1. La COVID-19 s’est propagée rapidement dans le monde entier et dans de
nombreux pays émergents et pays en développement (PEPD) au cours des six
derniers mois. Bien que l’endiguement du virus ne soit pas partout au même
stade, le nombre de contaminations et de décès reste élevé dans plusieurs
pays. L’économie mondiale est toujours en récession, mais les perspectives
mondiales se sont légèrement améliorées car le déclin économique dans les
grandes économies a été moins grave qu’on ne le prévoyait auparavant. Les
conséquences économiques de la contraction mondiale et des mesures
nationales prises pour endiguer la pandémie, quoiqu’elles diffèrent d’un
pays à l’autre, ont été graves pour l’ensemble des PEPD. Pour la première
fois depuis des décennies, le PIB du groupe des PEPD devrait reculer. La
pandémie accentue aussi les inégalités, des millions de personnes perdant
leurs moyens d’existence et tombant dans la pauvreté.
2. Les perspectives économiques demeurent très incertaines. La reprise
économique devrait être lente et la crise laissera probablement des
cicatrices sur les capacités productives. La reprise pourrait être retardée
par des vagues de contaminations récurrentes consécutives à l’allègement
des mesures de distanciation physique. En outre, des risques demeurent pour
la stabilité financière, ce qui pourrait freiner la reprise. Les risques
accrus mettent en péril les gains de développement obtenus au prix
d’importants efforts et rendent encore plus difficile la réalisation des
objectifs de développement durable. Nous restons néanmoins optimistes quant
au potentiel de vaccins et de traitements efficaces et accessibles qui
pourraient permettre de vaincre la pandémie et d’accélérer la reprise de
l’activité économique.
3. Dans ce moment critique, nous sommes réconfortés par les efforts faits
par le G-20, l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation mondiale
du commerce et les institutions financières internationales (IFI) pour
approfondir la coopération mondiale afin de soutenir — en solidarité — tous
les pays qui affrontent des crises sanitaires, sociales et économiques
engendrées par la pandémie de COVID-19. Nous prenons acte du soutien
collectif apporté par le G-20 au développement, à la fabrication et à la
distribution équitable de vaccins et de traitements à prix abordable, qui
sont des biens publics mondiaux critiques, pour endiguer la pandémie. Tous
les pays, sans exception, doivent avoir accès rapidement et à prix
abordable à ces biens publics parce qu’ils en ont besoin et pour des
raisons humanitaires. Nous saluons également l’initiative de 12 milliards
de dollars envisagée par le Groupe de la Banque mondiale, qui aiderait les
pays en développement à se procurer des vaccins contre la COVID-19 pour
traiter jusqu’à un milliard de personnes dès que des médicaments efficaces
seront disponibles. Nous saluons aussi le Mécanisme pour un accès mondial
aux vaccins contre la COVID-19 (COVAX) et demandons instamment aux grands
pays de fournir le soutien financier nécessaire pour assurer un accès
rapide et abordable à tous les pays, sans exception.
4. Nous appelons les grands pays à travailler ensemble et à utiliser tous
les outils dont ils disposent pour créer un environnement qui aide les pays
à endiguer la pandémie et à retrouver une croissance économique inclusive.
Ils doivent continuer à faciliter les échanges et les investissements
internationaux et à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement
pour soutenir la croissance et le développement. Nous continuons à prendre
des mesures exceptionnelles, autant que les situations nationales le
permettent, pour gérer les conséquences de la pandémie. La forte chute de
nos principales sources de revenus et les sorties de capitaux ont réduit
les ressources budgétaires et les réserves au moment où nous en avons le
plus besoin. Les IFI ont répondu par des aides d’urgence, mais l’aide
financière extérieure reste encore inférieure aux besoins dans cette
période exceptionnelle. Nous appelons la communauté internationale et les
IFI à renforcer, dans toute la mesure possible, leurs apports de liquidités
et leurs soutiens budgétaires afin d’aider les PEPD à limiter les pertes
humaines, à fournir une protection sociale et à soutenir la reprise
économique.
5. Nous réitérons l’importance d’un solide filet mondial de sécurité
financière ayant en son centre un FMI reposant sur un système de
quotes-parts et doté de ressources adéquates. Il est donc essentiel
d’achever la révision générale des quotes-parts dans le délai convenu pour
réduire la dépendance du FMI à l’égard des ressources temporaires et mettre
en œuvre les réformes de gouvernance tant attendues. Nous souscrivons à la
poursuite des entretiens au niveau mondial sur une nouvelle allocation
significative de DTS, aux côtés de mécanismes orientant les DTS inutilisés
vers les pays vulnérables. Ils amélioreront sensiblement la situation de
liquidité de nombreux PEPD à un coût mineur pour la communauté
internationale. Nous souhaitons que les grandes banques centrales
développent davantage les swaps et les pensions en faveur d’un plus grand
nombre de PEPD et qu’un soutien soit apporté aux initiatives visant à
développer le financement sur les marchés à un coût abordable.
