1. Nous avons tenu notre quatre-vingt-dix-huitième réunion à Washington le
12 octobre 2017, sous la présidence de M. Abraham Tekeste, Ministre des
finances et de la coopération économique de l’Éthiopie, assisté de M.
Mangala Samaraweera, Ministre des finances et des médias du Sri Lanka,
Premier Vice-Président, et de M. Julio Velarde, Gouverneur de la Banque
centrale du Pérou, Second Vice-Président.
Gérer l’impact de l’évolution de l’économie mondiale
2. Nous nous félicitons de l’accélération de la croissance, du commerce et
des investissements dans le monde entier. Les marchés émergents et
économies en développement continueront d’assurer l’essentiel de la
croissance mondiale. Les cours des produits de base se stabilisent, ce qui
donne aux pays exportateurs l’occasion de poursuivre leurs réformes, de
reconstituer des réserves, de diversifier davantage leur économie et de
stimuler la croissance. Nous restons préoccupés par les risques de
dégradation à moyen terme, notamment une montée éventuelle du
protectionnisme, un durcissement soudain des conditions financières
mondiales, un détricotage des réformes réglementaires et des risques
géopolitiques. La coopération internationale et la coordination des
politiques dans des secteurs clés sont essentielles pour minimiser les
répercussions négatives pour la croissance et les marchés financiers. Un
engagement multilatéral est nécessaire pour maintenir notre système
d’échanges commerciaux ouvert et réglementé.
3. Le FMI est la clé de voûte du dispositif mondial de sécurité financière.
Nous encourageons une plus grande coopération entre le FMI et les accords
régionaux de financement. Nous saluons l’initiative prise par le FMI pour
revoir les instruments dont il dispose ou pourrait se doter, en vue de
répondre au mieux aux besoins de liquidités et de précaution de ses
membres, et nous attendons avec intérêt sa conclusion dans les meilleurs
délais. Nous appelons à l’impartialité de la surveillance et des décisions
de prêt et invitons le FMI à élargir le mandat de son Comité d’impartialité
à ses activités de prêt. Des efforts restent nécessaires pour pallier et
atténuer la perception négative associée aux facilités du FMI. Nous sommes
favorables à la poursuite des travaux sur le renforcement du rôle et de
l’utilisation des droits de tirage spéciaux (DTS) en tant que monnaie de
réserve.
4. S’agissant de la revue des facilités du FMI en faveur des pays à faible
revenu (PFR) prévue en 2018, nous sommes favorables à une coopération plus
poussée avec ces pays. Nous recommandons notamment d’augmenter
considérablement les ressources du Fonds fiduciaire pour la réduction de la
pauvreté et pour la croissance, d’élargir l’accès en fonction des besoins
des pays et d’établir un instrument de précaution en faveur des PFR.
5. Nous saluons l’examen par le FMI de l’expérience des pays en matière de
gestion des risques systémiques découlant de la volatilité des flux
financiers. Nous appelons à une évaluation impartiale de l’objectif, du
contenu et de la structure des mesures macroprudentielles et des mesures de
gestion des flux de capitaux dont les pays disposent et font usage pour
faire face à la volatilité des flux de capitaux.
6. Nous appelons tous les pays à mettre en œuvre les contributions prévues
déterminées au niveau national dans le cadre de l’Accord de Paris sur le
climat, en conformité avec le principe des responsabilités communes mais
différenciées, en tenant compte des circonstances propres à chaque pays et
des objectifs de développement durable et de réduction de la pauvreté. Les
phénomènes climatiques extrêmes ont d’immenses conséquences néfastes pour
les populations et l’économie des pays en développement, en particulier
pour les PFR et les petits États insulaires, alors que ces pays ont très
peu contribué au changement climatique. Nous appelons à une forte
mobilisation mondiale à la suite des ouragans qui ont dévasté les Caraïbes.
Nous sollicitons le soutien aux pays en développement dans leurs efforts
pour faire face et renforcer leur capacité de résistance aux catastrophes
naturelles liées au climat. Nous escomptons que les pays développés
tiendront leur engagement de fournir chaque année 100 milliards de dollars
de ressources financières nouvelles ou supplémentaires d’ici 2020 pour
aider les pays en développement à agir face au changement climatique. Nous
exhortons les pays développés à autoriser l’utilisation de ressources
provenant de remboursements pour faciliter le financement des Fonds pour
les technologies propres.
