-
L’activité économique mondiale continue de s’affermir. Selon les
estimations, la production mondiale a progressé de 3,7 % en 2017,
soit 0,1 point de plus que prévu à l’automne dernier et ½ point de
plus qu’en 2016. Cette accélération de la croissance est
généralisée, avec des révisions à la hausse notables en Europe et
en Asie. Les prévisions de croissance mondiale en 2018 et en 2019
ont été révisées à la hausse de 0,2 point, à 3,9 %, en raison d’une
dynamique de croissance plus forte et des effets attendus des
modifications de la politique fiscale américaine qui ont été
approuvées récemment.
-
Les modifications de la politique fiscale américaine devraient
stimuler l’activité : l’impact à court terme aux États-Unis devrait
tenir principalement à la réaction de l’investissement aux baisses
de l’impôt sur les bénéfices des sociétés. L’effet sur la
croissance américaine devrait être positif jusqu’en 2020, selon les
estimations (1,2 % en termes cumulés), ce scénario central étant
entouré d’incertitude. En raison de la nature temporaire de
certaines dispositions, ce train de mesures fiscales devrait
réduire la croissance pendant quelques années à compter de 2022.
Les effets sur la production des États-Unis et de ses partenaires
commerciaux représentent environ la moitié de la révision cumulée
de la croissance mondiale sur la période 2018–19.
-
Les facteurs qui influent sur les prévisions de croissance mondiale
semblent plus ou moins équilibrés à court terme, mais restent
orientés à la baisse à moyen terme. Du côté positif, le rebond
cyclique pourrait s’avérer plus vigoureux à court terme, car le
redressement de l’activité et l’assouplissement des conditions
financières se renforceront mutuellement. Du côté négatif, les
évaluations élevées des actifs et les primes d’échéance très
comprimées font craindre une correction sur les marchés financiers,
qui pèserait sur la croissance et la confiance. Une augmentation
plus rapide que prévu dans les pays avancés de l’inflation hors
alimentation et énergie, ainsi que des taux d’intérêt, due à
l’accélération de la demande, pourrait déclencher cette correction.
Si le climat des marchés mondiaux reste favorable et que
l’inflation reste modérée, les conditions financières pourraient
rester souples à moyen terme, ce qui entraînerait une accumulation
de facteurs de vulnérabilité financière à la fois dans les pays
avancés et dans les pays émergents. Des mesures de repli sur soi,
des tensions géopolitiques et l’incertitude politique dans certains
pays constituent aussi des risques de dégradation.
-
L’expansion cyclique actuelle offre une occasion idéale de procéder
à des réformes. Tous les pays ont pour priorités de mettre en œuvre
des réformes structurelles qui accroîtront la production
potentielle et de mieux partager les bienfaits de la croissance.
Sur fond d’optimisme sur les marchés financiers, il est impératif
d’assurer la résilience financière. Étant donné le faible niveau de
l’inflation, des capacités de production inemployées subsistent
dans bon nombre de pays avancés, et la politique monétaire doit
rester accommodante. Cependant, la dynamique de croissance plus
favorable signifie que la politique budgétaire doit de plus en plus
être axée sur des objectifs à moyen terme, à savoir assurer la
viabilité des finances publiques et accroître la production
potentielle. La coopération multilatérale demeure vitale pour
assurer la reprise de l’économie mondiale.
