Coordination des politiques dans un monde fragmenté
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- Authors: GIANCARLO CORSETTI, LEONARDO MELOSI
- Published: March 3, 2026
Contexte et message principal
- L’instabilité géopolitique complique la coordination des politiques budgétaire et monétaire et accroît le risque de tensions stagflationnistes.
- Pour assurer la viabilité des finances publiques et la stabilité macroéconomique durant la transition vers un nouvel équilibre mondial, les décideurs des pays avancés et des pays émergents devront tolérer, pendant un certain temps, une inflation légèrement plus élevée qu’ils ne le souhaiteraient.
- La stabilité géopolitique requiert un surcroît de coopération internationale, une large adhésion à des normes juridiques communes et le bon fonctionnement des institutions internationales.
Viabilité des finances publiques
- Quand la banque centrale durcit sa politique monétaire pour réduire l’inflation :
- les taux d’intérêt réels augmentent,
- la croissance ralentit,
- le déficit primaire se creuse,
- le fardeau réel de l’endettement augmente.
- Sans ajustements budgétaires (baisse des dépenses ou hausse des impôts), une hausse des rendements des obligations d’État peut alimenter la demande et l’inflation jusqu’à ce que la valeur réelle de la dette s’aligne sur les anticipations fiscales.
- Risque de spirale inflationniste : un durcissement prononcé de la politique monétaire renchérit le service de la dette, ce qui accroît les pressions inflationnistes et aggrave les déséquilibres budgétaires (référence : Bianchi et Melosi, 2019).
- Le redressement de la dette via la contraction monétaire n’est possible que si l’État ajuste résolument les excédents primaires (soutien budgétaire credible).
Précédents historiques et enseignements
- Après la crise financière mondiale, la combinaison de politiques budgétaire et monétaire a permis d’éviter une récession plus sévère, dans un contexte de coopération internationale héritée de l’après-guerre.
- Dans les années 70, des perturbations sur les marchés pétroliers ont provoqué une forte inflation malgré coordination des politiques.
- Durant les décennies suivantes et jusqu’aux années 2010, la coordination a aidé à contrer des forces déflationnistes sans désancrer les anticipations d’inflation.
- Après la pandémie, la coordination exceptionnelle des politiques monétaire et budgétaire a contribué à une inflation élevée et tenace en présence de perturbations des chaînes d’approvisionnement et de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
- Smets et Wouters (2024) : les chocs d’offre rendent le soutien budgétaire plus faible que les chocs de demande, créant une asymétrie qui complique la coordination.
Inflation maîtrisée comme instrument pragmatique
- Un recours limité à une « inflation budgétaire » peut aider à stabiliser les finances publiques lorsque l’ajustement budgétaire doit être progressif.
- Conditions de viabilité :
- l’inflation doit être modérée et provisoire,
- la crédibilité des autorités monétaires ne doit pas être compromise,
- communication efficace des autorités pour convaincre de la capacité à stabiliser la dette (réformes, limitation des perturbations d’offre, gains de productivité).
- Si les obligations d’État ne sont pas indexées sur l’inflation, la banque centrale peut lisser ou reporter les ajustements de prix pour « gagner du temps » en espérant des gains de productivité (référence : Corsetti et Maćkowiak, 2024).
Approche plus large et risques de politiques nuisibles
- La stabilité dépend d’une coordination non conventionnelle plus large qui intègre politiques intérieures et internationales.
- Risques si les États réagissent mal aux perturbations :
- accroissement des recettes via imposition des échanges commerciaux,
- répression financière (durcissement de la réglementation, contrôles des capitaux),
- ravivement des tensions commerciales et renforcement de la vulnérabilité aux chocs de stagflation.
- Les pays émergents sont particulièrement vulnérables aux ondes de choc via marchés financiers et biens et services, ce qui peut modifier l’ampleur et la géographie des déséquilibres mondiaux et renforcer la tentation de fortes poussées d’inflation imprévisibles.
Bien public mondial et impératif de coopération
- La conjonction d’un niveau de dette publique élevé dans les pays avancés et de la recomposition géopolitique rappelle la nécessité d’un bien public mondial : la stabilité macroéconomique.
- Une collaboration renforcée entre autorités monétaires et budgétaires peut accroître la crédibilité des initiatives de stabilisation des finances publiques, à condition de maintenir un équilibre subtil entre coordination et crédibilité des cibles d’inflation.
- Les précédents montrent que l’incapacité à neutraliser forces géopolitiques (ex. chocs pétroliers) peut transformer des déséquilibres budgétaires élevés en épisodes inflationnistes sévères.
Giancarlo Corsetti et Leonardo Melosi — Coordination des politiques dans un monde fragmenté, Finances & Développement.