Afrique sub-saharienne

Reprise dans un contexte de grande incertitude

avril 2019

La reprise économique se poursuit en Afrique subsaharienne. La croissance régionale devrait passer de 3% en 2018 à 3,5% en 2019, avant de se stabiliser à un peu moins de 4% à moyen terme. Ces chiffres couvrant toute la région masquent des différences considérables à la fois en termes de croissance et de perspectives entre les différents pays de la région. Environ la moitié des pays de la région, essentiellement les pays pauvres en ressources naturelles, devrait connaître une croissance d’au moins 5% - ce qui aura pour conséquence une augmentation du revenu par habitant plus rapide que la moyenne mondiale à moyen terme. Pour tous les autres pays, majoritairement ceux riches en ressources naturelles, l’amélioration du niveau de vie sera plus lente.

Malgré ces différences en termes de perspectives économiques et de priorités en termes de politiques économiques, les pays de la région ont tous la nécessité d’accroître leur résilience et de générer une croissance plus durable, plus élevée et plus inclusive. Pour relever ces défis, il est important de reconstituer une marge de manœuvre budgétaire et d’accroître la résilience de l’économie aux chocs en augmentant les recettes, tout en adoptant des politiques visant à stimuler la productivité et l’investissement privé.

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Rapport

Texte Intégral


L’expansion mondiale s’essouffle, y compris chez les principaux partenaires commerciaux de la région, comme la Chine et la zone euro ; les tensions commerciales restent fortes ; les conditions financières mon-diales sont volatiles et se sont quelque peu durcies par rapport aux prévisions établies en octobre 2018, et les prix des produits de base devraient rester faibles. Sur le plan intérieur, des chocs climatiques risquent de faire diminuer la production agricole dans le sud de l’Afrique, tandis que les incertitudes relatives aux politiques économiques assombrissent les perspectives de croissance dans plusieurs pays.

  • Les vulnérabilités liées à la dette restent élevées dans certains pays. Les faiblesses des bilans publics pèsent éga-lement sur les positions extérieures : les réserves sont inférieures aux niveaux généralement jugés adéquats dans plus de la moitié des pays de la région.
  • Dans le même temps, le niveau élevé de prêts improductifs continue d’exercer de fortes tensions sur les systèmes financiers, tandis que les insuffisances des systèmes de gestion des finances publiques se traduisent par d’impor-tants arriérés intérieurs, qui pourraient avoir une incidence sur la croissance et les systèmes financiers intérieurs.

Il est actuellement plus difficile encore qu’à l’habitude de répondre aux besoins d’investissement en capital hu-main et physique en raison de la compression de la marge de manœuvre budgétaire et d’un environnement ex-térieur moins porteur. Pour y parvenir, il est essentiel de reconstituer une marge de manœuvre budgétaire, d’ac-croître la résistance de l’économie aux chocs et de favoriser l’émergence d’un environnement propice à une croissance durable, élevée et inclusive. Il serait encore plus ardu de mener cette tâche à bien si les risques de ra-lentissement de la croissance venaient à se matérialiser (par exemple, si la croissance mondiale s’avérait plus faible que prévu dans le scénario de référence). Ce constat souligne la nécessité d’accélérer les réformes et de calibrer l’ampleur et le rythme des ajustements de façon à garantir la compatibilité entre, d’une part, l’inflexion des po-litiques et, d’autre part, la crédibilité des objectifs macroéconomiques à moyen terme, le montant des finance-ments disponibles et la viabilité de la dette. Si les divergences entre pays riches et pays pauvres en ressources naturelles transparaissent dans leurs perspectives de croissance, leurs priorités économiques et le poids de leurs contraintes budgétaires, ces pays ont les mêmes be-soins, à savoir accroître leur résilience et générer une croissance durable, élevée et inclusive. Pour relever ces défis, il serait nécessaire de prendre les mesures suivantes :

  • Accroître les recettes, assurer l’efficience des investissements publics, consolider la gestion des finances publiques, maîtriser les risques budgétaires liés aux entreprises publiques, améliorer les cadres de gestion et de résolution de la dette et accroître la transparence. Il serait également important d’assouplir davantage les taux de change dans les pays qui n’appartiennent pas à une union monétaire, et d’améliorer la politique monétaire et les systèmes financiers. 
  • Accroître la productivité et l’investissement privé, tout en assurant un partage plus équitable des bienfaits d’une plus grande prospérité. Pour cela, il faudra appliquer des mesures visant à rendre les marchés plus contestables et à créer un environnement propice à l’éclosion d’un secteur privé dynamique, notamment en supprimant les principaux freins aux activités des entreprises et à l’approfondissement de l’intégration commerciale (surtout dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale pour l’Afrique — ZLECAf) et en améliorant l’accès aux services financiers et services de base (dont la santé et l’éducation) ainsi que leur prestation.

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Chapitre 1 Deux trajectoires de reprise sur fond de grande incertitude

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La reprise économique devrait se poursuivre en Afrique subsaharienne et le taux de croissance passer, d’après les projections, de 3 % en 2018 à 3,5 % en 2019, avec toutefois des performances économiques toujours divergentes (graphique 1.1).

