Défauts et arriérés
Que se passe-t-il si un pays est en retard dans le remboursement de son prêt au FMI ? Cette situation se produit rarement, car les programmes soutenus par le FMI sont conçus pour faire en sorte que l’économie de l’emprunteur se stabilise et que sa balance des paiements s’améliore, afin qu’il puisse rembourser le prêt à son échéance. Les programmes prévoient des conditions (ou conditionnalité), qui aident à garantir que le pays emprunteur met en œuvre les politiques convenues avec le FMI. Sa banque centrale doit aussi se soumettre à une évaluation des sauvegardes pour limiter le risque d’utilisation abusive des fonds. Aucun pays emprunteur n’a jamais connu de défaut de paiement pur et simple sur ses emprunts au FMI. Certains ont toutefois affiché des arriérés prolongés, notamment lors de la crise de la dette des années 80 (actuellement, il n’y en a aucun).
Lorsqu’un emprunteur accuse du retard dans le paiement des intérêts de son prêt, le FMI dispose d’un mécanisme de répartition des charges pour couvrir toute diminution de ses revenus. Dans le cadre de ce mécanisme, tous les pays membres, créanciers et débiteurs, apportent un financement temporaire à parts égales. Pour ce faire, on réduit le taux d’intérêt que les créanciers perçoivent sur leurs positions dans la tranche de réserve, tout en augmentant celui que les débiteurs versent sur leurs prêts. Ces sommes sont remboursées une fois que le membre emprunteur paie ses arriérés.
Les prêts consentis par le FMI représentent donc un investissement sûr pour les pays créanciers. Ces derniers perçoivent des intérêts sur les ressources issues des quotes-parts prêtées aux pays dans le besoin, tout en ne supportant qu’une partie des risques.
Les pays emprunteurs en bénéficient également, car la conception des programmes du FMI et leur conditionnalité favorisent des réformes intérieures destinées à renforcer leur économie, ce qui leur permet ensuite d’avoir accès à des prêts à des conditions abordables. Les taux d’intérêt appliqués par le FMI sont nettement inférieurs à ceux que pourrait obtenir un pays en crise sur les marchés de capitaux privés, à supposer que celui-ci soit en mesure d’emprunter.
Globalement, les prêts du FMI soutiennent le reste de l’économie mondiale en réduisant le risque de répercussions. Sans le soutien du FMI, les pays touchés par des crises seraient contraints de réduire fortement leurs importations, ce qui nuirait non seulement aux producteurs et consommateurs nationaux dépendants des importations, mais aussi à leurs partenaires commerciaux. Les prêts du FMI diminuent aussi le risque de contagion, à savoir qu’une crise dans un pays se propage ailleurs.
Prêts concessionnels
Les prêts du FMI sont pour l’essentiel non concessionnels, ce qui veut dire que l’emprunteur paie des intérêts au taux du marché. En outre, le FMI octroie aussi des prêts concessionnels, moins chers, à ses membres les plus pauvres, en utilisant les ressources que les membres plus riches ont volontairement mises à disposition à cet effet. Le FMI mutualise ces ressources dans le fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (fonds fiduciaire RPC), qui n’apparaît pas dans son bilan.
Lorsqu’ils contribuent au fonds fiduciaire RPC, les pays peuvent choisir de faire un don ou un prêt. Étant donné que l’emprunteur ne verse que peu d’intérêts, voire pas du tout, sur le prêt concessionnel qu’il reçoit, la différence entre ce qu’il paie et ce que le créancier obtient est couverte au moyen d’un compte de bonification financé grâce aux contributions volontaires des pays membres et aux ressources propres du FMI. Récemment, les pays membres du FMI ont décidé de créer un cadre qui leur permet d’affecter une partie de l’excédent qu’ils reçoivent des prêts non concessionnels en faveur de bonifications pour le fonds fiduciaire RPC.
Lors de la conférence de Bretton Woods, qui a vu la création du FMI en 1944, Henry Morgenthau, alors secrétaire au Trésor des États-Unis, avait déclaré que les détails de l’accord monétaire et financier international pouvaient sembler « mystérieux ». Pourtant, au fond, le FMI fonctionne comme une simple caisse de crédit mutuel qui se finance grâce aux intérêts qu’elle applique aux emprunteurs, moins les intérêts qu’elle verse aux créanciers, au bénéfice de ces deux parties, et de l’économie mondiale dans son ensemble.