Quand une crise s’ajoute à une autre : comment le monde peut réagir
IMF News, April 14, 2022
Source details
- Canonical URL
- Quand une crise s’ajoute à une autre : comment le monde peut réagir
Other formats
Bibliographic details
- Published: April 14, 2022
1. Contexte et diagnostic principal
- Le monde fait face à une double crise simultanée : la pandémie de COVID-19 « qui n’est pas terminée » et la guerre résultant de « l’invasion de l’Ukraine par la Russie ».
- Conséquences humaines immédiates :
- « Plus de 11 millions ont été déplacés » en Ukraine.
- Effets économiques réunis :
- Croissance mondiale en baisse et inflation en hausse.
- Risque croissant de « fragmentation de l’économie mondiale en blocs géopolitiques » avec coûts d’ajustement importants, affectant en priorité les pays et les personnes pauvres.
- Impact sur la reprise :
- Réduction des prévisions de croissance mondiale : en janvier, prévision à « 4,4 % pour 2022 » ; perspectives depuis « se sont considérablement détériorées ».
- Révisions à la baisse pour « 143 pays, représentant 86 % du PIB mondial ».
- Incertitudes accrues : intensification potentielle de la guerre et des sanctions, nouveaux variants de COVID, mauvaises récoltes possibles.
2. Canaux d’impact et risques sectoriels
- Prix des produits de base et sécurité alimentaire :
- Avant la guerre, « la Russie et l’Ukraine représentaient 28 % des exportations mondiales de blé ».
- « La Russie et le Bélarus 40 % des exportations de potasse ».
- Hausse des prix des céréales et du maïs ; diminution des réserves signalée par des dirigeants d’Afrique et du Moyen-Orient.
- « L’insécurité alimentaire est une préoccupation majeure. »
- Inflation et pressions sur les revenus :
- Dans les pays avancés, « l’inflation atteint déjà son plus haut niveau de ces quarante dernières années ».
- Risque de « désancrage des anticipations d’inflation ».
- Effets différenciés selon les pays :
- Gains pour exportateurs de pétrole, gaz naturel et métaux, mais insuffisants pour compenser le ralentissement mondial.
- Les pays émergents et en développement subissent aussi les séquelles de la pandémie (pertes d’emplois, pertes d’apprentissage), coûts supportés surtout par les femmes et les jeunes.
- Risques financiers et de dette :
- Pressions liées au resserrement monétaire dans les pays avancés augmentant « les coûts d’emprunt » et les sorties de capitaux pour les pays émergents et en développement.
3. Actions immédiates et réponses prioritaires (politiques recommandées)
- Mettre fin à la guerre
- Aider l’Ukraine et les pays touchés ; préparer « le gigantesque effort de reconstruction ».
- Soutien aux pays voisins : exemple chiffré — Moldova, « 2,6 millions d’habitants » ayant déjà accueilli « plus de 400 000 réfugiés ».
- Renforcement du soutien aux « 20 % de nos pays membres qui sont en situation de fragilité ou en proie à un conflit ».
- Faire face à la crise sanitaire
- Fournir l’arsenal complet : vaccins, tests, traitements antiviraux, « disponible partout ».
- Estimation des besoins de financement : « 15 milliards de dollars cette année, puis 10 milliards de dollars les années suivantes ».
- S’attaquer à l’inflation
- Appel aux banques centrales à « agir avec détermination », en ajustant la politique monétaire et en communiquant clairement.
- Utilisation d’un ensemble d’outils : « allongement des échéances de la dette, la flexibilité du taux de change, les interventions de change et les mesures de gestion des flux de capitaux ».
- Efforts internationaux pour aider les pays à traverser le resserrement monétaire.
- Maintien de l’accès aux liquidités : prêts du FMI « qui s’élèvent actuellement à plus de 300 milliards de dollars » ; allocation de DTS « effectuée l'été dernier pour un montant de 650 milliards de dollars ».
- Usage des DTS par les pays à faible revenu : « jusqu’à 40 % de leurs DTS pour financer leurs dépenses prioritaires liées à la COVID ».
- Régler le problème de la dette
- Prioriser les dépenses sur les filets de sécurité, la santé et l’éducation.
- Suivre « une trajectoire budgétaire crédible à moyen terme, avec des politiques fiscales équitables ».
- Restructuration nécessaire pour certains pays, notamment parmi « les 60 % de pays à faible revenu déjà surendettés ou proches de l’être ».
- Amélioration du cadre commun du G20 pour le traitement de la dette : procédures et délais clairs ; extension à d’autres pays vulnérables très endettés.
- Saisir les transformations structurelles
- Transition verte : tarification du carbone, investissement dans les énergies renouvelables, mécanismes de compensation et nouvelles possibilités pour les perdants de la transition.
- Initiatives du FMI : création d’« un nouveau fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité » pour proposer un financement abordable à long terme et mobiliser l’investissement privé.
- Révolution numérique : reconversion des travailleurs, exploration des monnaies numériques de banque centrale, renforcement du cadre réglementaire autour des cryptoactifs.
- Plus de « 100 de nos pays membres » étudient activement les monnaies numériques et le FMI apporte conseils et renforcement des capacités.
4. Scénarios et conséquences si inaction
- Sans action multilatérale pour la sécurité alimentaire : « plus de personnes affamées, plus de pauvreté et plus de troubles sociaux », notamment dans des pays fragiles.
- Fragmentation économique mondiale :
- Rupture des chaînes d’approvisionnement, des structures de R&D et des réseaux de production ; coûts d’ajustement « terribles ».
- Les pays et personnes pauvres seraient les plus touchés.
- Compromission de la capacité à affronter d’autres défis mondiaux, notamment le changement climatique.
- Effets durables sur la trajectoire de production :
- « La plupart des pays devraient désormais mettre encore plus de temps pour retrouver leur niveau de production d’avant la pandémie. »
5. Message central et appel à la coopération
- Les crises actuelles sont « indivisibles » : la guerre, la pandémie et les autres chocs exigent une réponse collective.
- Le FMI se présente comme une plateforme « quasi universelle » pour la collaboration mondiale, fournissant conseils de politique publique et financements d’urgence.
- Appel à retrouver l’esprit de coopération de Bretton Woods (1944) : « La prospérité, tout comme la paix, est indivisible. »
- Conclusion normative : la coopération internationale est « la seule solution efficace » pour construire « un avenir plus juste et plus résilient ».
Texte rédigé pour l’intervention de Kristalina Georgieva, Directrice générale du FMI, Washington, le 14 avril 2022.