La reprise de l’économie mondiale s’est affermie
La reprise cyclique qui est en cours depuis le milieu de 2016 a continué de
s’affermir. En 2017, environ 120 pays, qui représentent trois quarts du PIB
mondial, ont enregistré une accélération de leur croissance sur un an : il
s’agit de l’accélération synchronisée de la croissance mondiale la plus
large depuis 2010. Parmi les pays avancés, la croissance au troisième
trimestre de 2017 a été plus élevée que prévu à l’automne dernier,
notamment en Allemagne, en Corée, aux États-Unis et au Japon. Pour ce même
trimestre, des pays émergents et des pays en développement importants,
parmi lesquels l’Afrique du Sud, le Brésil et la Chine, ont aussi
enregistré une croissance supérieure aux prévisions de l’automne. Selon des
données à fréquence élevée et des indicateurs du climat des marchés, cette
dynamique solide a persisté au quatrième trimestre. Le commerce mondial a
progressé vivement ces derniers mois, grâce à une augmentation de
l’investissement, en particulier dans les pays avancés, et de la production
manufacturière en Asie, à la veille du lancement de nouveaux modèles de
téléphones intelligents. Selon les indices des directeurs d’achat,
l’activité manufacturière devrait être ferme, ce qui cadre avec la solide
confiance des consommateurs révélant une demande finale vigoureuse.
Produits de base et inflation
. Les meilleures perspectives de la croissance mondiale, des événements
climatiques aux États-Unis, la prolongation de l’accord OPEP+ visant à
limiter la production de pétrole et les tensions géopolitiques au
Moyen-Orient ont orienté à la hausse les prix du pétrole brut. Ces derniers
ont augmenté d’environ 20 % entre août 2017 (période de référence pour les Perspectives de l’économie mondiale (PEM) d’octobre 2017) et la
mi-décembre 2017 (période de référence pour la Mise à jour des PEM
de janvier 2018), pour s’établir au-dessus de 60 dollars le baril, avec une
nouvelle hausse début janvier 2018. Les marchés s’attendent à ce que les
prix baissent progressivement au cours des cinq prochaines années; à la
mi-décembre, les cotations à moyen terme avoisinaient 54 dollars le baril,
soit un peu plus haut qu’en août. L’augmentation des prix des carburants a
fait monter l’inflation globale dans les pays avancés, mais la hausse des
salaires et l’inflation hors alimentation et énergie demeurent faibles.
Dans les pays émergents, l’inflation globale et l’inflation hors
alimentation et énergie sont montées légèrement ces derniers mois après
avoir baissé plus tôt en 2017.
Marchés d’obligations et d’actions
. Les attentes des marchés en ce qui concerne l’évolution des taux
directeurs de la Réserve fédérale américaine ont été relevées depuis août,
du fait de la hausse des taux directeurs largement anticipée en décembre,
mais les marchés continuent d’intégrer une augmentation graduelle en 2018
et en 2019. La Banque d’Angleterre a relevé son taux directeur pour la
première fois depuis 2008 compte tenu de la diminution des capacités
inemployées dans l’économie et d’une inflation supérieure à l’objectif, en
raison de la dépréciation de la livre sterling, et la Banque centrale
européenne (BCE) a annoncé qu’elle réduirait ses achats nets d’actifs à
compter de janvier. Cependant, la BCE a l’intention de maintenir ses taux
directeurs au niveau historiquement bas actuel jusqu’à ce que
l’assouplissement quantitatif prenne fin et, si l’inflation était
inférieure aux prévisions, d’accroître les montants et la durée de son
programme d’achats d’actifs. La réaction des marchés obligataires à ces
changements a été discrète : les courbes de rendement se sont généralement
aplaties, car les taux à court terme ont augmenté davantage que les taux à
plus long terme (par exemple, au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni),
ce qui cadre avec les anticipations encore modérées des marchés d’une
inflation durablement supérieure aux prévisions. Dans les pays avancés, les
cours des actions ont continué de monter, portés par un état d’esprit
généralement favorable en ce qui concerne les perspectives de revenus, les
anticipations d’une normalisation très progressive de la politique
monétaire sur fond de basse inflation et la faible volatilité attendue des
paramètres économiques fondamentaux. Dans les pays émergents, les indices
boursiers ont encore progressé depuis août, grâce à l’amélioration des
perspectives à court terme dans les pays exportateurs de produits de base.
Dans certains cas, les rendements à long terme ont augmenté légèrement ces
derniers mois, mais ils restent généralement faibles et les écarts de taux
d’intérêt demeurent comprimés.