 

  • Vingt-et-un pays, essentiellement ceux dotés d’une économie plus diversifiée, devraient enregistrer une croissance d’au moins 5 % et rester sur la trajectoire de convergence remarquable de la croissance par habitant sur laquelle ils se trouvent depuis le début des années 2000.

  • Mais la croissance devrait rester anémique à court terme dans les 24 autres pays qui sont davantage tributaires des ressources naturelles, parmi lesquels figurent l’Afrique du Sud et le Nigéria, les deux plus grands pays de la région. Ce groupe de pays abritant les deux tiers environ de la population régionale, il s’ensuit que la majorité des habitants de l’Afrique subsaharienne verra son niveau de vie s’améliorer beaucoup plus lentement.
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    Chapitre 2 Les conséquences économiques des conflits

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    Les conflits armés, sous leurs différentes formes et ma-nifestations, sont encore très répandus dans le monde1. Après la diminution du nombre et du degré d’inten-sité des conflits en Afrique subsaharienne amorcée au début des années 2000, la région a connu un regain de violence ces dernières années, parallèlement à l’aug-mentation des conflits dans le reste du monde. Dans l’ensemble, environ un tiers des pays de la région ont été touchés par un conflit ces dernières années.

     

    Comme l’histoire l’a souvent montré, les conflits sont la cause de souffrances humaines incommensurables et engendrent des coûts élevés sur les plans écono-mique et social. Les pertes de vies humaines, la des-truction d’infrastructures, de capital humain et d’ins-titutions, l’instabilité politique et les incertitudes accrues liées aux conflits peuvent entraver l’investisse-ment et la croissance économique, non seulement au moment des affrontements, mais aussi après, rendant difficile une sortie du « piège du conflit »2. En outre, les conflits pèsent généralement sur les dépenses pu-bliques : les recettes tendent à diminuer, du fait de la réduction de l’assiette fiscale, et les recettes militaires, à augmenter. Il s’ensuit un accroissement du déficit budgétaire et de la dette publique ainsi qu’une réo-rientation des ressources au détriment des dépenses sociales et de développement, ce qui accentue encore la fragilisation des économies due aux conflits. 

     

    À l’échelle régionale, les conflits posent un problème supplémentaire du fait des risques de répercussion. Les conflits peuvent se propager aux pays voisins — réper-cussions directes (Hegre et Sambanis, 2006) —, mais aussi avoir des répercussions indirectes : ralentissement de l’activité économique (par exemple, sous l’effet d’une accentuation des incertitudes ou d’une pertur-bation des échanges) ou émergence de pressions so-ciales (en raison, notamment, de l’afflux massif de ré-fugiés) dans les pays proches, même lorsque ces pays ne prennent pas part au conflit (Murdoch et Sandler, 2002 ; Gomez et al., 2010 ; Qureshi, 2013). 

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    Chapitre 3 La zone de libre-échange continentale changera-t-elle la donne en Afrique ?

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    En 2018, les pays membres de l’Union africaine ont donné un sérieux coup de pouce à l’intégration commerciale et économique régionale en créant la Zone de libre-échange continentale pour l’Afrique (ZLECAf). Ils sont convenus de supprimer les droits de douane sur la plupart des marchandises, de libé-raliser le commerce des principaux services, de s’atta-quer aux obstacles non tarifaires freinant les échanges commerciaux intrarégionaux, puis de créer un marché unique continental où la main-d’œuvre et les capitaux circuleront librement. Même si certains aspects sont en cours de négociation, l’accord sur la ZLECAf a été ra-tifié par 22 pays et devrait entrer en vigueur en 2019. Quand elle sera opérationnelle, la ZLECAf constituera un marché de 1,2 milliard d’individus représentant 2.500 milliards de dollars de PIB cumulé. Cette nou-velle entité pourrait changer la donne sur le continent1

     

    L’intégration commerciale peut contribuer à faire dé-coller le développement et a été à l’origine de réus-sites spectaculaires sur d’autres continents (voir FMI, 2018a). Elle permet aux pays de se spécialiser dans la production des biens et des services pour lesquels ils détiennent un avantage comparatif et d’exploiter les économies d’échelle, ce qui dope la productivité et la croissance. L’intégration commerciale peut également favoriser les transformations structurelles en assurant la diffusion de connaissances et de technologies et en facilitant la conception de nouveaux produits (voir FMI, 2016). La création d’une grande zone de libre-échange en Afrique amplifiera le potentiel de trans-formation économique de la région. Cela aura pour double effet de stimuler le commerce intrarégional et d’attirer plus d’investissement direct étranger et de faciliter la création de chaînes d’approvisionnement régionales, qui ont été des moteurs importants de la transformation économique dans d’autres régions.

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    Appendice statistique

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    Sauf indication contraire, les données et projections utilisées dans ce rapport reposent sur les estimations des services du FMI au 30 mars 2019 et correspondent à celles qui ont servi pour l’édition d’avril 2019 des Perspectives de l’économie mondiale (PEM).

     

    La base de données et les projections couvrent 45 pays d’Afrique subsaharienne qui relèvent du département Afrique. Les données obéissent, dans la mesure du pos-sible, aux méthodes statistiques internationalement re-connues ; toutefois, le manque de données limite dans certains cas la portée des comparaisons internationales.