Pourquoi nous n’avons pas vu venir la poussée inflationniste
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- Authors: Christoffer Koch, DIAA NOURELDIN
- Published: April 13, 2023
Synthèse
- Le gonflement rapide et la persistance de la vague actuelle d’inflation mondiale ont largement échappé aux prévisionnistes, y compris ceux du FMI.
- Le FMI a disséqué ses erreurs de prévision de l’« inflation hors alimentation et énergie » pour différents pays afin d’identifier les facteurs expliquant ces sous-estimations.
- Analyses menées : analyses ex post (ce que nous savons aujourd’hui) et ex ante (ce que nous savions alors mais n’avons pas suffisamment intégré).
Facteurs de sous-estimation identifiés
- Redressement de la demande plus fort que prévu
- Les projections des déficits de production pour 2021 indiquaient une forte contraction, mais, a posteriori, la chute de la production par rapport au potentiel n’était pas si catastrophique.
- Dans la majorité des pays du monde, qui représentent ensemble près de 80 % du PIB mondial, les déficits de production étaient inférieurs aux prévisions du début 2021, indiquant une demande se redressant plus rapidement que prévu.
- Exemples de pays où le redressement plus rapide s’est accompagné d’une inflation plus forte que prévu : Nouvelle-Zélande, Singapour et Türkiye.
- L’effet était plus net en 2021 qu’en 2022, suggérant le rôle éventuel d’une surstimulation de la demande pendant la phase initiale de redressement post-pandémie.
- Tensions sur les chaînes d’approvisionnement coïncidant avec une reprise vigoureuse de la demande
- Les goulets d’étranglement ont résulté d’un choc combiné de la demande et de l’offre pendant les confinements initiaux — demande de biens en forte hausse et offre temporairement contractée.
- Pays où la contribution de la demande aux perturbations des chaînes d’approvisionnement était plus grande ont enregistré des erreurs de prévision plus importantes : Brésil, Nouvelle-Zélande; dans une moindre mesure, Canada et États-Unis.
- Réorientation de la demande des services vers les produits
- Le report de la demande des services vers les produits a inversé temporairement la tendance observée les deux ou trois dernières décennies (inflation des produits inférieure à celle des services).
- Dans les pays où ce revirement a été brutal, les erreurs de prévision ont été plus importantes.
- Exemple chiffré : au Brésil, au Chili et aux États-Unis, « l’inflation hors alimentation et énergie des produits en 2021 était plus de deux fois supérieure à celle des services ».
- Resserrement du marché du travail
- Marchés du travail particulièrement tendus selon le ratio offres d’emploi/chômage en Australie, au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni.
- Forte corrélation entre tension du marché du travail et ampleur des erreurs de prévision de l’« inflation hors alimentation et énergie ».
Relance budgétaire et rôle des politiques
- La relance budgétaire anti-COVID-19 annoncée en 2020 est une information dont disposaient les prévisionnistes et est positivement corrélée avec les erreurs de prévision de l’« inflation hors alimentation et énergie » dans les pays avancés en 2021.
- Cette corrélation positive concerne principalement l’Australie, le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni — pays où les marchés du travail étaient déjà particulièrement tendus au début de la pandémie.
- Un examen approfondi suggère que les erreurs de prévision sont davantage liées à une mauvaise évaluation des contraintes de l’offre (y compris sur les marchés du travail) qu’à une simple sous-estimation de l’impact des mesures budgétaires sur le rebond de l’activité.
Arbitrages politiques et enseignements pour l’avenir
- En 2020, les décideurs faisaient face à un arbitrage : une relance trop timide risquait des séquelles durables; une relance excessive risquait de surstimuler l’économie et de déclencher l’inflation.
- Le contexte d’inflation trop faible avant la pandémie a pu pousser les autorités à privilégier des interventions budgétaires de grande ampleur.
- Recommandations et implications :
- À l’avenir, les prévisions d’inflation doivent mieux tenir compte de l’incidence des politiques budgétaires, surtout lorsque les contraintes du côté de l’offre amplifient les effets de l’excès de demande sur l’inflation.
- Il faudra comparer les trajectoires observées avec le scénario contrefactuel de séquelles durables pour juger pleinement de la pertinence des choix de relance pris en 2020.
- Les décideurs et prévisionnistes doivent reconnaître la difficulté d’analyser des données en temps réel et l’importance d’intégrer plus rapidement les signes de tensions côté offre (y compris sur les marchés du travail) dans leurs évaluations des risques inflationnistes.
Méthodologie de l’analyse
- Comparaison des prévisions publiées trimestriellement dans les Perspectives de l’économie mondiale et des résultats observés.
- Approche combinant analyses ex post et ex ante pour distinguer ce qui pouvait être apparent à l’époque de ce qui n’apparaît que rétrospectivement.
Pourquoi nous n’avons pas vu venir la poussée inflationniste — Christoffer Koch, DIAA NOURELDIN, Mars 2023.