Taux de change et flux de capitaux
. Début janvier 2018, le dollar et l’euro restent proches de leur niveau
d’août 2017en valeur effective réelle. Le yen s’est déprécié de 5 % en
raison de l’élargissement des écarts de taux d’intérêt, tandis que la livre
sterling s’est appréciée de près de 4 %, car la Banque d’Angleterre a
relevé les taux d’intérêt en novembre et les espoirs d’un accord sur le
Brexit ont augmenté. En ce qui concerne les monnaies des pays émergents, le
renminbi s’est apprécié d’environ 2 %, le ringgit malaisien a rebondi
d’environ 7 % du fait de l’amélioration des perspectives de croissance et
de la hausse des prix des produits de base, et l’impression d’une baisse de
l’incertitude politique a permis au rand sud-africain de s’apprécier de
près de 6 %. Par contre, le peso mexicain s’est déprécié de 7 % en raison
du regain d’incertitude lié aux négociations en cours sur l’ALENA, et la
lire turque de 4,5 % du fait d’une montée de l’inflation. Les flux de
capitaux vers les pays émergents sont restés résilients jusqu’à la fin du
troisième trimestre de 2017 : les entrées d’investissements de portefeuille
de non-résidents sont demeurées vigoureuses.
Croissance mondiale encore
en hausse en 2018 et en 2019
La croissance mondiale pour 2017 est maintenant estimée à 3,7 %, soit 0,1
point de plus que prévu à l’automne dernier. Les révisions à la hausse ont
été particulièrement prononcées en Europe et en Asie, mais elles sont
générales, avec des chiffres qui dépassent les prévisions de l’automne
dernier de 0,1 point tant pour les pays avancés que pour les pays émergents
et les pays en développement.
La dynamique plus vigoureuse observée en 2017 devrait persister en 2018 et
en 2019 : la croissance mondiale a été révisée à la hausse, à 3,9 %, pour
les deux années (0,2 point de plus que les prévisions de l’automne
dernier).
Pour l’horizon de prévision à deux ans, les révisions à la hausse des
perspectives de l’économie mondiale tiennent principalement aux pays
avancés, où il est maintenant prévu que la croissance dépassera 2 % en 2018
et en 2019, car l’on s’attend à ce que les conditions financières mondiales
favorables et le climat de marché positif contribueront à maintenir
l’accélération récente de la demande, en particulier de l’investissement,
avec un impact notable sur la croissance dans les pays où les exportations
sont élevées. En outre, la réforme fiscale aux États-Unis et la relance
budgétaire qui y est liée devraient accélérer temporairement la croissance
américaine pendant cette période, avec des répercussions favorables sur la
demande dans les partenaires commerciaux des États-Unis, en particulier le
Canada et le Mexique. Les effets macroéconomiques mondiaux qui sont
attendus représentent environ une moitié de la révision à la hausse cumulée
de la prévision de croissance mondiale pour 2018 et 2019, cette projection
de référence étant entourée d’incertitude.