6. La riposte de la communauté mondiale aux conséquences économiques et
sociales de la pandémie doit accorder une plus forte priorité à
l’augmentation des financements concessionnels afin d’éviter des
conséquences néfastes considérables et prolongées sur les perspectives de
développement des pays en développement à faible revenu. En complément des
efforts que les PEPD déploient pour accroître leurs ressources intérieures,
la coopération multilatérale est essentielle pour endiguer les flux
financiers illicites et réformer les règles et les pratiques fiscales
internationales qui érodent nos assiettes fiscales, par exemple en
élaborant une solution multilatérale de taxation des activités numériques
tenant compte des préoccupations des PEPD. Le rôle des banques
multilatérales de développement, qui peuvent mobiliser plusieurs fois leur
capital social, est particulièrement important. Elles peuvent et doivent
trouver des moyens efficaces d’étirer leurs bilans pour accroître leurs
capacités de prêt. À l’avenir, les facteurs qui peuvent limiter les
capacités de prêt à moyen terme de ces institutions devront être suivis et
gérés correctement.
7. Il est indispensable d’aider les pays en développement à gérer leurs
vulnérabilités croissantes liées à l’endettement afin d’éviter une crise de
la dette qui constituerait un revers majeur pour le développement. Nous
saluons l’initiative de suspension du service de la dette prise par le G-20
et exhortons les pays avancés ainsi que les pays émergents ayant une marge
de manœuvre budgétaire à prolonger cette initiative après 2020. Nous
engageons les banques multilatérales de développement à trouver des moyens
efficaces, notamment le transfert net de ressources, pour aider les pays en
développement qui ont besoin d’un moratoire de la dette. Les créanciers
privés doivent assumer la responsabilité sociale mondiale qui leur incombe
de partager la charge de l’allégement du surendettement. En outre, les
risques d’abaissement de note par les agences de notation qui ont des
conséquences sur l’accès au marché empiètent sur les décisions des États de
demander l’allégement de la dette dont ils ont besoin; c’est un domaine qui
requiert des travaux complémentaires pour mettre en place des moratoires
efficaces sur la dette. Nous préconisons une plus grande transparence de la
dette et l’assistance du FMI et du Groupe de la Banque mondiale pour
renforcer les capacités de gestion de la dette et des finances publiques.
8. Nous saluons les entretiens en cours au sein du G-20 sur un cadre
structuré pour le traitement de la dette allant au-delà de l’initiative de
suspension du service de la dette, afin d’aider les pays à assurer la
viabilité de leur dette. Ce cadre doit inclure des mécanismes de
restructuration et de réduction de la dette lorsqu’ils sont nécessaires
pour rétablir sa viabilité. Nous appelons le FMI, le Groupe de la Banque
mondiale et les autres partenaires du développement à réfléchir aux
solutions possibles pour aider les pays dont la dette est en cours de
restructuration en leur fournissant les financements exceptionnels dont ils
ont besoin et à travailler de toute urgence sur des mécanismes favorisant
une résolution juste, significative et rapide de la dette souveraine. Les
récentes expériences de l’Argentine et de l’Équateur montrent qu’il est
difficile de coordonner l’action des créanciers privés pour trouver un
accord rapide avec eux sur la restructuration de la dette souveraine.
9. Nous saluons les efforts que le FMI et le Groupe de la Banque mondiale
ont déployés pour aider les PEPD au cours des six derniers mois.
- En ce qui concerne le FMI, nous saluons les prêts d’urgence consentis
rapidement à plus de 80 pays et engageons l’institution à faciliter l’aide
à tous les pays membres qui demandent une aide financière d’urgence. Nous
saluons l’augmentation temporaire des limites annuelles applicables à
l’accès global des pays membres aux ressources du FMI. Nous saluons la
prolongation de six mois des limites d’accès relevées au titre des
mécanismes d’urgence du FMI. Nous apprécions que l’on cherche à accroître
les ressources du fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et pour
la croissance et appelons à des contributions supplémentaires à ce fonds
ainsi qu’au fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes.
Nous engageons le FMI à poursuivre ses travaux rapides liés à l’étude des
solutions possibles pour réformer ses instruments de prêt et ses conseils,
ainsi que pour les adapter à l’évolution des besoins des pays dans le cadre
de cette crise et de la reprise économique.
- En ce qui concerne le Groupe de la Banque mondiale, nous nous félicitons
de son programme de prêts de 160 milliards de dollars sur 15 mois et
saluons les efforts qu’elle déploie pour concentrer une partie de ces prêts
au début du programme et accroître sensiblement ses prêts au quatrième
trimestre de l’exercice 2020. Nous invitons le Groupe de la Banque mondiale
à répondre avec souplesse aux nouvelles demandes de financement. Étant
donné les conséquences défavorables de la COVID-19 sur la croissance de la
productivité, la réduction de la pauvreté et les inégalités, le besoin de
financements exceptionnels qu’auront les PEPD persistera au-delà de
l’exercice 2021 et le Groupe de la Banque mondiale doit être prêt à
répondre par un soutien exceptionnel continu après 2021.
10. Une longue route nous attend jusqu’à la reprise économique durable. Dix
ans de progrès sur la voie de la réduction de la pauvreté pourraient être
effacés et les traces que laissera cette récession pèsent sur nos
perspectives de développement. Nous devons bâtir des économies qui sont
plus résilientes, exploitent les atouts de la transformation numérique et
relèvent les défis de longue date de la création d’emplois, de la réduction
des fortes inégalités, des changements climatiques et d’autres
préoccupations environnementales tout en offrant un accès adéquat à des
services d’énergie et d’infrastructure abordables et fiables, notamment
dans le secteur de la santé, dont la fragilité après la COVID-19 a été
manifeste. Une aide extérieure suffisante, rapide et efficace sera
nécessaire pour compléter nos ressources intérieures diminuées. La
coopération internationale est plus importante que jamais pour stimuler le
financement du développement et garantir que l’architecture financière
internationale et ses financements fonctionnent pour tous.