7. Nous exhortons les institutions financières internationales (IFI) et la
communauté internationale à continuer d’apporter leur soutien aux pays en
développement qui sont touchés de manière disproportionnée par la crise des
réfugiés, y compris les populations déplacées à l’intérieur de leur pays,
et nous préconisons de continuer d’appliquer des stratégies soucieuses du
développement face à ce grave problème. Nous appelons les IFI à se pencher
sur les conséquences, sur les plans de la macroéconomie et du
développement, du durcissement de la législation en matière de migration
dans certains pays. Nous appelons les IFI à accroître leur soutien aux pays
touchés par les conflits, aux pays fragiles et aux petits pays, y compris
en mettant en œuvre des instruments et des partenariats financiers
innovants.
8. Bien que nous saluions les initiatives mondiales contre le blanchiment
de capitaux et le financement du terrorisme, nous souhaitons des mesures
mondiales plus concrètes pour enrayer la diminution des relations de
correspondants bancaires dans certains pays. Nous appelons à une
coopération multilatérale plus marquée dans la lutte contre les flux
financiers illicites.
Jeter les bases d’une croissance inclusive
9. Notre objectif principal est de transformer l’économie de nos pays afin
de stimuler la croissance, d’augmenter l’emploi et de réduire les
inégalités et la pauvreté. L’augmentation de la productivité et la
diversification de nos sources de croissance sont des éléments essentiels à
cet égard. Nous soutenons la décision du groupe des gouverneurs africains
de donner la priorité à la transformation agricole comme moteur de la
création d’emplois et de la croissance inclusive, ainsi que le Pacte du G20
avec l’Afrique. Nous sommes confrontés à la difficulté persistante de
récolter les fruits du commerce extérieur et de l’évolution technologique.
Nous appelons les IFI à renforcer leur soutien au développement du capital
humain, à l’acquisition de compétences et à l’élaboration de politiques en
faveur de l’emploi, afin de promouvoir la création d’emplois de qualité et
d’engager des réformes douces du marché de l’emploi. Nous demandons aux IFI
de soutenir davantage l’inclusion financière et les perspectives
économiques des femmes. Nous les invitons à renforcer leur appui à la
coopération sud-sud dans le domaine du commerce, de la connaissance et de
l’investissement.
10. Nous exhortons le FMI et le Groupe de la Banque mondiale à continuer de
renforcer leurs activités d’assistance pour ce qui est d’améliorer la
mobilisation des ressources intérieures et d’accroître la contribution de
ces recettes à la croissance inclusive, par le biais de politiques fiscales
progressives et de budgets plus efficients et mieux ciblés. L’apprentissage
entre pairs, au moyen de plateformes collaboratives associant les pays
émergents et les pays en développement, et le renforcement des capacités
grâce à des séminaires régionaux peuvent contribuer utilement à ce
processus. Nous saluons également le travail de la Plateforme de
collaboration sur les questions fiscales et nous réjouissons de
l’assistance technique renforcée qu’elle permettra d’apporter aux agents
des services fiscaux des pays émergents et des pays en développement. Le
FMI et le Groupe de la Banque mondiale devraient par ailleurs continuer
d’évaluer l’impact social et redistributif des programmes d’ajustement
budgétaire, et veiller à ce que ces programmes comportent des mesures de
protection sociale adéquates pour les pauvres.
11. Nous soulignons l’importance d’une véritable coopération internationale
en matière fiscale, qui réponde aux difficultés rencontrées par les pays
émergents et les pays en développement. Nous soutenons l’initiative
relative à l’échange automatique d’informations et le cadre inclusif sur
l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, et
souhaitons que des mesures soient prises pour leur mise en œuvre effective
dans ces pays, dans le respect des spécificités de chaque pays. Nous
apprécions le travail réalisé par le Comité «Questions fiscales» de l’ONU
et nous encourageons à appuyer à l’échelle multilatérale la transformation
de ce Comité en un organe intergouvernemental. Nous appelons en outre à
accorder davantage d’attention à l’établissement de règles fiscales
équitables pour guider l’imposition des entreprises multinationales, et à
coopérer à l’échelle internationale pour éviter une concurrence fiscale
internationale dommageable.