- La prévision de croissance pour les États-Unis a été révisée à la hausse
du fait d’une activité plus vigoureuse que prévu en 2017, d’une demande
extérieure supérieure aux prévisions et de l’impact macroéconomique attendu
de la réforme fiscale, en particulier l’abaissement des taux de l’impôt sur
les bénéfices des sociétés et la déduction temporaire pour le montant
intégral de l’investissement. Il est supposé que la baisse des recettes
fiscales ne sera pas compensée par des compressions de dépenses à court
terme. La réforme fiscale devrait donc stimuler l’activité à court terme
aux États-Unis. En conséquence, une demande intérieure plus vigoureuse
devrait accroître les importations et creuser le déficit des transactions
extérieures courantes. Globalement, les modifications de la politique
économique devraient contribuer à la croissance jusqu’à la fin de 2020, si
bien que le PIB réel américain sera d’ici 2020 supérieur de 1,2 % à ce
qu’il serait sans les modifications de la politique fiscale. La prévision
de croissance a été rehaussée de 2,3 % à 2,7 % pour 2018 et de 1,9 % à 2,5
% pour 2019. Étant donné l’augmentation du déficit budgétaire, qui exigera
un ajustement à terme, et la nature temporaire de certaines dispositions de
la réforme, la croissance devrait être inférieure aux prévisions
antérieures pendant quelques années à compter de 2022, ce qui annulera en
partie la progression enregistrée d’ici-là. La réaction de l’inflation à
une augmentation de la demande intérieure devrait être modérée étant donné
que les prix hors alimentation et énergie ont été peu sensibles aux
variations des capacités inemployées ces dernières années et que le rythme
des relèvements des taux directeurs par la Réserve fédérale est un peu plus
soutenu que prévu à l’automne dernier, avec une décompression modeste des
primes d’échéance et aucune appréciation notable du dollar. Selon la
Commission conjointe du Congrès sur la fiscalité, la réforme du code des
impôts devrait réduire le taux d’imposition moyen qui est appliqué aux
ménages américains à revenus élevés par rapport aux taux appliqués aux
ménages à revenus moyens ou faibles, en particulier à moyen terme (lorsque
certaines dispositions qui profitent aux contribuables à revenus faibles ou
moyens prendront fin).
- Les taux de croissance pour beaucoup de pays de la zone euro ont été
révisés à la hausse, en particulier pour l’Allemagne, l’Italie et les
Pays-Bas, en raison de l’affermissement de la demande intérieure et
extérieure. En Espagne, la croissance, qui a été largement supérieure à son
potentiel, a été révisée légèrement à la baisse, pour 2018, compte tenu des
effets de la montée de l’incertitude politique sur la confiance et la
demande.
- La prévision de croissance pour 2018 et 2019 a été révisée à la hausse
aussi pour d’autres pays avancés, en raison en particulier de
l’accélération de la croissance dans les pays avancés d’Asie, qui sont
particulièrement sensibles aux perspectives du commerce et de
l’investissement mondiaux. La prévision de croissance pour le Japon a été
révisée à la hausse pour 2018 et 2019, du fait d’une révision à la hausse
de la demande extérieure, de la loi de finances supplémentaire pour 2018 et
du report d’une activité récente plus vigoureuse que prévu.
La prévision globale de croissance pour les pays émergents et les pays en
développement est inchangée pour 2018 et 2019, avec des différences
marquées selon les régions.
- Les pays émergents et en développement d’Asie enregistreront une
croissance voisine de 6,5 % sur la période 2018–19, soit un rythme plus ou
moins identique à celui de 2017. La région continue de représenter plus de
la moitié de la croissance mondiale. La croissance devrait ralentir
progressivement en Chine (quoiqu’avec une légère révision à la hausse de la
prévision pour 2018 et 2019 par rapport à l’automne dernier, en raison d’un
affermissement de la demande extérieure), s’accélérer en Inde et rester
plus ou moins stable dans la région ASEAN-5.
- Dans les pays émergents et en développement d’Europe, où la croissance en
2017 a dépassé 5 % selon les estimations actuelles, l’activité en 2018 et
en 2019 devrait rester plus vigoureuse que prévu, portée par une croissance
plus élevée en Pologne et en particulier en Turquie. Ces révisions
s’expliquent par un environnement extérieur favorable, avec des conditions
financières souples et une hausse de la demande d’exportations de la zone
euro, ainsi que, pour la Turquie, par une politique économique
accommodante.
- En Amérique latine, la reprise devrait s’affermir, avec une croissance de
1,9 % en 2018 (comme prévu à l’automne dernier) et de 2,6 % en 2019 (soit
une révision à la hausse de 0,2 point). Cette évolution s’explique
principalement par une amélioration des perspectives pour le Mexique, qui
profite d’une augmentation de la demande américaine, une reprise plus ferme
au Brésil et les effets favorables de la hausse des prix des produits de
base et de l’assouplissement des conditions de financement sur certains
pays exportateurs de produits de base. Ces révisions à la hausse font plus
que compenser de nouvelles révisions à la baisse pour le Venezuela.
