Leah Boustan : en finir avec quelques mythes
Source details
- Canonical URL
- Leah Boustan : en finir avec quelques mythes
Other formats
Bibliographic details
- Authors: CHRIS WELLISZ
- Published: March 11, 2025
Contexte et méthode
- Biographie intellectuelle et trajectoire universitaire de Leah Platt Boustan, professeure d’économie à Princeton.
- Méthodes de recherche :
- Analyse de décennies de données de recensement américaines et d’algorithmes d’appariement intergénérationnel (via ancestry.com) pour suivre enfants et petits-enfants d’immigrés.
- Agrégation de milliers de témoignages oraux, notamment à partir du projet Ellis Island Oral Histories, et réalisation d’entretiens personnels.
- Collaboration étroite et publications conjointes avec Ran Abramitzky, y compris un ensemble d’une dizaine d’articles couvrant plus d’une décennie.
Principaux résultats et constats empiriques
- Comparaisons historiques et intergénérationnelles :
- Les enfants d’immigrés arrivés récemment du Guatemala ou du Nigéria s’en sortent aussi bien que ceux d’immigrés venus d’Italie, de Norvège ou de Russie au XIXᵉ siècle.
- L’ascension sociale se déroule majoritairement entre la première et la deuxième génération : « les immigrés de la première génération ne réussissent pas mieux, économiquement, que leurs pairs nés dans le pays » ; ce sont les immigrés de la deuxième génération qui comblent l’écart de revenus avec les Américains de souche.
- Intégration culturelle et sociale :
- Les immigrés actuels apprennent l’anglais tout aussi rapidement que leurs prédécesseurs, déménagent hors des enclaves communautaires, et sont plus susceptibles de se marier hors de leur communauté nationale ou ethnique.
- Effets sur le marché du travail :
- Les immigrés ne remplacent pas massivement les travailleurs nés dans le pays ; ils occupent plutôt des activités ne nécessitant pas la maîtrise de l’anglais (jardinage, construction, etc.), complétant souvent les travailleurs qualifiés plutôt que s’y substituer.
- Exemple illustratif fourni : dans un restaurant, les travailleurs peu qualifiés peuvent être à la plonge, et les travailleurs très qualifiés, au service.
- Les immigrés créent aussi des emplois en lançant des entreprises (ex. restaurants, cabinets médicaux) et, en travaillant dans les services à la personne (cuisine, ménage, garde d’enfants), libèrent du temps pour les natifs, augmentant leur productivité.
- Résultats historiques spécifiques :
- Étude sur l’émigration juive russe : environ 1,5 million de Juifs russes ont immigré aux États-Unis dans les décennies précédant la Première Guerre mondiale (thème du premier article de Boustan, publié en 2007).
- Publications clés et dates : article commun « Europe’s Tired, Poor, Huddled Masses: Self-Selection and Economic Outcomes in the Age of Mass Migration », paru en 2012 ; livre Streets of Gold: America’s Untold Story of Immigrant Success, paru en 2022 ; livre Competition in the Promised Land: Black Migrants in Northern Cities and Labor Markets, publié en 2017.
- Données personnelles et de carrière :
- Ran Abramitzky et Leah Boustan ont chacun « trois enfants ».
- Collaboration élargie : « nous avons 37 coauteurs », indique Boustan.
Remise en question de mythes courants
- Mythe : Les immigrés d’aujourd’hui prennent des emplois aux Américains de souche.
- Contre-argument : Les tâches et emplois occupés tendent à être complémentaires plutôt que substituables.
- Mythe : Les immigrés d’aujourd’hui s’assimilent moins rapidement que ceux d’hier.
- Contre-argument : Les mesures d’assimilation (maîtrise de l’anglais, mobilité résidentielle hors des enclaves, mariages mixtes) montrent une intégration au moins équivalente, parfois supérieure.
- Mythe : La première génération d’immigrés réalise l’« ascension » économique rapidement.
- Contre-argument : L’ascension est graduelle et se manifeste surtout à la deuxième génération.
Implications pour la politique d’immigration
- Recommandation générale : adopter une vision à long terme de l’immigration — accepter que les immigrés réussissent avec le temps — plutôt que de présélectionner systématiquement les immigrants sur la base de compétences ou de formation.
- Débat et objections :
- Position critique (Reihan Salam, Manhattan Institute) : préférence pour une politique d’immigration plus sélective visant à améliorer la productivité à court terme et à limiter certaines frictions sociales et coûts budgétaires (logement social, couverture maladie).
- Argument des auteurs : si la société accepte la dynamique intergénérationnelle de réussite, la présélection stricte par compétences n’est pas nécessaire.
Vie professionnelle, partenariats et perspectives de recherche
- Partenariat scientifique durable entre Boustan et Abramitzky : collaboration intégrée et co-responsabilité des recherches.
- Usage intensif de nouvelles sources de données généalogiques et administratives pour comprendre les trajectoires intergénérationnelles.
- Orientations futures :
- Investigation de l’immigration en Europe et des conséquences du « virage à droite » des politiques migratoires.
- Gestion de projets de recherche élargis impliquant de nombreux coauteurs et une montée en charge administrative et managériale (« j’ai l’impression de me transformer peu à peu en cheffe d’entreprise »).
FINANCES & DÉVELOPPEMENT — Chris Wellisz, Mars 2025