Économie et contes de fées
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- Authors: ZACHARY CARTER
- Published: September 13, 2024
Vue d’ensemble
- Auteur : ZACHARY CARTER, chercheur associé au Carnegie Endowment for International Peace et auteur de The Price of Peace: Money, Democracy, and the Life of John Maynard Keynes.
- Publication : FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Septembre 2024.
- Thèse centrale : John Maynard Keynes voyait les institutions de Bretton Woods (la Banque mondiale et le Fonds monétaire international) comme l’incarnation d’un idéal internationaliste et coopératif visant à promouvoir la reconstruction, le développement et la concorde internationale, et non seulement comme des instruments techniques ou administratifs.
Keynes et l’idéal de Bretton Woods
- Contexte narratif et symbolique :
- Discours à Savannah, dans la tiédeur de l’hiver finissant, où Keynes invoque les fées de « La Belle au bois dormant ».
- Référence culturelle : ballet de Tchaïkovski, conte des frères Grimm, origines dans un récit populaire médiéval français — soulignant l’internationalisme et l’intemporalité de l’histoire.
- Souhaits formulés pour les « jumeaux » (Banque mondiale et FMI) :
- Un manteau bigarré — rappel de leur appartenance au monde entier.
- Un cocktail de vitamines — énergie et intrépidité.
- Le don de sagesse, de patience et de discrétion — gagner la confiance des populations dans le besoin.
- Chronologie et étapes clés :
- « l’un des discours les plus enjoués » parmi « ses trente années de vie publique » et « l’un de ses derniers ».
- Réactions et implications lors de la conférence de 1944 organisée dans les montagnes du New Hampshire.
Conception de la coopération internationale et de l’économie
- Critique des lectures strictes de l’avantage comparatif :
- Keynes s’efforce, durant « les quinze dernières années de sa vie », de montrer que la théorie de Ricardo ne supplante pas la coopération, la réciprocité et l’échange culturel.
- L’économie mondiale dépasse le cadre simplifié de deux produits ; les progrès technologiques réduisent l’importance des seuls gains d’efficacité liés à la libéralisation.
- Position sur le libre-échange vs politiques de développement :
- Opposition aux propositions de Cordell Hull (secrétaire d’État des États-Unis) à Bretton Woods — Keynes raillant ces propositions.
- Importance de préserver un équilibre et de reconnaître la diversité des besoins de développement nationaux.
- Fin des années 40 : nécessité de reconstruire les régions dévastées par la guerre et d’industrialiser les pays pauvres exclus de la croissance précédente.
- Rôle possible des droits de douane et des subventions pour développer ou reconstruire des secteurs industriels.
Implications pour la crise climatique et les technologies vertes
- Nouveaux besoins de développement liés au changement climatique :
- « Aucune nation ne peut espérer atténuer la menace qui pèse sur la planète sans rapidement mettre au point et déployer de nouvelles technologies propres. »
- Les instruments traditionnels d’après-guerre ne suffisent plus ; adaptations nécessaires.
- Rôle des politiques industrielles :
- Droits de douane, subventions et entreprises publiques — longtemps critiqués — pourront « jouer certainement un rôle essentiel » dans le développement d’un marché industriel mondial respectueux de l’environnement.
- Les technologies vertes constituent « un secteur naissant qui nécessite beaucoup plus de protection que de discipline. »
- Risque de domination par les premiers entrants :
- Sans interventions et protections, les principes de l’avantage comparatif favoriseront « les premiers entrants dans le domaine des technologies vertes », conduisant à une concentration des bénéfices chez « quelques nations privilégiées ».
Risques institutionnels et recommandations implicites
- Crainte principale de Keynes :
- Que le FMI et la Banque mondiale deviennent « des instruments de la puissance américaine » plutôt que des organismes internationaux réellement indépendants.
- Constat historique : le refus de l’Union soviétique de ratifier les accords de Bretton Woods a limité la représentation plurielle des institutions.
- Rôle unique des institutions internationales :
- En aidant les pays membres à « mettre en œuvre une large palette de politiques économiques » pour maîtriser de nouvelles technologies et acquérir de nouvelles compétences, les institutions de Bretton Woods peuvent catalyser des transformations utiles pour le climat et la concorde internationale.
- Seules des institutions internationales disposent d’une chance raisonnable de jouer ce rôle à grande échelle.
Conclusion et perspective temporelle
- Réalisme et optimisme prudents :
- Keynes conscient que coordination et coopération internationales relèvent d’un « vœu pieu » difficile à réaliser ; distinction difficile entre « grands principes » et « vaines platitudes ».
- Nécessité de persévérance et de dévouement pour faire vivre les idéaux.
- Horizon temporel évoqué :
- Si une institution internationale peut « exister pendant 80 ans et survivre à la guerre froide et au XXe siècle », il n’est pas déraisonnable d’espérer qu’elle puisse servir d’enceinte de coopération innovante « au cours des 80 prochaines années ».
- Invitation finale :
- Comme Keynes à Savannah, souhaitons que cela soit de bon augure, « quoi qu’en décident les fées. »
Économie et contes de fées — ZACHARY CARTER, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Septembre 2024.