- Dans la région du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, de l’Afghanistan et
du Pakistan, la croissance devrait aussi s’accélérer en 2018 et en 2019,
mais elle reste modérée, aux alentours de 3 ½ %. Si la hausse des prix du
pétrole contribue à une reprise de la demande intérieure dans les pays
exportateurs, notamment en Arabie saoudite l’ajustement budgétaire qui
demeure nécessaire devrait peser sur les perspectives de croissance.
- En Afrique subsaharienne, l’accélération de la croissance (de 2,7 % en
2017 à 3,3 % 2018 et à 3,5 % en 2019) correspond globalement aux prévisions
de l’automne dernier, avec une légère révision à la hausse de la prévision
de croissance pour le Nigéria, mais une croissance plus modérée en Afrique
du Sud, où il est maintenant prévu que la croissance restera inférieure à 1
% en 2018–19, car la montée de l’incertitude politique pèse sur la
confiance et l’investissement.
- Dans la Communauté des États indépendants, la croissance devrait rester
supérieure à 2 % cette année et l’année prochaine, portée par une légère
révision à la hausse des perspectives de croissance pour la Russie en 2018.
Facteurs influençant les perspectives
Les facteurs qui influent sur les perspectives sont plus ou moins
équilibrés à court terme, mais, comme dans l’édition d’octobre 2017 des
PEM, ils restent orientés à la baisse à moyen terme. Un durcissement des
conditions de financement mondiales par rapport à l’aisance actuelle, à
court terme ou à plus long terme, constitue une menace notable pour la
croissance.
À court terme, il est probable que la dynamique de l’économie mondiale
restera la même s’il n’y a pas de correction sur les marchés financiers, où
les prix des actifs montent de manière soutenue et où la volatilité est
très faible, apparemment sans être perturbés par l’incertitude entourant
l’action des pouvoirs publics ou la situation politique au cours des
derniers mois. Cette dynamique pourrait même être plus forte que prévu à
court terme si la confiance dans les perspectives de l’économie mondiale et
l’aisance des conditions de financement continuent de se renforcer
mutuellement.
La réaction des rendements obligataires à long terme et du dollar aux
modifications apportées à la politique fiscale américaine semble avoir été
limitée jusqu’à présent, et les marchés anticipent aujourd’hui un
durcissement de la politique monétaire plus progressif que celui inclus
dans les prévisions de référence des PEM. Une correction sur les marchés
financiers pourrait être provoquée, par exemple, par des signes d’une
inflation plus ferme aux États-Unis, où l’impulsion donnée à la demande
exercera une pression à la baisse sur un taux de chômage déjà très bas. Des
tensions inflationnistes plus fortes, conjuguées à un durcissement de la
politique monétaire américaine plus rapide que prévu dans le scénario de
référence, pourraient contribuer à accentuer la baisse des primes
d'échéance aux États-Unis, à un affermissement du dollar et à un recul des
cours des actions. Le durcissement des conditions financières mondiales
aurait des implications pour les prix des actifs et les flux de capitaux,
et les pays dont les besoins bruts de refinancement de la dette et les
engagements en dollars non couverts sont élevés seraient particulièrement
exposés à des difficultés financières.
Du côté négatif aussi, la réaction de l’investissement américain aux
modifications de la politique fiscale pourrait être plus modeste que prévu
dans le scénario de référence, ce qui aurait des répercussions sur la
vigueur de la demande extérieure pour les principaux partenaires
commerciaux des États-Unis.
À moyen terme, une accumulation de la vulnérabilité si les conditions
financières restent accommodantes, l’adoption de mesures de repli sur soi
et des facteurs non économiques représentent des risques notables.
