Amortir le choc de la guerre au Moyen-Orient, Discours par Kristalina Georgieva, Directrice générale du FMI
IMF News, April 9, 2026
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- Amortir le choc de la guerre au Moyen-Orient, Discours par Kristalina Georgieva, Directrice générale du FMI
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- Published: April 9, 2026
Contexte et objectif
- Discours prononcé le 9 avril 2026.
- Thème central : comprendre la nature, les canaux de transmission, l’ampleur et les mesures d’atténuation du choc économique provoqué par la guerre au Moyen-Orient.
- Public visé : ministres et gouverneurs de banques centrales réunis aux Réunions de printemps.
Nature du choc — caractéristiques clés
- Choc sur l’offre :
- de grande ampleur — les flux mondiaux quotidiens de pétrole ont reculé d’environ 13 percent, et ceux de gaz naturel liquéfié de quelque 20 percent ;
- mondial — les prix de l’énergie augmentent partout et les perturbations se propagent aux chaînes d’approvisionnement du monde entier ;
- asymétrique — incidence variable selon proximité du conflit, statut d’exportateur ou importateur d’énergie, et marge de manœuvre financière.
- Prix du pétrole : prix du baril de Brent passé de 72 dollars avant le début des hostilités à un pic de 120 dollars.
- Exemples d’impacts d’offre et de chaîne d’approvisionnement :
- raffineries perturbées et signaux d’alerte dans de nombreuses zones reculées ;
- pénuries de produits raffinés (gazole, kérosène) affectant transports, échanges et tourisme ;
- insécurité alimentaire pour quelque 45 millions de personnes supplémentaires — portant à plus de 360 millions le nombre total de personnes souffrant de la faim — aggravée par la hausse des prix des engrais ;
- dépendance industrielle à des intrants comme le soufre, l’hélium et le naphta.
Canaux de transmission macroéconomiques
- Effet sur les prix et pénuries d’approvisionnement :
- hausse des prix des intrants essentiels répercutée sur de nombreux biens de consommation, alimentant l’inflation ;
- conjonction prix élevés + pénuries = réduction forcée de la demande.
- Anticipations d’inflation :
- distribution des prévisions d’inflation à court terme déplacée vers la droite pour les États-Unis et la zone euro, avec élargissement de la courbe pour la zone euro (incertitude accrue) ;
- anticipations à plus long terme restées stables.
- Conditions financières :
- resserrement ordonné initial des conditions financières ;
- écarts de rendement des obligations des pays émergents creusés, actions ajustées, dollar apprécié ;
- actuellement observation d’un certain assouplissement.
Impacts sur la croissance et scénarios
- Facteurs déterminants de l’impact sur la croissance : maintien du cessez-le-feu, durée des prix élevés, ampleur des dégâts aux infrastructures.
- Perspectives de l’économie mondiale (à paraître) incluent une série de scénarios :
- scénario de retour relativement rapide à la normale ;
- scénario intermédiaire ;
- scénario de prix du pétrole et du gaz très élevés pendant très longtemps avec effets de second tour.
- Contexte d’avant-choc : investissement important dans l’intelligence artificielle et technologies, conditions financières favorables — sans le choc, prévisions de croissance mondiale auraient été révisées à la hausse.
- Même dans le scénario le plus optimiste : révision à la baisse de la croissance due aux dégâts, perturbations et perte de confiance.
- Cas concret : complexe gazier de Ras Laffan (Qatar)
- produit 93 percent du gaz naturel liquéfié du Golfe ;
- environ 80 percent de cette production acheminée vers l’Asie-Pacifique ;
- pratiquement fermé depuis le 2 mars, touché directement le 19 mars ;
- rétablissement complet estimé entre trois et cinq ans.
- Trafic maritime : détroit de Bab el‑Mandeb reste proche de la moitié de son niveau de 2023.
- Structure de vulnérabilité :
- plus de 80 percent des pays sont des importateurs nets de pétrole ;
- quadrant de vulnérabilité : pays importateurs de pétrole à faible note de crédit — concentration d’Afrique subsaharienne et de petits États insulaires.
Recommandations de politique — principes et mesures
- Principe général : éviter d’aggraver le choc par des actions unilatérales (restrictions aux exportations, contrôle des prix, etc.) — « ne jetez pas d’huile sur le feu ! »
- Approche séquentielle et conditionnelle :
- phase actuelle — « attente vigilante » :
- banques centrales : souligner l’engagement en faveur de la stabilité des prix tout en réservant les décisions ; basculer vers l’action si crédibilité menacée ;
- autorités budgétaires : soutien ciblé et temporaire aux plus vulnérables, dans le respect des cadres budgétaires à moyen terme ;
- si anticipations d’inflation se désancrent :
- banques centrales : relever fermement les taux ;
- soutien budgétaire : rester ciblé et temporaire ;
- si durcissement marqué des conditions financières ajoute un choc négatif sur la demande :
- politique monétaire : délicat exercice d’équilibriste ;
- politique budgétaire : soutien calibré de la demande seulement si espace budgétaire disponible.
- Gestion de la cohérence macroéconomique :
- éviter politiques budgétaire et monétaire tirant dans des directions opposées ;
- affirmer que relance financée par déficit dans ce contexte alourdirait contribution attendue de la politique monétaire.
- Espace budgétaire et dette :
- dette publique globalement bien plus élevée qu’il y a 20 ans, y compris dans la plupart des pays du G20 ;
- paiements d’intérêts en hausse en part des recettes, quel que soit le niveau de revenu ;
- nécessité de déployer ressources budgétaires limitées de manière responsable et de reconstituer marges de manœuvre budgétaires après le choc.
- Politique financière et stabilité :
- autorités de régulation et de supervision doivent faire preuve de vigilance, souplesse et réactivité ;
- micro et macroprudentiel : atténuer risques pour la stabilité financière et assurer la résilience du système, notamment en cas de retournement si investisseurs redoutent impact énergétique sur croissance technologique (ex. IA).
- Politique énergétique et coordination internationale :
- maintenir l’élan pour l’efficacité énergétique et la diversification des sources d’énergie ;
- partage d’informations et coordination avec l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et la Banque mondiale — constitution d’un groupe de coordination où le FMI jouera un rôle de chef de file pour la sphère macroéconomique ;
- éviter mesures qui atténuent le signal-prix (subventions généralisées, baisses d’impôts mal ciblées) ; favoriser soutiens ciblés avec clauses de caducité automatique.
- Assistance et rôle du FMI :
- soutien financier et coordination : les 191 pays membres peuvent compter sur le FMI pour un soutien financier et pour rassembler les pays ;
- demande à court terme de soutien du FMI à la balance des paiements attendue en hausse de l’ordre de $20 to $50 billion, la limite basse s’appliquant si le cessez‑le‑feu tient ;
- cette fourchette serait plus élevée sans les politiques économiques prudentes mises en place par de nombreux pays émergents.
Messages conclusifs
- Les politiques de qualité, des fondamentaux solides et l’agilité institutionnelle sont la meilleure protection face aux chocs.
- Les choix de politique structurelle et réglementaire déterminent la productivité, la croissance à long terme et la capacité à absorber les chocs.
- Le FMI se relative comme « pompier » et partenaire de long terme : soutien financier, coordination et aide à la mise en place de politiques et d’institutions solides.
Source : Discours « Amortir le choc de la guerre au Moyen-Orient » par Kristalina Georgieva, Directrice générale du FMI, le 9 avril 2026.