Inclusion économique et intégrité financière — Allocution lors de la conférence sur le capitalisme inclusif, Par Christine Lagarde, Directrice générale du Fonds monétaire international
IMF News, May 27, 2014
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- Published: May 27, 2014
Contexte et introduction
- Discours préparé pour l’intervention, Londres, 27 mai 2014.
- Thématique centrale : « capitalisme inclusif » — réflexion historique et étymologique sur le capitalisme, ses excès récents et la nécessité de restaurer la confiance.
- Diagnostic initial : excès dans la prise de risques, l’endettement, l’opacité, la complexité et les rémunérations ayant conduit à la Grande Récession et à une érosion profonde de la confiance.
- Sondage cité : moins d’un cinquième des personnes interrogées pensent que les gouvernements ou les dirigeants économiques diraient la vérité au sujet d’une question importante (Edelman Trust Barometer).
Inclusion économique — diagnostic et implications
- Observations factuelles :
- Depuis 1980, le centile le plus riche voit sa part des revenus augmenter dans 24 des 26 pays pour lesquels des données sont disponibles.
- Aux États-Unis, la part du revenu net des 1 % les plus riches a plus que doublé depuis les années 1980, revenant au niveau enregistré à la veille de la crise de 1929.
- Au Royaume‑Uni, en France et en Allemagne, la part des capitaux privés dans le revenu national est remontée au même niveau qu’il y a pratiquement un siècle.
- Les 85 personnes les plus riches du monde sont aussi riches que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, c’est‑à‑dire 3,5 milliards de personnes.
- Une étude du FMI portant sur 173 pays au cours des 50 dernières années conclut que les pays inégalitaires tendaient à afficher une croissance économique moins soutenue et moins durable.
- Effets socio‑politiques identifiés :
- Inégalités élevées freinent la mobilité sociale et limitent l’accès aux services d’éducation et de santé de qualité.
- Concentration accrue des richesses menace la cohésion sociale, la méritocratie et la démocratie.
- Citation morale : le pape François qualifie l’augmentation des inégalités de « source du mal social ».
- Résultats des politiques budgétaires (travaux récents du FMI) :
- Dans les économies avancées, les transferts et la taxation des revenus ont réussi à réduire les inégalités d’en moyenne un tiers.
- Pistes politiques évoquées :
- Accentuer la progressivité des régimes de l’impôt sur les revenus sans les rendre excessifs.
- Faire un meilleur usage des taxes foncières.
- Améliorer l’accès à l’éducation et à la santé.
- S’appuyer davantage sur les programmes actifs du marché du travail et les prestations sociales liées à l’emploi.
- Mise en garde : les politiques de redistribution ont des coûts politiques et ne produisent pas que des gagnants ; la prudence budgétaire est souvent mise sous pression.
Intégrité du système financier — diagnostic
- Perception publique : le secteur financier arrive dernier dans les enquêtes d’opinion en période d’érosion de la confiance.
- Causes de la crise financière :
- Prise excessive de risques par le secteur financier.
- Externalisation des pertes vers les contribuables.
- Problème majeur des établissements « trop gros pour faire faillite ».
- Faits chiffrés sur les mégabanques et leurs risques :
- Pendant la décennie précédant la crise, la taille du bilan des plus grandes banques mondiales a doublé, voire parfois quadruplé.
- Le subventionnement implicite des mégabanques avoisine 70 milliards de dollars aux États‑Unis et jusqu’à 300 milliards dans la zone euro.
- Estimation : en augmentant le ratio de fonds propres des banques d’importance systémique de 2½ % par rapport à la norme Bâle III, il serait possible de réduire d’un quart le risque systémique associé aux banques pesant 1.000 milliards de dollars.
- Autres lacunes structurelles :
- Absence d’un mécanisme de règlement transfrontières pour les mégabanques permettant une liquidation ordonnée en cas de faillite.
- Besoin d’améliorer les règles applicables aux acteurs non bancaires, la surveillance de la finance parallèle et la sécurité/transparence relatives aux dérivés.
- Risque de fragmentation du système financier mondial si les réformes sont mal coordonnées.
Réformes, comportements et culture — recommandations
- Renforcement réglementaire et de supervision :
- Poursuivre la mise en œuvre des exigences plus strictes en matière de fonds propres et de liquidité (travail sous l’égide du Comité de Bâle).
- Accroître les moyens et l’indépendance des autorités de surveillance.
- Mettre en place un mécanisme de règlement transfrontières pour les mégabanques.
- Promouvoir la reconnaissance mutuelle des règles applicables aux marchés de dérivés.
- Atténuation des risques systémiques :
- Appliquer des exigences supplémentaires de fonds propres aux banques d’importance systémique (voir l’estimation de 2½ % et l’effet de réduction d’un quart du risque systémique pour une banque de 1.000 milliards de dollars).
- Changement de culture et d’incitations :
- Réaligner les incitations sur les résultats effectifs, notamment via des principes pour de bonnes pratiques de rémunération (travaux du Conseil de stabilité financière commandés par le G20).
- Favoriser l’éthique, la prudence et la responsabilité : mettre l’accent sur la durabilité, la gestion prudente et la préservation de l’avenir.
- Encourager des investisseurs et des responsables financiers accordant autant d’importance aux valeurs qu’à la valorisation.
- Renforcer les relations étroites entre acteurs financiers, clients et collectivités (référence à Mark Carney).
- Rôle de la société civile et de l’éducation :
- Exercer une surveillance vigilante incluant les acteurs de la société civile.
- Travailler sur le long terme pour façonner des habitudes vertueuses (référence à Aristote : la vertu se forge par l’habitude).
Signes positifs et appel à l’action
- Signes encourageants : émergence d’initiatives telles que l’Inclusive Capitalism Initiative.
- Analogie environnementale : sensibilisation progressive semblable à l’essor de la conscience environnementale.
- Appel central : ne pas abandonner face à la difficulté; privilégier la stabilité financière collective plutôt que des intérêts nationaux étroits.
- Objectif ultime : rendre le capitalisme plus inclusif afin que les gains soient plus largement accessibles, améliorer l’efficacité du marché et augmenter les probabilités d’un avenir meilleur pour tous.
Fonds monétaire international — Christine Lagarde, le 27 mai 2014.