-
Accumulation de la vulnérabilité financière
. Si les conditions financières restent souples à moyen terme, avec une
période prolongée de taux d’intérêt très bas et une faible volatilité
attendue des prix des actifs, les facteurs de vulnérabilité pourraient
s’accumuler : les investisseurs à la recherche de rendement
augmenteraient leurs engagements envers des entreprises et des pays
emprunteurs moins bien notés et envers des ménages moins solvables.
Comme indiqué dans l’édition d’octobre 2017 du Rapport sur la stabilité
financière dans le monde, la part des entreprises de rang inférieur
dans les indices obligataires des pays avancés a augmenté
considérablement ces dernières années. La dette des sociétés non
financières a augmenté rapidement dans certains pays émergents, ce qui
nécessite une réaction de la part des pouvoirs publics. Les autorités
chinoises ont bien commencé en durcissant récemment la réglementation
de l’intermédiation non bancaire. Les risques de crédit sur ces
engagements peuvent être cachés tandis que la dynamique de croissance
mondiale à moyen terme se maintient et que les besoins de financement
restent faibles. L’absence de signaux d’alerte à court terme pourrait à
son tour renforcer un comportement de recherche de rente et amplifier
l’accumulation de la vulnérabilité financière à moyen terme.
-
Mesures de repli sur soi.
Des accords commerciaux importants qui existent de longue date, tels
que l’ALENA et les arrangements économiques entre le Royaume-Uni et le
reste de l’Union européenne, sont en cours de renégociation. Une
augmentation des obstacles au commerce et des modifications
réglementaires, dans le contexte de ces négociations ou ailleurs,
pèseraient sur l’investissement mondial et réduiraient l’efficience de
la production, ce qui freinerait la croissance potentielle dans les
pays avancés, les pays émergents et les pays en développement.
L’incapacité à mieux partager les bienfaits de la croissance et
l’aggravation des déséquilibres extérieurs dans certains pays,
notamment les États-Unis, pourraient accroître les pressions en faveur
de l’adoption de mesures de repli sur soi.
-
Facteurs non économiques.
Les perspectives à moyen terme de l’économie mondiale sont assombries
aussi par des tensions géopolitiques, notamment en Asie de l’Est et au
Moyen-Orient. L’incertitude politique risque aussi de peser sur la mise
en œuvre de réformes ou de réorienter les programmes d’action,
notamment dans le contexte des élections à venir dans plusieurs pays
(par exemple, Brésil, Colombie, Italie et Mexique). Les conditions
météorologiques extrêmes qui ont été observées récemment (ouragans dans
l’Atlantique, sécheresse en Afrique subsaharienne et en Australie)
attirent l’attention sur le risque d’événements climatiques récurrents
et violents qui infligent des coûts humanitaires et des pertes
économiques dévastateurs aux régions touchées. Ces événements
pourraient aussi accentuer des flux migratoires en mesure de
déstabiliser davantage des pays d’accueil déjà fragiles.
Action
Les pays avancés, les pays émergents et les pays en développement ont en
commun deux objectifs. Premièrement, il est nécessaire d’accélérer la
croissance de la production potentielle, en opérant des réformes
structurelles qui rehaussent la productivité et, en particulier dans les
pays avancés dont la population vieillit, le taux d’activité, tout en
veillant à ce que les fruits de la croissance soient largement partagés.
Deuxièmement, il est impératif d’accroître la résilience, notamment grâce à
une réglementation financière préventive et, si nécessaire, une réparation
des bilans et un renforcement des amortisseurs budgétaires. Il est
particulièrement important d’agir dans un environnement qui est caractérisé
par le faible niveau des taux d’intérêt et de la volatilité, et où les
ajustements de portefeuille et les inversions des flux de capitaux
pourraient avoir des effets perturbateurs. L’expansion cyclique actuelle
offre une occasion unique de procéder à des réformes structurelles et à des
réformes de la gouvernance.
Sur fond de ces priorités communes, le dosage optimal de la politique
économique diffère d’un pays à l’autre selon sa situation conjoncturelle et
sa marge de manœuvre :
-
Dans les pays avancés
où la production est proche de son potentiel, les pressions encore
modérées des salaires et des prix exigent de normaliser la politique
monétaire de manière prudente et en fonction des données disponibles.
