Selon DeLisle Worrell, si un petit pays n’est pas en mesure d’arrimer sa monnaie à une autre devise, la meilleure solution de repli n’est pas de se doter d’un régime de change flexible, mais de purement et simplement abolir sa monnaie locale et de donner cours légal à la monnaie dominante — en l’occurrence, pour les Caraïbes, le dollar. Cela permet d’écarter une source éventuelle d’instabilité et d’éviter un financement monétaire du déficit public par la banque centrale, qui risquerait de compromettre la discipline budgétaire de l’État. L’auteur est d’avis que les petits pays des Caraïbes devraient emboîter le pas aux pays du continent américain qui ont renoncé à leurs monnaies nationales.
Lorsque la politique monétaire est limitée ou inexistante, la politique budgétaire se retrouve au centre de la politique économique : s’agissant de la politique et de l’administration fiscales, des dépenses publiques et des salaires des fonctionnaires, de la gestion de la dette et de la gestion des entreprises publiques, les petits pays n’ont pas droit à l’erreur. L’efficacité des services publics revêt une importance particulière, or elle laisse à désirer dans les pays des Caraïbes. Les crédits budgétaires alloués à la santé et à l’éducation doivent être suffisamment élevés pour améliorer les indicateurs de développement humain, et partant, la compétitivité vis-à-vis du reste du monde. Étant donné que l’essentiel des besoins de consommation est couvert par des importations, une politique budgétaire imprudente entraîne immanquablement un épuisement des réserves de change et, in fine, une crise de la balance des paiements, chose courante dans les Caraïbes.
À la Barbade, les crises de la balance des paiements survenues en 1991 et en 2018 ont toutes les deux trouvé leur source dans des défaillances de la politique budgétaire, et leur remède dans des politiques axées sur le rééquilibrage des finances publiques et le maintien du taux de change fixe, dans le contexte d’un programme appuyé par le FMI. En analysant ce qui a fonctionné et ce qui a échoué dans les programmes d’ajustement macroéconomique mis en œuvre dans les Caraïbes, DeLisle Worrell nous donne beaucoup à réfléchir.