L’attrait superficiel de la crypto
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- Authors: HILARY ALLEN
- Published: September 26, 2022
Résumé et constat
- Depuis que le Bitcoin a vu le jour il y a 14 ans, les partisans ont promis qu’il allait révolutionner l’argent, les paiements, la finance. Ces promesses « n’ont pas été tenues et semblent de plus en plus irréalisables ».
- Nombre de décideurs ont soutenu l’expérimentation des cryptomonnaies comme une étape nécessaire vers un vague avenir innovant; l’article soutient que, compte tenu des effets délétères, les décideurs doivent porter un regard plus critique sur les cryptoactifs et leurs chaînes de blocs sous-jacentes.
- La chaîne de blocs du bitcoin repose sur un mécanisme de validation par la « preuve de travail » qui « consomme à peu près autant d’énergie que la Belgique ou les Philippines ».
- La transition annoncée de la chaîne de l’ether « de la preuve de travail vers la preuve de participation (ou preuve d’enjeu) » reste une promesse.
Effets délétères identifiés
- Augmentation des attaques par rançongiciel liée à l’essor de la crypto.
- Consommation excessive d’énergie due à certains mécanismes de validation (preuve de travail).
- Risque de démultiplier l’effet de levier : « une offre potentiellement illimitée de jetons et de pièces servant de garantie pour des prêts pourrait démultiplier l’effet de levier dans le système financier ».
- Rigidité des contrats intelligents : « en présence de contrats intelligents rigides et auto-exécutables, le système pourrait être privé de la souplesse et de la discrétion que requièrent des situations inattendues et éventuellement désastreuses ».
- Complexité systémique : l’écosystème crypto est « extrêmement complexe », ce qui complique l’évaluation des risques et augmente la propension à des « accidents normaux » déclenchant des effets en cascade.
- Risque d’emballements et d’effondrements fréquents : « il est donc probable que tout système financier fondé sur les cryptomonnaies serait régulièrement soumis à des emballements et des effondrements déstabilisants ».
Décentralisation illusoire et concentration du pouvoir
- Le principe initial de décentralisation du livre blanc du projet Bitcoin n’a pas abouti; le système s’est vite centralisé autour « d’une petite communauté de développeurs de logiciels et de coopératives de mineurs ».
- Citation de Tim O’Reilly : « La chaîne de blocs a été la plus rapide recentralisation d’une technologie décentralisée à laquelle j’aie jamais assisté. »
- Épisodes de 2022 : « Au printemps et à l’été 2022, nous avons été témoins du chavirement, puis du naufrage de plusieurs acteurs de la crypto soi-disant décentralisés » (exemple détaillé : l’effondrement du jeton indexé Terra en mai 2022 et le rôle visible du fondateur Do Kwon).
- Les tentatives de sauvetage et les prêts pour favoriser les « baleines » montrent le pouvoir des fondateurs et des gros détenteurs sur des plateformes présentées comme des organisations autonomes décentralisées.
- Conclusion des économistes de la Banque des règlements internationaux (BRI) citée : « illusion de décentralisation », « le besoin de gouvernance rendant inévitable un certain niveau de centralisation et les aspects structurels du système conduisant à une concentration du pouvoir ».
Inclusion financière : promesses non tenues
- Les utilisateurs doivent toujours faire confiance à des personnes (fondateurs, intermédiaires) qui sont souvent non réglementées et parfois non identifiées.
- Le secteur connaît une multitude de piratages et d’escroqueries; la valeur des cryptomonnaies est entièrement déterminée par la demande — pas par une capacité de production sous-jacente — ce qui crée une dynamique où les fondateurs et premiers investisseurs profitent en trouvant de nouveaux investisseurs.
- Plateformes de prêts en crypto : exigent des « montants importants de garanties en crypto », ce qui exclut ceux qui n’ont pas d’actifs financiers initiaux.
- Sur les jetons indexés, le Forum économique mondial conclut que « les jetons indexés tels qu’ils sont actuellement déployés n’apporteraient pas de nouveaux avantages convaincants pour l’inclusion financière au-delà de ceux offerts par les options préexistantes ».
Diagnostics sur la finance traditionnelle et limites technologiques
- De nombreux problèmes de la finance traditionnelle (mauvais résultats avant 2008 pour certains établissements, usagers mal desservis, paiements trop lents) sont des problèmes politiques plutôt que technologiques.
- Des solutions technologiques plus simples et centralisées existent fréquemment (exemple : paiements en temps réel); ce qui manque est souvent « la volonté politique » d’implémenter ces solutions.
- Intégrer la crypto au système financier traditionnel sans résolution des problèmes politiques pourrait permettre à la crypto d’interrompre le flux de capitaux vers l’économie réelle et générer des conséquences économiques lourdes.
Recommandations et options de politique publique
- Constituer un « pare-feu » entre la crypto et la finance traditionnelle pour limiter les retombées des implosions de cryptosystèmes et protéger l’économie au sens large.
- Interdire aux établissements bancaires d’émettre ou de négocier tout cryptoactif, y compris les jetons indexés (qui « sont rarement utilisés pour les paiements dans le monde réel — ils facilitent surtout les investissements en cryptomonnaies »). Ces mesures « pourraient être mises en œuvre dans le cadre des lois bancaires existantes » sans nécessité, la plupart du temps, de nouvelles lois ou règles.
- Considérer la promulgation de nouvelles lois ou règles ciblant plus directement le secteur des cryptomonnaies.
- Envisager une interdiction pure et simple compte tenu de l’absence d’avantages et de la présence d’effets néfastes; à défaut, gérer les effets néfastes par des lois et règles plus ciblées.
- Application réglementaire : l’application aux intermédiaires cryptographiques centralisés serait relativement simple (bien que des questions de compétence puissent se poser); l’application à des acteurs théoriquement décentralisés pourrait rencontrer des obstacles supplémentaires, mais ces obstacles « ne sont toutefois pas insurmontables, car aucune partie de la crypto n’est entièrement décentralisée ».
- Exemple d’action possible : interdire de détenir des jetons de gouvernance dans des organisations autonomes décentralisées non conformes, à faire respecter par les fondateurs, les sociétés de capital-risque et les baleines qui détiennent l’essentiel des actifs concernés.
- Orientation stratégique : « les décideurs ne devraient pas se laisser influencer par les promesses douteuses de décentralisation et de démocratisation ; ils devraient se montrer volontaristes pour mettre fin aux effets néfastes de la crypto. » Les architectes de l’avenir de la finance doivent proposer « les solutions les plus simples et les plus directes » plutôt que d’essayer d’adapter les cryptoactifs et les chaînes de blocs pour résoudre des problèmes politiques complexes.
HILARY J. ALLEN, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Septembre 2022