La nouvelle vague de nationalisations
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- La nouvelle vague de nationalisations
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- Authors: Nicholas Mulder
- Published: June 30, 2026
Aperçu et portée
- Les États prennent le contrôle d’entreprises et de ressources privées à un rythme jamais vu en cinquante ans.
- Entre 2016 et 2026, on estime qu’entre 239 et 544 milliards d’actifs ont été nationalisés.
- La vague actuelle se manifeste sur tous les continents et vise des biens détenus par des citoyens nationaux et des investisseurs étrangers (exemples cités : services publics, électricité, chantiers navals, chemins de fer, sidérurgie, ports, usines, producteur de terres rares, lithium, or, uranium, nickel, huile de palme).
Moteurs de la nouvelle vague
- Instabilité géopolitique.
- Bouleversements des marchés des produits de base.
- Essor des énergies renouvelables et nationalisation des minéraux nécessaires à ces technologies.
- Considérations de sécurité nationale et volonté des États de maîtriser des ressources « vitales ou stratégiques ».
- Effets d’urgence politique, conditions monétaires, et mobilité des capitaux comme facteurs conjoncturels déterminants.
Caractéristiques historiques et comparaison des vagues
- C’est la quatrième grande vague de nationalisations du siècle dernier.
- Les vagues répondent à une conjonction d’urgence politique, de conditions monétaires et de mobilité des capitaux.
- Première vague (années 30)
- Contexte : effondrement du libre-échange et de la libre circulation des capitaux après la Grande Dépression.
- Actions : nationalisation partielle ou totale du système bancaire (exemples chiffrés : aux États-Unis, environ un tiers du capital financier nationalisé entre 1931 et 1935; en Allemagne, plus de la moitié des fonds propres des banques passèrent à l’État; en Italie, 20 % des actifs financiers et industriels privés nationalisés entre 1931 et 1933).
- Effets : prévention de faillites à court terme; segmentation des marchés nationaux et réduction des échanges et investissements internationaux.
- Deuxième vague (fin des années 40)
- Contexte : reconstruction d’après-guerre, système de changes fixes de Bretton Woods.
- Actions : émergence d’un modèle d’économie mixte; nationalisations systématiques et progressives (exemples : Royaume-Uni — Banque d’Angleterre, aéronautique, charbon, téléphonie, transports, électricité, gaz, fer, sidérurgie; France — Banque de France, établissements financiers privés détenant 80 % des dépôts bancaires, charbon, électricité, téléphonie).
- Effets : mobilisation d’investissements publics massifs favorisant une croissance rapide; inefficiences compensées par maîtrise politique des investissements prioritaires.
- Troisième vague (années 70)
- Contexte : décolonisation, fin de Bretton Woods, chocs énergétiques et pressions inflationnistes.
- Actions : accélération des expropriations après 1971; pic en 1975 avec 28 pays procédant à 83 expropriations.
- Chiffres : entre 1971 et 1980, les pays en développement nationalisèrent pour au moins 26 milliards de dollars d’actifs sous contrôle étranger, soit 11 % du total des investissements directs étrangers à destination des pays en développement en 1980.
- Effets : hausse de la dette souveraine des pays ayant indemnisé les investisseurs; crises de la dette au début des années 80; privatisations ultérieures avec la réintégration des marchés des capitaux.
Quatre-vingtième vague : années 2020 (singularités)
- Origines récentes : prises de contrôle en urgence après la crise financière mondiale de 2008, nationalisations pérennes depuis la fin des années 2010.
- Chocs déclencheurs récents : pandémie de COVID-19 en 2020; flambée des cours des produits de base liée à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
- Exemples contemporains : Russie — saisies de ports, usines et entreprises du secteur de la consommation pour plus de 48 milliards de dollars; États-Unis — principal actionnaire de l’unique producteur de terres rares américain; France et Allemagne — contrôles d’entreprises de services publics et d’électricité; Royaume-Uni — nationalisation des chemins de fer et de la sidérurgie.
- Particularités : nationalisations motivées par le changement climatique (minéraux pour énergies renouvelables), sécurité nationale et priorités géoéconomiques; peuvent rendre plus risqués les investissements directs entre adversaires stratégiques mais pas nécessairement réduire l’intégration économique et financière globale.
Mécanismes et formes juridiques
- Variété des formes : transfert facilité d’actifs privés d’un propriétaire privé à un autre (vente forcée); confiscations pures et simples; expropriations contre indemnités.
- Instruments : usage d’instruments politiques et juridiques pour placer des actifs privés dans le domaine public et renégocier la relation entre État et capital.
- Facteurs facilitants : période d’inflation réduisant les coûts réels des prises de participation; degré de mobilité des capitaux qui peut limiter ou accroître la capacité d’action des États.
Conséquences économiques et géoéconomiques attendues
- Réorientation possible des échanges et des investissements internationaux à long terme.
- Intensification des flux d’échanges, de prêts et d’investissements au sein de blocs géopolitiques alignés.
- Opportunité pour des pays neutres d’attirer des capitaux en se positionnant comme intermédiaires fiables et destinations sûres pour les investissements.
- Effet d’émulation et procyclicité : nationalisations réussies encouragent des opérations similaires ailleurs; les hausses des cours des produits de base augmentent l’incitation à nationaliser.
La nouvelle vague de nationalisations — FINANCES & DÉVELOPPEMENT, NICHOLAS MULDER, JUIN 2026.