Kuala Lumpur : Une nouvelle étude du FMI confirme le lien entre réformes
structurelles et croissance de la productivité, notamment en Malaysie (photo:
Blend Images/Newscom)
CROISSANCE MONDIALE
Les gains que l’on peut attendre des différents types de réformes
diffèrent selon les catégories de pays : les réformes
structurelles les plus bénéfiques chez les pays à faible revenu
n’auront pas forcément autant d’impact chez ceux dont le développement
est plus avancé, note l’étude (graphique 1).
Mais les réformes structurelles ne sont pas la «pilule miracle»
de la réussite macroéconomique, soulignent les auteurs.
«L’appropriation par les pays et leur capacité à poursuivre
l’effort sur le long terme sont aussi des ingrédients essentiels pour
que la productivité et la croissance soient au rendez-vous», précise
Sanjaya Panth, Directeur adjoint du Département de la stratégie, des
politiques et de l’évaluation du FMI.
Libérer le potentiel de croissance
Pour qu’un pays puisse recouvrer sa santé économique, il lui
faudra souvent apporter des changements à la structure fondamentale de son
économie. Les réformes structurelles sont des mesures visant à
augmenter la productivité en améliorant l’efficience technique
des marchés et des structures institutionnelles, ou en réduisant les
contraintes à une allocation efficiente des ressources. Elles peuvent porter
sur différents domaines : supervision bancaire, droits de propriété,
barème des droits de douane ou bien encore règles d’embauche
et de licenciement.
Le FMI s’intéresse particulièrement au rôle que peuvent
jouer les réformes structurelles pour stimuler la croissance potentielle.
C’est là un axe clé pour les gouvernants depuis la crise financière
mondiale, qui a laissé de nombreux pays enlisés dans un cycle
de croissance molle et de chômage élevé. Dans la quasi-totalité
des pays, la croissance de la productivité a marqué le pas, et dans
de nombreux cas, la croissance potentielle a elle aussi reculé.
Six ans après l’éclatement de la crise, beaucoup pays se retrouvent
dans une situation où les politiques visant à accompagner la demande
et à stimuler la croissance – relance budgétaire et politiques
monétaires non conventionnelles – sont en passe de s’essouffler
ou d’arriver en bout de course. Aussi, pour compléter leur effet et
donner un coup de pouce à la croissance, les responsables économiques
se tournent-ils de plus en plus vers les réformes structurelles.
Bien que le FMI ait déjà redoublé d’efforts depuis la
crise pour appréhender la manière dont les réformes structurelles
agissent sur l’économie, cette nouvelle étude se propose d’orienter
la réflexion vers une approche plus stratégique de certains aspects
des réformes structurelles qui requièrent une attention plus approfondie,
comme le recommande la Revue triennale de la surveillance de 2014.
«Si le FMI doit investir plus systématiquement pour soutenir les besoins
de réforme des pays, il lui faut approfondir sa compréhension du lien
entre les réformes et la performance macroéconomique »,
explique Chris Papageorgiou, qui a co-dirigé l’étude avec Karen
Ongley.
Tirer les leçons du passé
Ce travail étudie la relation entre les grandes tendances de réforme
et la productivité, et examine les effets des réformes de grande ampleur
ainsi que des «vagues de réformes» agissant simultanément
sur plusieurs fronts.
Dans les deux cas, les auteurs ont observé qu’il existait une relation
positive entre les réformes structurelles et la croissance de la productivité.
Par ailleurs, ajoutent-ils, lorsque plusieurs réformes sont menées
en parallèle, leurs effets sont amplifiés; des travaux complémentaires
seront toutefois nécessaires pour voir comment ces réformes doivent
être combinées entre elles et dans quel ordre pour obtenir un maximum
d’efficacité.
L’étude confirme également que les réformes structurelles
budgétaires (notamment celles visant à renforcer l’administration
fiscale, l’efficacité de la dépense et les processus budgétaires)
comme les réformes du secteur financier – les unes et les autres au
cœur de la mission du FMI – sont jugées extrêmement pertinentes
par l’ensemble des pays membres.
Cette étude examine les données des quarante dernières années
et tire les enseignements de l’expérience de six pays : Arménie,
Australie, Malaisie, Pérou, Tanzanie et Turquie (graphique 2). Elle
conforte les constats de l’analyse empirique. «Les meilleurs réformateurs
sont ceux qui suivent une démarche globale, dans laquelle des réformes
structurelles viennent en complément de politiques macroéconomiques
bien pensées», précise Karen Ongley.
Les auteurs ont également interrogé des économistes du FMI
qui dirigent les équipes pays, afin d’évaluer l’opportunité
des différentes réformes structurelles dans les échanges actuels
avec les pays membres. Les résultats confirment l’idée selon
laquelle les besoins de réforme évoluent avec l’état
de développement de l’économie. Par exemple, les réformes
agricoles ont des chances d’être plus pertinentes dans les pays à
faible revenu, alors que dans les économies avancées, l’innovation
et le marché du travail seront des domaines de réforme plus prioritaires.
Prochaines étapes
S’appuyant sur ses récents travaux, le FMI entend enrichir le socle
analytique et la gamme des outils diagnostics à la disposition des équipes
pays pour tirer le meilleur parti de leur analyse et leur dialogue avec les pays
membres. Ce travail permettra également de capitaliser et de partager l’expérience
des différents pays. Ce faisant, le FMI veillera aussi à :
• Apprendre à distinguer tous les aspects structurels critiques pour
la santé macroéconomique des pays membres du FMI et à en souligner
les implications macroéconomiques dans les consultations avec les pays;
• Limiter ses recommandations aux domaines dans lesquels il possède
l’expertise nécessaire, mais envisager la possibilité de se
doter de compétences dans certains domaines qui ont un fort impact et dans
lesquels la demande est importante, comme l’infrastructure et le marché
du travail;
• Renforcer sa collaboration avec d’autres organisations pour les réformes
structurelles qui sortent de ses sphères de compétence primordiales.