De l’abondance à la pénurie
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- Authors: ANDREA PESCATORI, MARTIN STUERMER
- Published: December 14, 2022
Aperçu
- L’abondance de sources d’énergie peu coûteuses a laissé place à la pénurie, dans le contexte de la faiblesse des investissements et de la guerre.
- Dernière décennie : croissance rapide de la production d’hydrocarbures et d’énergies renouvelables, désormais dépassée par la crise énergétique, surtout en Europe.
- Les prix élevés de l’énergie sont l’une des principales causes de la forte inflation et un important frein à la croissance économique à travers le monde.
Évolution des investissements et de la production
- Les investissements pétroliers et gaziers ont augmenté mondialement à partir du début du siècle pour culminer en 2014.
- Après l’effondrement des prix de l’énergie en 2014, les investissements pétroliers et gaziers ont diminué sensiblement à l’échelle mondiale.
- Investissements dans les énergies renouvelables : inférieurs à l’objectif de zéro émission nette à l’horizon 2050 fixé par les Nations Unies de quelque 1 000 milliards de dollars par an, d’après l’AIE.
- Conséquence : déficit d’investissement en énergie à l’échelle mondiale.
- Part du gaz dans la production totale d’énergie primaire mondiale : de 16 % en 2010 à 22 % en 2021.
- Dans les pays de l’OCDE, part du gaz dans la production d’électricité : de 23 % à 30 % entre 2010 et 2021.
Chocs récents et rôle de la guerre en Ukraine
- En 2021, marchés du gaz déjà déséquilibrés : hiver froid, faible production d’électricité renouvelable en Europe et au Brésil, et rebond rapide de la consommation mondiale de gaz après la pandémie.
- Réduction des flux de gaz russe vers l’Europe à partir de la mi-2021 ; Gazprom a décidé de ne pas remplir ses installations de stockage en Europe centrale.
- Prix du gaz européen et asiatique : multipliés par près de sept, passant de 4,90 dollars par million d’unités thermiques britanniques au quatrième trimestre de 2019 à 33 dollars au quatrième trimestre de 2021.
- Prix du pétrole : 78 dollars le baril au quatrième trimestre de 2021, soit seulement 18 dollars de plus que huit trimestres auparavant.
- Prix du charbon : plus que doublé, passant de 73 dollars à 182 dollars la tonne durant la même période.
- Depuis l’invasion de l’Ukraine : prix du gaz en Europe au troisième trimestre de 2022 grimpés de 75 % (six mois après le début du conflit); prix du pétrole augmentés de 15 % depuis l’invasion.
Différences structurelles entre marchés du gaz et du pétrole
- Marchés du gaz fragmentés :
- Essentiellement basés sur des infrastructures de pipeline ; environ un quart seulement des marchés gaziers mondiaux sont intégrés.
- Gazoducs/terminaux limitent l’arbitrage entre régions ; la Russie manque de capacité de réacheminement suffisant pour remplacer ses exportations perdues vers l’Europe.
- La diminution des flux de gaz russe équivaut à environ 17 % de la consommation de gaz en Europe et des importations de GNL hors Europe cumulées qui disparaissent du marché.
- Ajustements nécessitent des hausses de prix multiples en raison de la faible élasticité de l’offre et de la demande.
- Les subventions aux prix et autres distorsions empêchant les signaux-prix d’opérer ne sont pas utiles ; si les marchés ne s’ajustent pas, le rationnement devient l’unique option.
- Marchés pétroliers intégrés :
- Infrastructures de transport et de transformation permettent arbitrage et réacheminement ; élasticité-prix de l’offre et de la demande plus élevée.
- Le marché pétrolier n’a pas subi de choc physique d’offre lié à la guerre : exportations de pétrole russe stables en 2022.
- Perturbations absorbées en partie par un creusement de l’écart entre le Brent et le pétrole russe (pétrole russe vendu avec une décote), encourageant le réacheminement vers l’Inde, la Chine et d’autres pays.
- Réserves stratégiques de pétrole débloquées pour contenir la hausse des prix.
- Ralentissement de l’activité économique en Chine et mondial exerce une pression à la baisse sur les prix du pétrole.
Retombées sur les marchés de l’électricité
- Prix de gros de l’électricité en Europe évoluent parallèlement à ceux du gaz, car le coût marginal de production le plus élevé (souvent des centrales au gaz) fixe les prix.
- Prix de l’électricité extrêmement volatils ; récemment culminés à sept fois leur niveau de début 2021, même dans des pays comme l’Espagne et le Portugal.
- Effet inégal selon pays en raison de :
- Goulets d’étranglement d’infrastructures,
- Différences de répartition des sources de production d’électricité,
- Disparités relatives aux subventions ou aux plafonds de prix.
- Résultat : grand écart de prix de gros de l’énergie au sein de l’Europe.
Recommandations de politique publique
- Favoriser l’intégration des marchés mondiaux du gaz naturel et des marchés régionaux de l’électricité.
- Soutenir les énergies renouvelables.
- Aider à la construction d’infrastructures pour la liquéfaction et les échanges de gaz (terminaux de liquéfaction et de regazéification) ainsi que de réseaux de transport d’électricité plus denses.
- Protéger les ménages vulnérables au moyen de paiements forfaitaires et d’autres mécanismes tout en préservant les signaux-prix pour permettre les ajustements du marché.
- Objectif : remplacer les livraisons d’énergie par la Russie et faire face au caractère intermittent des énergies renouvelables.
Andrea Pescatori et Martin Stuermer, “De l’abondance à la pénurie”, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Décembre 2022.