Cependant, là où le chômage est faible et devrait encore diminuer,
comme par exemple aux États-Unis, une normalisation plus rapide
pourrait être nécessaire si l’inflation montait plus que prévu
aujourd’hui. Dans les pays avancés où les écarts de production
persistent et où l’inflation reste en-deçà de l’objectif fixé par la
banque centrale, il est souhaitable de continuer de mener une politique
monétaire accommodante. Dans les deux cas, la politique budgétaire doit
être axée sur des objectifs à moyen terme — notamment accroître la
production potentielle grâce à l’investissement public et rehausser les
taux d’activité là où des écarts existent —, tout en veillant à ce que
la dynamique de la dette publique soit viable et à ce que les
équilibres extérieurs excessifs soient réduits. Lorsqu’un
assainissement budgétaire est nécessaire, son rythme doit être modulé
de manière à éviter de freiner brutalement la croissance, tout en
cherchant à améliorer la qualité des services publics de santé et
d’éducation, ainsi qu’à protéger les groupes vulnérables, y compris
ceux qui pourraient souffrir de la transformation structurelle.
-
Dans les pays émergents,
de meilleurs cadres de politique monétaire ont contribué à réduire
l’inflation hors alimentation et énergie, ce qui permet d’utiliser la
politique monétaire pour soutenir la demande en cas de fléchissement de
l’activité. La politique budgétaire est généralement davantage limitée
par la nécessité de reconstituer progressivement une marge de manœuvre,
surtout dans les pays émergents et les pays en développement qui sont
tributaires des produits de base. Avec le répit offert récemment par le
rebond cyclique des prix des produits de base, les dirigeants doivent
résister à la tentation de reporter les réformes et les ajustements
budgétaires. La flexibilité du taux de change peut compléter les autres
paramètres d’action en évitant des désalignements soutenus des prix
relatifs, en facilitant l’ajustement aux chocs et en limitant
l’accumulation de déséquilibres financiers et extérieurs.
-
Pour les pays à faible revenu,
les enjeux sont particulièrement complexes, car les objectifs sont
multiples et parfois contradictoires. Il s’agit de soutenir l’activité
à court terme ; de diversifier l’économie et de rehausser la production
potentielle pour continuer de s’approcher des objectifs de
développement durable ; de constituer une marge de manœuvre pour
accroître la résilience, surtout
dans les pays tributaires des produits de base qui font face aux
perspectives moroses des prix de ces produits ; et de s’attaquer à une
dette élevée et croissante dans bon nombre de cas. Les dirigeants
doivent continuer de s’attacher à élargir l’assiette de l’impôt, à
mobiliser des recettes supplémentaires, à améliorer la gestion de la
dette, à réduire les subventions mal ciblées et à orienter les dépenses
de manière à accélérer la croissance potentielle et à améliorer le
niveau de vie de toute la population (infrastructures, santé et
éducation). Le renforcement des dispositifs macroprudentiels et
l’assouplissement des taux de change amélioreraient l’affectation des
ressources, réduiraient la vulnérabilité et accroîtraient la
résilience.
La coopération multilatérale
reste vitale pour préserver la dynamique récente de l’activité mondiale,
renforcer les perspectives à moyen terme et veiller à ce que les bienfaits
des progrès technologiques et de l’intégration économique mondiale soient
partagés de manière plus large. Il est prioritaire notamment de poursuivre
le programme de réforme de la réglementation financière, d’éviter les
nivellements compétitifs par le bas sur le plan de la fiscalité, ainsi que
des normes du travail et de l’environnement, de moderniser le système
commercial multilatéral fondé sur des règles, de renforcer le filet mondial
de sécurité financière, de préserver les relations de correspondants
bancaires, de réduire le blanchiment de capitaux, le crime organisé et le
terrorisme à l’échelle internationale, ainsi que d’atténuer le changement
climatique et de s’y adapter.
