Comment gérer les inconvénients de la dette ?
Source details
- Canonical URL
- Comment gérer les inconvénients de la dette ?
Other formats
Bibliographic details
- Authors: ANNE O KRUEGER
- Published: March 11, 2025
Constat et enjeu principal
- Le gonflement de la dette dans les pays en développement est un motif d’inquiétude croissant.
- Certains pays, comme Sri Lanka et la Zambie, ont déjà déclaré qu’ils ne pouvaient pas assurer le service de leur dette et ont demandé une aide internationale.
- De nombreux autres pays font face à de lourdes obligations au titre du service de la dette, qui représentent plusieurs points de pourcentage du PIB.
Dette : bénédiction et malédiction
- La dette permet d’investir dans des routes, des écoles, des hôpitaux et d’autres domaines nécessaires au développement si le taux de rendement des investissements est suffisant.
- Exemple historique : la Corée dans les années 60
- taux d’épargne inférieur à 10 %
- emprunt d’environ 10 % de son PIB par an
- croissance rapide produisant des rendements élevés et une chute du ratio du service de la dette
- augmentation progressive du taux d’épargne et croissance soutenue tirée par l’investissement
- Risques quand la dette finance la consommation courante ou des investissements non rentables :
- l’emprunteur s’appauvrit en devant assurer le service des prêts
- la probabilité que de nouveaux emprunts produisent un meilleur rendement diminue à mesure que les inquiétudes sur la solvabilité font grimper les taux d’intérêt
- les créanciers peuvent refuser de refinancer la dette
Éventail des risques et conditions de prêt
- Avant d’octroyer un nouveau prêt, il faut évaluer :
- politiques et perspectives macroéconomiques du pays
- fluctuations possibles des prix des principaux produits de base exportés
- Les promesses de réformes peuvent convaincre les prêteurs de refinancer la dette si elles paraissent crédibles.
- Si les pouvoirs publics n’agissent pas ou si le personnel politique refuse de changer de cap, les prêteurs peuvent exiger un remboursement à l’échéance, entraînant une crise de la dette et des difficultés de financement de la balance des paiements menant à l’incapacité d’importer des biens et services essentiels.
Cas Sri Lanka : déroulement et conséquences
- Quand la crise a éclaté en 2021 :
- le pays ne pouvait importer que des produits essentiels (denrées alimentaires, carburants, etc.)
- les bus ne roulaient plus, pénalisant l’accès au travail
- de nombreuses usines manquaient de matières premières, biens intermédiaires ou pièces détachées
- pannes d’électricité prolongées fréquentes
- Contraction de l’activité économique :
- baisse de 7,8 % en 2022
- baisse de 3,8 % en 2023
- Impact social et économique : épiceries dévalisées, inflation culminante
- Trois conditions nécessaires au rétablissement de la crédibilité de Sri Lanka :
- accès à une source de devises pour payer les importations requises
- restructuration de la dette pour rassurer les créanciers sur le paiement ultérieur du service de la dette
- réformes des politiques intérieures
- Chronologie politique et institutionnelle :
- réformes devenues possibles après l’entrée en fonction d’un nouveau président, en 2024
- Sri Lanka ne pouvait recevoir de capitaux privés pour financer ses importations avant la résolution du niveau d’endettement intenable
Résistances politiques et rôle du FMI
- Les responsables politiques sont généralement réticents aux réformes susceptibles de susciter une vive résistance ; l’alternative est des décisions plus pénibles à long terme si l’on tarde.
- Le FMI :
- rôle d’appui et de préservation du système monétaire international
- atout principal : capacité à évaluer les résultats macroéconomiques d’un pays
- dispose de ressources prêtables pour une durée de trois à cinq ans, habituellement
- ses Statuts exigent une base raisonnable pour penser que l’emprunteur pourra assurer le service de son prêt
- le FMI peut prêter lorsque les autorités et le Fonds se sont accordées sur un programme de réformes, mais des restructurations de dette peuvent être nécessaires pour traiter les arriérés et rétablir l’accès aux marchés internationaux
Problèmes posés par des créanciers récalcitrants
- Mécanismes traditionnels :
- Club de Paris pour les créanciers souverains, coordination avec créanciers privés et consultation du FMI ; ajustements du service de la dette incluant souvent une décote ou une pause de paiements
- Évolution récente :
- la Chine est devenue un créancier souverain important durant la dernière décennie mais a choisi de rester en dehors du Club de Paris
- le Club de Paris n’a pas de processus internes vraiment opérationnels pour envisager des « décotes » et les membres ont un pouvoir discrétionnaire limité pour rééchelonner les paiements
- Conséquence pour Sri Lanka :
- près de deux ans nécessaires pour rallier la Chine à un accord, retardant le programme du FMI d’environ un an et prolongeant la crise
- si aucun créancier ne veut restructurer, le FMI ne peut résoudre la situation : restructuration retardée, pression accrue sur l’emprunteur et report du redressement économique
Recommandations pour améliorer le dispositif international
- Objectif général : mieux résoudre le problème de l’endettement des pays en développement
- Mesures proposées :
- permettre aux pays en crise d’élaborer un plan de restructuration avec le FMI, le Club de Paris et les autres créanciers
- établir un accord plus contraignant selon lequel un créancier souverain récalcitrant ne pourra recevoir le service de sa dette qu’après avoir accepté les mêmes modalités que les autres créanciers
- idéalement, l’adhésion de la Chine au Club de Paris
- adopter une procédure internationale et créer un tribunal où créanciers et débiteurs pourraient présenter leurs doléances
- cette juridiction pourrait définir un accord permettant une activité économique normale et la reprise d’une croissance durable tout en prévoyant un règlement aussi juste que possible pour les créanciers au vu des circonstances
- Motif : la multiplication des problèmes de dette rend nécessaire la réforme des dispositions existantes
Source: "Comment gérer les inconvénients de la dette ?", ANNE O. KRUEGER, Mars 2025.