Le commerce favorise l’égalité entre les sexes et le développement
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- Authors: NADIA ROCHA, ROBERTA PIERMARTINI
- Published: June 29, 2023
Contexte et message central
- L’égalité entre les sexes est un droit fondamental et un impératif économique; tirer pleinement parti des compétences et de la force de travail de toute la population est économiquement bénéfique.
- Le commerce international est une piste prometteuse pour promouvoir l’égalité hommes–femmes, particulièrement dans les pays en développement, sous réserve de l’action déterminée des pouvoirs publics.
- Un obstacle majeur à l’analyse est le manque de données ventilées par sexe sur la consommation, les professions et les secteurs d’emploi des femmes.
Incidence du commerce sur les femmes — constats principaux
- Les exportateurs emploient davantage de femmes :
- Dans les pays en développement, les femmes représentent 33 % des effectifs des sociétés exportatrices, contre 24 % de ceux des entreprises non exportatrices.
- Les entreprises intégrées aux chaînes de valeur mondiales ou comptant des investisseurs étrangers emploient en moyenne 11 à 12 % de femmes de plus que les autres entreprises.
- Effets sur les salaires et les inégalités :
- La part des femmes dans la masse salariale totale augmente parce que les sociétés exportatrices versent de meilleurs salaires et recrutent davantage de femmes.
- Un doublement de la valeur des exportations dans le secteur manufacturier d’un pays ferait passer la part moyenne des femmes dans la masse salariale de 24 % à environ 30 %.
- Dans une étude sur la zone de libre-échange continentale africaine, d’ici à 2035, les salaires des femmes qualifiées et non qualifiées pourraient augmenter de respectivement 4 % et 3,7 % (par rapport au scénario de référence), contre une progression de 3,2 % pour les hommes à tous les niveaux de compétences.
- Création d’emplois formels et réduction de l’informalité :
- Dans les secteurs hautement intégrés, 13 % des femmes exercent un emploi informel, contre 20 % dans des secteurs moins intégrés.
- Pour les hommes, la probabilité d’occuper un emploi informel passe de 9,5 % dans les secteurs moins intégrés à 5,0 % dans les secteurs fortement intégrés.
- Impact sur revenus et consommation des ménages :
- La suppression des droits de douane accroîtrait le revenu réel moyen pour les ménages dirigés par une femme par rapport à ceux dirigés par un homme dans plus des trois quarts des 54 pays en développement étudiés.
- En moyenne, la hausse du revenu réel découlant de la suppression des droits de douane serait supérieure de 2,5 % pour les ménages dirigés par une femme comparativement à ceux ayant un homme à leur tête.
- Dans des pays comme le Burkina Faso et le Cameroun, cette progression équivaut à un an de dépenses d’éducation ou de santé.
Tendances mondiales favorables aux femmes dans le commerce
- Développement des échanges de services :
- Les services emploient un pourcentage de femmes plus élevé que l’agriculture et l’industrie manufacturière.
- Selon l’Organisation internationale du Travail, en 2000, 46 % des travailleurs de l’ensemble des secteurs de service étaient des femmes; cette proportion a atteint quelque 58 % en 2020.
- Croissance des chaînes de valeur mondiales :
- Pour les femmes travaillant dans ces chaînes, la probabilité d’être dans la population active formelle est plus élevée de 10 points de pourcentage par rapport aux femmes opérant dans des secteurs peu intégrés.
- Ces chaînes relient mieux les micro et petites entreprises et les petites exploitations agricoles dirigées par des femmes aux marchés internationaux.
- Essor du commerce numérique :
- Les technologies numériques aident à surmonter des obstacles (accès limité au financement et à l’éducation, mobilité restreinte).
- Exemples observés : environ la moitié des entrepreneurs sur les plateformes Alibaba sont des femmes, contre un quart pour tous les entrepreneurs en Chine.
- Le commerce en ligne dans les services d’éducation et de santé améliore l’accès des femmes à ces services et crée des perspectives d’emploi dans des secteurs moins discriminatoires.
Obstacles, effets négatifs et vulnérabilités
- Tarif rose et barrières commerciales :
- En moyenne, les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre féminine (aliments et boissons, textile et habillement) sont soumis à des droits de douane plus élevés sur les facteurs de production.
- En Inde, ce « tarif rose » représente 6 points de pourcentage.
- Coûts non tarifaires et contraintes pour PME dirigées par des femmes :
- Les normes de produits et mesures réglementaires constituent souvent un coût fixe en commerce international; la charge est plus lourde pour les petites et moyennes entreprises, souvent détenues par des femmes.
- Obstacles supplémentaires : accès restreint aux crédits commerciaux, risque plus élevé d’extorsion et de harcèlement physique à la frontière, procédures administratives complexes.
- Pandémie et tensions géopolitiques :
- En 2020, la crise due à la pandémie a détruit 4,2 % des emplois occupés par des femmes à l’échelle mondiale (soit une perte de 54 millions d’emplois), contre 3 % de ceux occupés par des hommes (soit une perte de 60 millions d’emplois).
- La perte de revenus pour les femmes s’est élevée à 800 milliards de dollars, sans tenir compte des pertes dans l’emploi informel.
- Les pressions protectionnistes, la réorganisation des chaînes de valeur mondiales et les tensions géopolitiques menacent de compromettre les progrès réalisés en matière d’égalité entre les sexes.
Recommandations de politique publique et mesures complémentaires
- Corriger les mesures tarifaires et non tarifaires qui désavantagent les femmes :
- Réviser les droits de douane sur les facteurs de production dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre féminine.
- Simplifier et harmoniser les normes réglementaires et les procédures pour réduire les coûts fixes qui pèsent sur les petites exportatrices.
- Facilitation des échanges et coopération internationale :
- Coopération ciblée sur la politique commerciale pour combler les disparités hommes–femmes en matière de droits de douane et simplifier les normes réglementaires relatives aux biens traversant les frontières.
- Mesures pour améliorer l’accès aux ressources et aux compétences :
- Renforcer l’accès à l’éducation, aux ressources financières, aux technologies numériques et à l’information.
- Concevoir des mesures coordonnées et complémentaires pour lever les obstacles concrets (contraintes horaires, faible mobilité géographique liées à des responsabilités familiales).
- Politiques du marché du travail :
- Mettre en place des politiques pour aider les femmes à acquérir de nouvelles compétences et à s’installer sur de nouveaux sites lorsque les avantages comparatifs évoluent.
- Renforcer les données et la recherche :
- Produire davantage de données ventilées par sexe et d’études sur l’incidence du commerce sur les femmes afin d’éclairer la conception des politiques.
Texte de Nadia Rocha et Roberta Piermartini, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Juin 2023.
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