur pétrolier,
notamment, par exemple, en réduisant les exonérations fiscales; côté
dépenses, un certain nombre de mesures peuvent permettre de mieux maîtriser
la masse salariale de la fonction publique.
Deuxièmement, il faut redéfinir les priorités d’investissement et
privilégier les projets qui apportent le plus de bienfaits ou le plus de
rentabilité économique, afin de garder le train de vie de l’État dans la
limite de ses moyens. Ce sont là les principales voies que peut suivre le
gouvernement pour s’adapter à la chute des prix des matières premières.
Bulletin du FMI :
N’existe-t-il pas un risque de pénaliser les secteurs les plus pauvres
de la société si l’État réduit ses dépenses?
M. Mlachila :
C’est vrai, et le gouvernement a conscience du problème. Il s’agit
d’ajuster les dépenses pour qu’elles ne dépassent pas l’enveloppe
disponible, déterminée par les recettes. D’une part, l’État peut dégager
des recettes supplémentaires grâce aux activités non liées au pétrole. Le
manque à gagner sur les recettes pétrolières peut être compensé, jusqu’à un
certain point, par d’autres mesures permettant de mobiliser des recettes
supplémentaires.
D’autre part, l’État peut déployer un dispositif de protection sociale, ou
renforcer les structures existantes, en prenant un certain nombre de
mesures. Pour les populations rurales, par exemple, il peut aider au
développement du secteur agricole. Le Gabon a une importante marge de
progression dans ce domaine, sachant que le pays importe encore beaucoup de
produits alimentaires, alors que certaines denrées pourraient être
produites sur place à moindre coût. Le gouvernement a déjà commencé à
s’atteler à ce problème. L’action à mener peut notamment porter sur
l’amélioration de la desserte routière rurale et la disponibilité des
intrants agricoles.
Dans le même temps, surtout en zone urbaine, l’État peut améliorer la
protection sociale en mettant en place ou en développant des transferts
monétaires en faveur des couches de population les plus vulnérables. Ces
deux actions sont en fait compatibles : réduire certaines dépenses, tout en
renforçant la protection sociale grâce à de nouvelles recettes dégagées en
dehors du secteur pétrolier.
Bulletin du FMI :
Vous avez aussi évoqué la nécessité de réduire la dépendance au
pétrole. Comment le Gabon pourrait-il diversifier son économie?
M. Mlachila :
Il est certain que le Gabon dépend fortement du secteur pétrolier, qui en
2014 représentait environ 45 % des recettes de l’État et 85 % des
exportations. Il s’agit donc d’un secteur important dans l’économie. Mais
il est nécessaire de diversifier l’économie pour qu’elle dépende moins du
pétrole, et donc des cours du pétrole.
À cette fin, les autorités ont mis en place le Plan stratégique Gabon Émergent (PSGE). Son premier volet est le développement de
l’infrastructure, en particulier pour faciliter les transports — routes,
ports, rail — et pour améliorer la fourniture d’électricité.
L’infrastructure est donc un domaine auquel l’État a consacré d’importantes
ressources financières.
Autre mesure destinée à augmenter la valeur ajoutée de l’économie : le
gouvernement a créé une Zone économique spéciale. La ZES Nkok, située près
de Libreville, a pour principal objectif de développer différentes
activités, notamment dans le secteur de la transformation de grumes, qui
offre un certain potentiel de valeur ajoutée. Plus généralement, le
gouvernement doit améliorer l’environnement des affaires dans l’ensemble du
pays, afin d’encourager l’investissement.
Enfin, dans le domaine de l’éducation, le gouvernement a conscience qu’il
existe une pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans un certain nombre
d’activités économiques. Un effort d’investissement accru en formation,
notamment professionnelle, peut permettre d’améliorer la performance de
l’économie, par exemple en développant les compétences utiles à la
diversification de l’économie.
Bulletin du FMI :
Pour conclure, si vous deviez citer trois priorités pour le Gabon,
quelles seraient-elles?
M. Mlachila :
La première chose à faire pour le Gabon est d’accroître le taux de
croissance, car sans croissance il ne peut y avoir de progression des
revenus ni du niveau de vie de la population. Pour cela, le Gabon doit
entreprendre des réformes structurelles afin d’élever le niveau de la
croissance sur le long terme.
La deuxième priorité est de diversifier l’économie pour la rendre plus
résiliente aux chocs exogènes et donc moins vulnérable, par exemple, aux
baisses des prix du pétrole et d’autres matières premières.
Enfin, le Gabon doit veiller à préserver la viabilité de ses finances
publiques, faute de quoi la dette publique risquerait de s’accroître
considérablement, ce qui compliquerait la tâche du Gabon dans la poursuite
de ses grands objectifs stratégiques, aussi bien à court terme qu’à long
terme.