L’arme des sanctions
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- L’arme des sanctions
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- Authors: Nicholas Mulder
- Published: June 30, 2022
Synthèse et constat général
- Jamais depuis les années 30 une économie de la taille de la Russie n’a été soumise à un tel arsenal de restrictions commerciales que celles imposées en réaction à son invasion de l’Ukraine.
- La Russie est la 11e économie mondiale.
- Les sanctions imposées à la Russie ont été appliquées par 38 gouvernements d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie, accompagnées de mesures adoptées par les entreprises et les banques du monde entier.
- Les ports ukrainiens sur la mer Noire sont fermés en raison des combats, immobilisant ses exportations de blé, de maïs, d’huile de tournesol et d’autres marchandises.
- Les sanctions draconiennes contre la Russie se sont greffées à la crise mondiale des chaînes d’approvisionnement et aux perturbations du commerce ukrainien dues à la guerre pour provoquer un choc économique d’une puissance inouïe. Des sanctions supplémentaires sur les exportations russes de pétrole et de gaz amplifieraient encore ces effets.
Indicateurs et données clés
- Prix des denrées alimentaires dans le monde : augmentation de 28 % en 2020 et de 23 % en 2021, et bond de 17 % entre février et mars de cette année.
- Ratio commerce/PIB de la Russie : 46 % (Banque mondiale).
- Parmi les sept plus grands pays émergents, seuls le Mexique et la Turquie ont présenté des ratios commerce/PIB plus élevés en 2020 : 78 % et 61 %.
- En octobre 1935, la Société des Nations a mis en œuvre des sanctions contre l’Italie appliquées par 52 des quelque 60 États souverains du monde à cette époque.
- Italie (période 1935–36) : production industrielle en baisse de 21,2 % entre octobre 1935 et juin 1936; exportations en chute de 47 % dans les cinq premiers mois de sanctions avant de se stabiliser aux deux tiers environ de leur niveau préalable.
- Japon (été 1939–fin 1941) : le commerce du Japon avait chuté de 20 à 25 % en seulement 18 mois.
Analyse historique comparée
- Les régimes de sanctions stricts de la guerre froide (Rhodesie, Afrique du Sud, Cuba, Iran) ciblaient des économies de moindre poids dans le commerce mondial ; la Russie se situe dans une tout autre catégorie du fait de son importance comme exportateur de pétrole, de céréales et d’autres produits de base essentiels.
- Les années 30 constituaient un contexte de crise agraire, d’effondrement monétaire et de ralentissement des échanges : sanctions déployées dans un monde en autarcie croissante produisirent des dégâts modérés mais favorisèrent l’escalade militaire.
- Aujourd’hui, le ratio commerce/PIB mondial est beaucoup plus élevé et le système financier mondial est fortement intégré, reposant sur le dollar ; l’économie est confrontée à une forte pression inflationniste plutôt qu’à une déflation généralisée.
Canaux de transmission et effets économiques
- Canaux inchangés mais élargis : hausse des prix des produits de base et des coûts de transaction, augmentation des perturbations de l’offre et des pertes commerciales.
- Les sanctions contre une grande économie intégrée exercent une pression sur les factures d’importation et sur les finances publiques des pays émergents et des pays en développement importateurs nets de produits de base, augmentant leur exposition à une crise de la balance des paiements.
- Les éléments susceptibles d’affaiblir l’impact des sanctions modernes incluent la réorientation et le détournement des échanges.
- La mondialisation accroît à la fois les coûts économiques du recours aux sanctions contre de grandes économies et la capacité de ces pays à engager des représailles économiques et technologiques plutôt que militaires.
Implications politiques et choix possibles
- Les décideurs disposent aujourd’hui d’outils pour éviter une répétition des années 30 : diversification des sources d’approvisionnement, capacité budgétaire et d’intervention plus forte dans les pays avancés.
- La décision d’utiliser ces atouts pour amortir le choc des sanctions est un choix politique.
- De nombreux pays émergents et pays en développement font face à une conjonction de problèmes : fort endettement, coût élevé de transition vers les énergies renouvelables, hausse des taux d’intérêt et stagflation mondiale.
- Les gouvernements des pays du G7 et de l’Union européenne qui imposent des sanctions doivent prendre au sérieux la tâche de leur apporter un soutien économique.
Recommandations politiques proposées
- Premièrement, les pays avancés devront privilégier les investissements en infrastructures à long terme pour atténuer les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, tandis que les pays émergents et les pays en développement devront faire des mesures de soutien au revenu une priorité.
- Deuxièmement, les banques centrales des pays avancés devront éviter de resserrer rapidement leur politique monétaire pour empêcher la fuite des capitaux des pays émergents.
- Troisièmement, les problèmes d’endettement et de balance des paiements qui surgissent dans les pays en développement peuvent être résolus par une restructuration de leur dette et une augmentation de leurs allocations de droits de tirage spéciaux du FMI, type de monnaie de réserve internationale.
- Quatrièmement, l’aide humanitaire devra être élargie aux pays en difficulté, en particulier sous forme de nourriture et de médicaments.
- Cinquièmement, les principaux blocs économiques du monde devront veiller à mieux organiser leur demande de produits alimentaires et énergétiques afin d’alléger les pressions sur les prix provoquées par l’accumulation de stocks et la surenchère concurrentielle.
Scénarios et horizons
- Si les mesures d’atténuation proposées ne sont pas prises dans les quelques mois qui viennent, il sera justifié de gravement s’inquiéter des perspectives économiques mondiales pour 2022 et au-delà.
- Des sanctions supplémentaires sur les exportations russes de pétrole et de gaz amplifieraient encore les effets inflationnistes et les perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Résumé basé sur "L’arme des sanctions", NICHOLAS MULDER, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Juin 2022.