12. Nous réaffirmons qu’il importe d’accroître les investissements dans les
infrastructures pour atteindre nos objectifs de développement durable. Nous
saluons l’aide accordée par le FMI, le Groupe de la Banque mondiale et
d’autres institutions financières internationales pour accroître
l’efficience des investissements publics dans les infrastructures, ainsi
que leur impact dans l’amélioration la connectivité, notamment au niveau
régional, et s’attaquer aux objectifs relatifs à la redistribution du
revenu et au changement climatique. Les banques multilatérales de
développement doivent activer des méthodes de financement pour faire en
sorte que les énergies renouvelables soient disponibles à des prix
abordables. Nous soulignons le rôle essentiel que ces banques jouent pour
appuyer les cadres d’action et les institutions, renforcer la préparation
des projets et catalyser les financements du secteur privé. A cet égard,
nous notons avec satisfaction que le Groupe de la Banque mondiale met
l’accent sur l’optimisation du financement du développement, et nous
attendons avec intérêt sa mise en œuvre au niveau national. Nous appelons
les banques multilatérales de développement à tenir les engagements de la
Déclaration conjointe sur les aspirations à des actions soutenant les
investissements dans les infrastructures, notamment au moyen de mesures
concrètes et assorties de délais, pour établir de nouveaux instruments
d’atténuation des risques et les investissements dans les infrastructures
comme une classe d’actifs.
13. Nous saluons la réforme du Cadre de viabilité de la dette établi
conjointement par la Banque mondiale et le FMI pour les pays à faible
revenu. Nous soulignons qu’il importe d’accorder suffisamment de temps et
l’appui nécessaire aux autorités nationales pour qu’elles soient prêtes à
mettre en œuvre le nouveau cadre. Il est essentiel que les évaluations de
la viabilité de la dette tiennent compte de la qualité des investissements
publics et de l’impact considérable d’une réduction des déficits
d’infrastructures sur la croissance.
14. Nous souscrivons au renforcement des travaux et de la collaboration
entre le Groupe de la Banque mondiale et le FMI, sur la base de leur
expertise et de leur mandat, en vue de soutenir les efforts que les pays
déploient pour améliorer la gouvernance et vaincre la corruption. Nous
notons que le FMI examine comment il peut aborder les questions relatives à
la gouvernance et à la corruption au niveau des pays d’une manière
équitable.
Réformer la gouvernance des institutions de Bretton Woods
15. Nous souscrivons à un FMI qui repose sur un système de quotes-parts et
qui dispose de ressources adéquates, et qui est moins tributaires de
ressources empruntées. Nous appelons à au moins maintenir la capacité de
prêt actuelle du FMI. Nous attendons avec intérêt l’achèvement de la
quinzième révision générale des quotes-parts, y compris une nouvelle
formule de calcul, d’ici les réunions de printemps 2019 et au plus tard
d’ici l’Assemblée annuelle 2019. Nous appelons à établir une formule
révisée qui accorde plus de poids au PIB calculé selon les parités de
pouvoir d’achat (PPA) dans le panachage du PIB et qui redéploie davantage
les quotes-parts des pays avancés au profit des pays émergents et des pays
en développement dynamiques, étant donné leur poids croissant dans
l’économie mondiale, tout en protégeant les quotes-parts des pays les plus
pauvres. Ce réalignement ne doit pas s’effectuer aux dépens d’autres pays
émergents et pays en développement. Nous appelons de nouveau, comme nous le
faisons depuis longtemps, à attribuer un troisìème siège à l’Afrique
subsaharienne, pour accroître la représentation et la participation de la
région, à condition que cela ne se fasse pas au détriment d’autres pays
émergents ou en développement.
16. En ce qui concerne la Banque mondiale, nous appelons à une revue de
l’actionnariat qui maintient les principes d’Istanbul pour assurer un
pouvoir de vote équitable entre les pays développés et les pays en
développement et en transition, et produit un résultat qui bénéficie d’un
large soutien des pays membres. Nous appelons à mener à bien cette revue
d’ici les réunions de printemps 2018. Il est essentiel de renforcer et de
préserver la solidité financière de la BIRD et de la SFI, notamment au
moyen d’augmentations de capital, d’une nouvelle optimisation des bilans et
d’un examen des transferts financiers. Nous engageons le Groupe de la
Banque mondiale à mettre en place des mesures robustes pour assurer la
bonne mise en œuvre de l’IDA 18 d’ici la revue de mi-période.
17. Nous appelons à intensifier les efforts que le FMI et le Groupe de la
Banque mondiale déploient pour assurer une meilleure représentation des
régions et pays sous-représentés sur le plan du recrutement et des
promotions, y compris au niveau de l’encadrement supérieur. Nous
réaffirmons l’importance de la diversité et de l’équilibre entre femmes et
hommes au sein du personnel à tous les niveaux, y compris la diversité des
établissements d’enseignement et des formations.
Autres questions
18. Nous accueillons le Kenya et l’Équateur comme nouveaux membres du
Groupe.
19. Nous remercions l’Éthiopie d’avoir assuré la présidence du Groupe et
accueillons le Sri Lanka qui lui succède. Nous accueillons aussi le Ghana
aux fonctions de Second Vice-Président. La prochaine réunion des ministres
du G-24 est prévue le 19 avril 2018 à Washington.
LISTE DES PARTICIPANTS
[1]
Les Ministres du Groupe intergouvernemental des Vingt-Quatre pour les
questions monétaires internationales et le développement ont tenu leur
quatre-vingt-dix-huitième réunion à Washington le 12 octobre 2017, sous la
présidence de M. Abraham Tekeste, Ministre des finances et de la
coopération économique de l’Éthiopie, assisté de M. Mangala Samaraweera,
Ministre des finances et des médias du Sri Lanka, Premier Vice-Président,
et de M. Julio Velarde, Gouverneur de la Banque centrale du Pérou, Second
Vice-Président.
La réunion des Ministres a été précédée le 11 octobre 2017 de la cent
dixième réunion des suppléants du Groupe des Vingt-Quatre, sous la
présidence de Fisseha Aberra, Directeur de la coopération internationale au
Ministère des finances de l’Éthiopie.
Groupe africain
: Abderrahmane Raouya, Algérie; Mutombo M. Nyembo Deogratias, République démocratique
du Congo; Adama Koné, Côte d’Ivoire; Sahar Nasr, Égypte; Teklewold Atnafu,
Éthiopie; Régis Immongault, Gabon; Kenneth Ofori-Atta, Ghana; Patrick Njoroge, Kenya; Mohamed Taamouti, Maroc; Kemi
Adeosun, Nigéria; Sfiso Buthelezi, Afrique du Sud.
Groupe asiatique
: Subir Gokarn, Inde; Gholamali Kamyab, République
islamique d’Iran; Alain Bifani, Liban; Shahid Mahmood
, Pakistan; Maria Edita Tan, Philippines; Mangala Samaraweera, Sri Lanka; Maya Choueiri,
République arabe syrienne.
Groupe latino-américain
: Nicolás Dujovne, Argentine; Erivaldo Gomes, Brésil;
Jose Antonio Ocampo, Colombie; Francisco Rivadeneira,
Équateur; Oscar Monterroso, Guatemala; Jean B. Dubois, Haïti; Gerardo Zuniga, Mexique; Renzo Rossini, Pérou; Alvin
Hilaire, Trinité-et-Tobago; Jose A. Rojas Ramirez, Venezuela.
Observateurs
: Abdulrahman Al Hamidy, Fonds monétaire arabe; Zhenyu Lu, Chine; Inés Bustillo, CEPAL; Deborah
Greenfield, OIT; Suleiman Al-Herbish, OFID; Ayed S. Al-Qahtani, OPEP; Naif
Alghaith, Arabie saoudite; Manuel F. Montes, South
Centre; Mubarak Al Mansoori, Émirats arabes unis;
Richard Kozul-Wright, CNUCED; Alexander Trepelkov, DAES de l’ONU.
Invitées
: Christine Lagarde, Directrice générale du Fonds monétaire international
Kristalina Georgieva, Directrice générale de la Banque mondiale
Secrétariat du G-24
: Marilou Uy, Aldo Caliari, Shichao Zhou, Alida Uwera, Lana Bleik
Secrétariat du FMI pour le G-24
: Marushia Gislén, Rasheeda Smith Yee, Danny Xufeng Jiang, Aric Maiden
[1]
Personnes assises à la table de discussion